Un voyage au Japon d'Antoine Piazza

arton16352-2bf60Un voyage au Japon d’Antoine Piazza aux éditions du Rouergue

Un voyage au Japon n’est pas un roman, mais plutôt un récit de voyage, même si la couverture annonce « bien plus qu’un récit de voyage »… En février 2007, Antoine Piazza décide de partir pour l’île japonaise de Shikoku, parce que c’est la plus petite (presque 20 000 km² quand même !) et la plus sauvage des grandes îles du pays. Les paysages très industriels sont quand même légion, avant de pouvoir enfin entrer dans des régions où l’on voit plus de mer et de montagne que de néons.

Avec le recul, une fois la lecture finie, le titre m’apparaît presque trompeur. Le voyage est moins japonais qu’intérieur, car on a l’impression que le narrateur a du mal à pénétrer ce monde qu’il parcourt en vélo. Probablement est-ce dû à la langue, que Piazza ne maîtrise pas, à la différence de mentalité, qui fait que les mêmes gestes ne sont pas toujours bien interprétés de chaque côté de la barrière culturelle. Du Japon, on en comprendra surtout les températures particulièrement rudes en hiver, et l’accueil un peu particulier (parfois franchement antipathique, parfois très poli) des auberges traditionnelles (les « ryokan »).

Je ne sais pas si on peut parler de récit contemplatif, parce que le voyage d’Antoine Piazza n’a rien de reposant, mais ne vous attendez pas à de l’action en cascades. Je ne fais pas de vélo, je ne connais rien au cyclisme, mais ce n’est pas ce qui m’a le plus gênée dans cette lecture. Je dois dire qu’il m’est arrivé de me demander quel était l’intérêt de ce livre. Car si ce voyage est personnel, après tout, pourquoi le partager avec des lecteurs ? De la même manière que l’auteur se perd, ne retrouve plus son chemin, on perd aussi un peu de vue le fil de l’histoire. Même maintenant, je n’ai pas tout à fait compris ce qu’il était venu chercher au Japon, ni d’ailleurs s’il l’avait trouvé… Il est forcément un peu difficile de « tenir » tout un livre sur un voyage pas si long que cela au final, bien qu’éprouvant, et assez limité en rencontres humaines. Le récit est d’ailleurs entrecoupé de souvenirs, d’anecdotes d’autres expéditions en vélo, en Ecosse ou dans les Pyrénées.

Mais terminons sur les points positifs, car cette lecture est loin d’être désagréable pour autant ! Le sentiment mêlé d’excitation et de crainte à l’arrivée, la fatigue physique de tous ces kilomètres, le soulagement, enfin, devant un bon repas et un lit confortable (enfin, plutôt un futon, puisqu’on est au Japon), tous ces petits détails se ressentent de manière parfaitement délicate dans ce récit, et c’est ce que j’ai préféré. Le plaisir de voyager seul, aussi, même s’il n’est pas exprimé tel quel, est bien présent dans toutes ces pages, et c’est peut-être le thème qui m’a le plus touchée. Les scènes où Antoine Piazza se retrouve entouré de personnes qui parlent une langue qu’il ne comprend pas, la sensation bizarre d’être un total étranger dans un pays qu’on ne connaît pas, sont des moments vrais. Un petit détail qui m’a d’ailleurs étonnée, en passant, c’est que parmi les différents hôtes qu’il rencontre, dans les auberges, peu d’entre eux lui parlent anglais. Est-ce parce qu’ils ne connaissent que le japonais, parce que la région n’attire que peu d’occidentaux ? Ou parce qu’ils n’ont pas envie de faire cet effort ?

Pas de réflexions pseudo-philosophiques sur la nature ou les hommes ici, contrairement à bon nombre de récits de voyages, j’ai vraiment apprécié la simplicité de l’auteur. Le style est indubitablement agréable, parce qu’il restitue les sensations de l’auteur sans aucun mot superflu. Et parce que c’est le gros point fort du livre, un extrait qui m’a paru assez joli, et représentatif de l’esprit d’Un voyage au Japon, du léger vertige qui nous prend quand on s’arrête après une journée éreintante :

« un homme en costume-cravate me rejoignit et s’adressa à moi comme si le japonais était ma langue maternelle, comme si je rentrais d’un long voyage, un peu sonné, amnésique. J’avais hâte de me laver, de dormir. A chacun de mes efforts pour me détacher du fauteuil, le directeur du ryokan et son employée opposaient le poids d’un bras sur mon épaule et je me rasseyais sagement. J’avais détourné mes yeux du vélo que j’avais abandonné à l’entrée pour les poser sur l’immense vivier d’intérieur où de larges poissons noirs faisaient un bouquet au-dessus des pierres, sur un homme et un enfant, tous deux en peignoir, qui suivaient un interminable couloir conduisant aux bains, sur la femme en kimono, qui m’offrait du thé et des biscuits, une veuve inconsolable et rebelle, avais-je imaginé en lisant quelques rides sur les traits réguliers et doux de son visage. Je revenais à la vie doucement. Je commençais à ressentir la chaleur et les odeurs, à oublier l’interminable traversée d’Awaji, la fatigue, le froid, les villageois reclus, la nuit, le vide. »

Chronique rédigée par Cocola

Quatrième de couverture :

En février 2007, Antoine Pizza s’embarque pour le Japon, avec deux sacoches pour bagages à main et, en soute, son vélo. Objectif : sillonner l’île de Shikoku, la plus petite des quatre grandes îles de l’archipel, mais aussi la plus sauvage. En choisissant le Japon, le vélo et l’hiver, il tient là assez de difficultés pour faire de ce voyage une expérience unique. Soi-disant, on ne décrirait bien que ce que l’on connaît. Antoine Piazza ne connaît pas le Japon, mais se découvre d’emblée une intimité avec le ciel, les villages, la pluie, les montagnes de cette île rurale du Pacifique, aux côtes sauvages.

Ce voyage au Japon est donc un récit de voyage, et dans le même temps, non. Le genre, le registre, ne conditionnent pas sa démarche d’auteur. Ce qu’il cherche avant tout, c’est à rendre tangible sa perception d’un monde, comme il a pu le faire dans ses précédents livres, avec la minutie de l’observateur attentif, parfois impitoyable. Ce voyage est d’abord celui de toutes les contraintes (contraintes de langue, de climat, d’étrangeté, de solitude quasi absolue).

Le Japon est loin, les hivers y sont froids, les habitants n’y parlent (presque) pas anglais et communiquer est quasi impossible. Et pourtant, « il se passe quelque chose ». Dans le même temps, cette virée qu’il n’avait pas préparée autrement qu’en prenant un billet d’avion, en empaquetant son vélo, fait remonter de la mémoire d’autres virées tout aussi extrêmes, en Irlande, Finlande, Ecosse ou même dans les Pyrénées. Maintenant qu’il se trouve à l’autre bout du monde, elles prennent une valeur nouvelle et, comme n’importe quel événement du passé, se révèlent par l’écriture. Ces expéditions à vélo, qui relèvent de l’errance plus que du sport, de l’aventure intérieure et non du circuit touristique, tirent aussi leur singularité de l’ampleur, toujours aussi remarquablement classique, de la langue d’Antoine Piazza.

Né en 1957, Antoine Piazza vit à Sète. Ses romans sont tous publiés dans la brune : Roman fleuve (1999), Mougaburu (2001), Les Ronces (2006), La Route de Tassiga (2008).



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