Punk sentimental de Jean-Paul Gaultier et Elizabeth Gouslan

9782246740919Punk sentimental de Jean-Paul Gaultier et Elizabeth Gouslan

De son enfance à Arcueil, aux plus grands show internationaux, Jean-Paul Gaultier a parcouru un long chemin anticipant la mode.

Désolé pour ce très court résumé, vous trouverez très facilement celui de la quatrième de couverture n’importe où sur le net.

J’aime beaucoup les biographies, même si jusqu’à présent je m’étais plus intéressée à des personnalités du passé, tel Tolkien ou Kessel. C’est pour moi l’occasion de découvrir la personne derrière l’image médiatique, d’en savoir plus sur sa personnalité, ses envies, comment il est devenu ce qu’il est. J’imagine un travail reposant sur la rencontre de l’artiste, et sur une écoute importante.

Mais là je suis totalement déçue. Cette biographie est une chronique people. Jean-Paul Gaultier est défini par ce qu’il l’entoure, mais jamais par lui-même. Alors on nous parle de Madonna, de Carla Bruni, de tout un tas de people dont je n’avais jamais entendu parlé et pire, on croise de petits compliments par-ci par-là pour féliciter les journalistes (collègues de l’auteur) ayant fait les premiers des bons papiers sur le couturier. Le tout enveloppé par des tournures de phrases pompeuses et indigestes.

« La colonne vertébrale du giscardisme ploie sous la scoliose libertaire. »

Et puis personne n’est parfait. La ligne n’est pas droite et directe. Hors là on nous donne l’impression que Jean-Paul Gaultier a eu un succès fou tout de suite. D’un autre côté des petites phrases par-ci par-là sèment le doute. Alors on n’arrive pas à se faire une idée, à opter pour un génie sans faute ou pour un auteur sans aucune objectivité.

Quelques photos en pages centrales auraient pu contre-balancer l’ensemble. Mais non, car si une page présente des tenues du couturier et deux son enfance, pour le reste ce n’est que Jean-Paul avec Luc Besson, Jean-Paul avec Madonna, Jean-Paul avec …

Au final, j’ai progressé dans ma lecture à contre-cœur. Lassée de tout ce cirque people et déçue par une biographie qui n’est qu’un élément de plus pour construire le mythe médiatique.

Chronique rédigée par Tiphanya

Quatrième de couverture :

Travailleur forcené, quinquagénaire facétieux, Jean-Paul Gaultier a débuté dans la carrière en recyclant tout et n’importe quoi : des boîtes de conserve, des fauteuils de cuir usés, de la paille et de la peluche. Ses premiers défilés sont improvisés, voire ratés. Mais il ose…
L’excentricité devient dés 1978 un label frenchy grâce à lui. Il flaire les mouvements de société, explicite cette curieuse formule : « la mode vient de la rue », euphorise et dope le monde glacé du stylisme. Le premier, il fait défiler noires et beurettes, boulottes et femmes du troisième âge. Les catégories traditionnelles du laid et du beau sont grâce à lui, définitivement brouillées. Les conservateurs s’inquiètent et le traitent d’imposteur. Les années 1980 sont pourtant signées Gaultier : festives, vinylisées, métissées, gays.
Le virage des années 1990 souligne son aptitude au changement. Le pop-styliste veut ses galons de créateur Haute Couture : il les obtient en habillant les icônes du show-biz – Madonna lui confie ses tenues de scène. Last but not least, on lui confie la maison Hermès. Peut-on sans renier un anti-conformisme viscéral dessiner des tailleurs blanc cassé pour la bourgeoise du faubourg Saint-Honoré ? Il peut. Parallèlement, l’enfant terrible de la mode s’offre un luxueux siège : l’Avenir du Prolétariat, rue Saint Martin, véritable palais de maharadja post-moderne. Les affaires florissantes du sigle JPG justifient une telle débauche : 120 personnes travaillent pour lui et son chiffre s’élève à 30 millions d’euros. Peu à peu, il s’impose comme l’anti- Karl Lagerfeld : la mode n’est pas une chose sérieuse…
Rayonnant, attachant, médiatique mais pudique et discret, on croit tout savoir de lui, mais c’est un leurre. Son compagnon Francis Menuge meurt du sida en 1990, la blessure ne se referme pas. Il touche à tout : cinéma (Besson, Almodovar), scène, arts plastiques et offre même à la Fondation Cartier une exposition boulangère faite de robes Couture façonnées en baguettes de pain ! Idolâtré par la communauté gay, adoré des élégantes, parfumant la planète avec un jus enserré dans un petit buste de Barbie décapitée, le bad boy platiné qui ne se prend pas au sérieux – label rarissime dans la tribu Couture – est beaucoup plus qu’un créateur. Du lancement en 1983 du « boy toy », ce marin new-look serré dans sa marinière rayée marine et blanche, en passant par le scandale des hommes en jupe et des corsets coniques pour les filles. Cette biographie raconte l’itinéraire d’un enfant cinglé, d’un autodidacte shooté à la variété, d’un couturier ready-made, d’un self-made man du falbala, né à Arcueil, banlieue triste.

Elizabeth Gouslan est journaliste. Après sa maîtrise de lettres à la Sorbonne, elle entre comme journaliste à L’Evénement du Jeudi. Elle travaille ensuite à France Soir, au Figaro Littéraire et, actuellement, à Madame Figaro, au service culture.



une petite faim de culture ? inscrivez vous à la newsletter
Share This
WordPress Video Lightbox Plugin