Les femmes du braconnier de Claude Pujade-Renaud

arton16086-ee2a2Les femmes du Braconnier de Claude Pujade-Renaud chez Actes Sud

En 1956, à Cambridge, la jeune américaine Sylvia Plath fait la connaissance de Ted Hughes, poète prometteur à la séduction animale et en tombe immédiatement amoureuse. Sylvia et Ted se marient, ont des enfants et mènent une vie tumultueuse, faite de création et de cris. En 1962 le couple se sépare ; Ted quitte Sylvia pour Assia. En 1963 Sylvia se suicide, à l’âge de 31 ans.

Biographie romancée, Les femmes du braconnier appartient à un genre que je prise peu, et qui semble connaître un certain regain de popularité (surtout au cinéma d’ailleurs). C’est un genre qui peine à me convaincre, gênée que je suis par son côté hybride qui a tendance à favoriser la confusion entre la vie et l’oeuvre comme si la première expliquait forcément la deuxième et comme s’il fallait chercher dans le quotidien le plus banal et l’intimité parfois la plus sordide une analyse des romans, poèmes et autres nouvelles que nous ont laissé les auteurs. Je me demande toujours ce qui pousse un écrivain à choisir cette forme pour le moins difficile et à préférer à des personnages de fiction des êtres de chair et de sang : tenter de combler les trous d’une vie peut-être fascinante certes, mais au prix d’une certaine vérité, si tant est que l’on puisse jamais atteindre la vérité d’un être humain, et ce, quel que soit le biais que l’on choisisse.

Le braconnier, c’est Ted Hughes, donc, poète à la stature de géant, voix de rocaille et poil d’ours, homme à la fois intellectuel et bestial, dont le magnétisme animal séduit toutes les femmes qui ont le malheur de l’approcher d’un peu trop près. L’une de ces femmes est Sylvia Plath, romancière et poétesse américaine qui traversa sa vie comme une comète, tour à tour dépressive et exaltée, follement et fusionnellement éprise de cet homme qui ne se conçoit pas monogame. Sylvia, qui a tenté de se suicider en 1953, se lance dans le mariage pour se sauver d’elle-même, croyant mettre ainsi à distance les insomnies et les pulsions de mort, et s’investit dans la course à la maternité pour conjurer l’abîme de la page blanche, la fécondité du corps semblant alimenter la création littéraire. Mais ce couple uni dans la Littérature et la Poésie, exigeantes muses auxquelles il sacrifie tout, ne dure pas. Ted quitte Sylvia pour Assia Wevill, peintre, traductrice et poétesse, une femme à la beauté stupéfiante qui aimera, elle aussi, Ted jusqu’à se perdre, les deux femmes partageant, au-delà de cet homme, un destin similaire, puisqu’elles se suicident de la même manière à quelques années d’intervalle.

Au-delà de ce qui est narré ici, et qui, pour le peu que je connaisse de la vie de ces amants maudits a l’air assez fidèle dans les grandes lignes à la réalité, j’ai trouvé ce roman peu convaincant. La construction est artificielle à plus d’un titre : la multiplication des points de vue entre les différents protagonistes, qu’ils soient proches ou lointains du drame qui se noue par deux fois tourne très rapidement au procédé, certainement parce que Claude Pujade-Renaud n’a pas su donner à chaque narrateur une voix suffisamment différente. Non seulement ils semblent tous s’exprimer plus ou moins de la même manière mais surtout ils se livrent tous à une analyse psychologique de Sylvia et d’Assia, analyse qui sonne faux la plupart du temps (franchement, les gens qui nous entourent passent-ils leur temps à décortiquer nos faits et gestes et à les expliquer ?) et qui entraîne de surcroît la narration dans la spirale de la répétition, ce qui devait être tragique n’étant au final plus qu’ennuyeux. Si je crois bien comprendre la volonté de Claude Pujade-Renaud de rendre hommage à Sylvia, Ted et Assia en présentant sa version des faits (Ted n’est pas ici le grand méchant que certains voient en lui et Assia est plus une victime qu’une femme fatale), j’ai trouvé l’exercice finalement un peu vain.

Chronique rédigée par HappyFew

Quatrième de couverture

C’est en 1956, à Cambridge, que Sylvia Plath fait la connaissance du jeune Ted Hughes, poète prometteur, homme d’une force et d’une séduction puissantes. Très vite, les deux écrivains entament une vie conjugale où vont se mêler création, passion, voyages, enfantements. Mais l’ardente Sylvia semble peu à peu reprise par sa part nocturne, alors que le “braconnier ” Ted dévore la vie et apprivoise le monde sauvage qu’il affectionne et porte en lui. Bientôt ses amours avec la poétesse Assia Wevill vont sonner le glas d’un des couples les plus séduisants de la littérature et, aux yeux de bien des commentateurs, l’histoire s’achève avec le suicide de l’infortunée Sylvia.

Attentive à la rémanence des faits et des comportements, Claude Pujade-Renaud porte sur ce triangle amoureux un tout autre regard. Réinventant les voix multiples des témoins – parents et amis, médecins, proches ou simples voisins –, elle nous invite à traverser les apparences, à découvrir les déchirements si mimétiques des deux jeunes femmes, à déchiffrer la fascination réciproque et morbide qu’elles entretiennent, partageant à Londres ou à Court Green la tumultueuse existence du poète.

L’ombre portée des oeuvres, mais aussi les séquelles de leur propre histoire familiale – deuils, exils, Holocauste, dont elles portent les stigmates –, donnent aux destins en miroir des “femmes du braconnier” un relief aux strates nombreuses, dont Claude Pujade-Renaud excelle à lire et révéler la géologie intime.

Nouvelliste et romancière, Claude Pujade-Renaud a reçu le grand prix de la Société des gens de lettres en 2004. Elle a publié la quasi-totalité de son oeuvre chez Actes Sud. Derniers titres parus : Le Jardin forteresse (2003 ; Babel n° 646), Chers disparus (2004 ; Babel n° 757), Le Désert de la grâce (2007 ; Babel n° 959). Simultanément, Actes Sud publie un premier volume des oeuvres – romans et nouvelles – de Claude Pujade-Renaud dans la collection “Thesaurus”.



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