La disparition de Paris et sa renaissance en Afrique de Martin Page

arton15934La disparition de Paris et sa renaissance en Afrique de Martin Page chez L’Olivier

De Martin Page, j’avais lu le premier roman au titre si génial : Comment je suis devenu stupide. D’ailleurs, je ne me souviens plus du tout de ce livre, comme si tout était dans le titre. Alors en prenant en main la disparition de Paris et sa renaissance en Afrique, le dernier roman du même Martin Page, je n’ai pu que remarquer le talent de l’auteur pour les titres mystérieux. Et je parie que je me souviendrai de ce livre dans quelques années, tant il est singulier.

C’est un livre de conteur et une histoire de rencontres. « Un mercredi soir de la mi-décembre, boulevard Barbès, sous les arbres décorés des guirlandes électriques de Noël, une matraque a rencontré un crâne ». Ainsi commence le roman de Martin Page. De cette rencontre entre un objet contandant et un crâne humain – celui de Fata Okoumi, riche femme d’affaires africaine victime d’une bavure à l’occasion d’un contrôle d’identité -  naîtront d’autres croisements. Entre le narrateur, sombre fonctionnaire à la mairie de Paris chargé de préparer les discours du maire, et Fata Okoumi, par exemple.

Celle-ci lui fera part de sa volonté de voir Paris disparaître, avant de retomber dans le coma. Mais comment s’y prend on pour organiser la disparition de Paris et sa renaissance en Afrique ?  De chapitres en chapitres, d’essais ratés en tentatives réussies, Martin Page apportera une solution convaincante. Cette réussite passe par une description précise du mode de vie de son personnage ou des décors. S’il réussit à nous faire croire à cette histoire abracadabrantesque – comme disaient les fées des contes de notre enfance, c’est en l’inscrivant dans notre quotidien.

Ainsi, ce roman qui est tout sauf une charge manichéenne et didactique contre le racisme raconte aussi la naissance à la vie du narrateur. Ce dernier rappelle les personnages gris de la littérature française de l’entre-deux-guerres, ces petits employés sans envergure, solitaire. Il pourrait quasiment être un personnage d’un roman de Houellebecq, un cadre moyen d’une administration chargée d’une mission rébarbative et comblant tant bien que mal – plutôt mal que bien – ses frustations sentimentales et sexuelles. La rencontre avec Fata Okoumi changera sa vie, non pas d’un coup de baguette magique comme dans les émissions de coaching proposées par la télévision. Mais par un réveil progressif de sa raison et de ses sens, qui lui donneront à nouveau envie de vivre pleinement. Cela commence par une trompette acheté du côté de Pigalle…

Car si Paris disparaît et renaît en Afrique 200 pages plus loin, c’est surtout le narrateur du début qui disparaît au fil des pages. Car si le roman est une histoire de rencontres, il est aussi le récit des séparations et de notre irrésistible besoin de construire des villes comme Paris, seule parade à ce besoin de consolation impossible à rassasier.
Chronique rédigée par Christophe Bys

Quatrième de couverture :

« Par nombre de traits de caractère, de choix et de positions, je me place hors du cours normal des choses. Ce qui s’est produit lors de la semaine suivante procède donc d’une certaine logique. » Mathias, l’« homme de l’ombre » qui rédige depuis douze ans les discours du maire de Paris, doit rencontrer Fata Okoumi, une femme d’affaires africaine grièvement blessée par un policier auquel elle refusait de présenter ses papiers d’identité. Il s’est vu confié par le maire le soin d’apaiser la colère de la victime et d’imaginer le moyen de réparer l’offense. Mais est-ce vraiment le hasard ou une certaine logique qui conduit Mathias à s’attacher déraisonnablement à sa mission ? Et à vouloir ardemment exaucer le dernier souhait de Fata Okoumi – quand ce souhait est de faire disparaître Paris ?

Martin Page est passé maître dans l’art d’inventer des histoires insensées et de les raconter avec le plus grand réalisme. Cette alliance des contraires est au coeur de l’écriture de ce roman sombre et vivant, mélancolique et idéaliste, porté par sa promesse inaugurale : accompagner chaque disparition d’une renaissance.

Martin Page est né en 1975. Il est l’auteur de cinq romans, dont Peut-être une histoire d’amour (L’Olivier, 2008), tous traduits dans une dizaine de pays. Il écrit également des livres pour la jeunesse

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  1. Je viens de finir ce roman. Choisi pour le titre. Une lecture plaisante et étonnante.

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