Savoir-Vivre d'Hédi Kaddour

arton16060-d79dcSavoir-vivre d’Hédi Kaddour chez Gallimard

Il ne faudrait pas lire les critiques avant d’acheter les livres. Mais comment savoir quel livre pourra nous plaire si on n’a pas lu de critique avant ? La preuve avec Savoir-vivre. A force de lire que ce livre contient un formidable retournement à la fin, le lecteur ne le lit plus de la même façon. Tel un détective, il cherche à trouver ce que l’auteur peut nous réserver.

En tout cas, c’est ce que j’ai fait et j’en ai voulu à ceux qui m’avait révélé que ce livre avait un secret qui balaie tout, une fois connu. Le genre de révélation qui vous oblige à relire le livre une deuxième pour savoir comment cela est possible de se faire berner… Et que tous ceux qui le liront le sachent : le roman s’appuie sur une histoire vraie, ce ne sont donc pas des délires de romancier à l’imagination débridée. Le livre repose sur un fait divers, et le talent de Hédi Kaddour est de nous mettre dans la même situation que les contemporains qui découvrirent « l’étonnant mystère ».

Pour dire vrai, j’en ai voulu un temps aux critiques. La narration et le style d’Hédi Kaddour m’ont emporté et je ne sais plus joué le détective, fasciné par l’élégante prose. Très vite, j’ai oublié tout ce que j’avais lu pour me laisser prendre par les évidentes qualités de ce roman à la fois très classique et pourtant pas comme les autres.
Mais trêves de préliminaires, venons en aux faits. Une ville : Londres. Cinq personnages : un journaliste français, une cantatrice américaine, ex maîtresse du plumitif, un jeune pianiste nouveau favori de la chanteuse lyrique, l’étrange Strehter maître d’hôtel plus british que nature et Gladys jeune femme britannique qui le temps de la première guerre trouvera l’amour, le perdra et découvrira le chemin de l’indépendance.

Max, le journaliste et la diva croisent Strehter, ancien officier de la bataille de Mons, ayant depuis rejoint les rangs du parti faciste anglais. Pour Max, c’est l’occasion de faire un portrait de cet étrange personnage, officier désoeuvré devenu maître d’hôtel d’un palace londonien. Comme d’autres anciens combattants, il entretient une sorte de légende selon laquelle des anges seraient apparus à Mons à l’armée en déroute, lui évitant un carnage.

Si l’histoire avec un grand H est le moteur de la narration, Savoir-vivre n’en oublie pas l’histoire intime de ses personnages. Car c’est aussi le récit de plusieurs histoires d’amour. La plus belle et la plus audacieuse est sûrement celle qui lie la chanteuse Léna et Thibault son jeune amant. Lettré, Hédi Kaddour la raconte uniquement – ou presque – à partir des répétitions du concert qu’ils préparent. Lena explique chacun des chants, les intonations et les intentions du poète, faisant d’une explication de textes et d’une leçon de musique la plus belle des déclarations. Magistral !

Et puis il y a la forme du récit. D’une apparente simplicité. Une dizaine de chapitres, tous composés suivant le même modèle : une succession d’instantanés qui excèdent rarement une page. D’où le rythme du récit qui ne s’apesantit jamais, léger comme les apparences … qui pourtant sont trompeuses. Et il n’y a pas de quoi en faire un drame semble nous dire Hédi Kaddour, tant que le savoir-vivre règnera.

Chronique rédigée par Christophe Bys

Quatrième de couverture

Hédi Kaddour est l’auteur de plusieurs recueils de poèmes dont « Passage au Luxembourg » (collection blanche, 2000). Son roman, « Waltenberg » (collection blanche, 2005, Folio n°4511) a reçu le Prix du premier roman et il a été élu « Meilleur roman français de l’année 2005 » par le magazine « Lire ».

En même temps que « Savoir-vivre » paraît un recueil de notes, croquis et « choses vues » : « Les pierres qui montent ».



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