L'absence d'oiseaux d'eau d'Emmanuelle PAGANO

livre-absence-oiseauxL’absence d’oiseaux d’eau d’Emmanuelle Pagano chez POL éditeur

Ca commence comme un jeu, un défi, ou un exercice littéraire tenté à deux. Deux écrivains décident d’écrire une histoire d’amour à deux mains. Un roman épistolaire imaginé chacun de son coté, la femme écrivant les lettres de l’amante, l’homme celles de l’amant. Mais l’homme, l’écrivain, s’est retiré du jeu. Il est sorti sur la pointe des pieds et a laissé seule sa partenaire, devenue son amante.

Exercice purement littéraire ou auto-fiction, quelle que soit la vérité, restent ici les lettres envoyées par la Femme. Celle qui s’est prise au jeu, a aimé avec force et intensité et a jeté sur papier, avec douleur, violence et avidité ses émotions et ses sentiments. Une mise à nu souvent déchirante, une impudeur folle qui étonne, les lettres de cette femme sont autant de cris et de larmes versées souvent déchirants.

L’échange commence par des lettres d’amour imaginées, un amour virtuel que deux écrivains inventent et s’amusent à voir éclore entre leurs deux personnages (« Je suis ta meilleure lectrice et tu le sais. Ces lettres sont un brouillon de nous. Là, nous sommes en plein dedans. Dans l’écriture, dans les nœuds. Si tous tes baisers sont faux, tes caresses, tes mains me serrant fort, ça me brisera peut-être, mais ce n’est pas grave, je te l’ai dit. »), et peu à peu le roman envahit et supplante le réel, les deux écrivains entament une liaison douloureuse, passionnelle, charnelle. Le ton devient plus sourd, la violence des sentiments contenue dans les lettres est sous-jacente, mise en exergue par une écriture sensuelle, impudique, mais jamais vulgaire. Mais l’homme partira et laissera une femme brisée, délaissée, seule avec ses mots, sa plume et quelques pages.

Reste l’exercice littéraire, ces lettres qui semblent rester sans réponse, comme des cris lancés dans le néant. Des réponses, il y en a eu, pourtant, mais leur absence ici résonne terriblement et donne encore plus de force aux mots d’Emmanuelle Pagano. Des mots magnifiques, que j’ai souvent lus à haute voix pour mieux m’en imprégner.

Chronique rédigée par Amanda

Quatrième de couverture :

Ce roman était à l’origine un échange de lettres avec un autre écrivain. Emmanuelle Pagano et lui se l’étaient représenté comme une œuvre de fiction qu’ils construiraient chaque jour, à deux, et dans laquelle ils inventeraient qu’ils s’aimaient. Évidemment, ils ne savaient pas jusqu’où le pouvoir du roman les amènerait . Ils ne connaissaient pas la fin de l’histoire.

Il est sorti de sa vie brutalement, abandonnant ce texte en cours d’écriture.

En partant, il a repris ses lettres.

Il y a donc des vides, des ellipses cruelles dans ce roman, des ellipses dans lesquelles il faut imaginer ces lettres, qu’il publiera peut-être un jour, une autre fois, ailleurs, séparément. Ces ellipses sont un des éléments dramatiques important : par elles s’insinue le doute sur la réciprocité et puis la douleur du silence qui peu à peu s’installe.



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