Février de Lisa Moore

9782259211406R1Février de Lisa Moore chez Plon

Février 1982 : une plateforme pétrolière sombre au large des côtes deTerre-Neuve, causant la mort de tous les hommes qui y travaillaient. Cal, le mari d’Helen, enceinte de leur quatrième enfant, se trouvait à bord. Commence alors pour la jeune femme une longue traversée du désert. Les années passent et la vie reprend peu à peu le dessus mais Helen se sent vide, elle n’est plus que le pantin de sa propre existence.

 » Tu vois la vie, mais c’est comme si tu te trouvais derrière un écran de verre, des étincelles explosent et tu ne les sens pas. Tu sais que c’est ta vie parce que les gens se comportent comme si ça l’était. Ils t’appellent par ton prénom. Helen, viens faire les courses. Helen, il y a une fête.
Maman, où est le beurre de cacahuètes ?  Tu reçois des factures. Tu te réveilles au milieu de la nuit parce que tu entends de l’eau couler, une fuite dans le plafond de la cuisine. le plâtre craquelle, l’eau ruisselle de plus en plus vite. Elle n’avait pas voulu de sapin le premier Noël après la mort de Cal, mais Cathy lui en avait réclamé un. Maman, tout le monde a un sapin. Tu picoles. Tu ne picoles pas. Tu prends du poids. Tu as deux ensembles dans ton placard, tous les deux noirs, parce que le noir mincit. Tu n’as pas remarqué que tu n’avais que deux tailleurs, et tu n’as pas remarqué leur couleur. Tu as pris quinze kilos, et tu n’as rien remarqué. Tu arrêtes de croire que les choses ont un sens. Tu cours en restant parfaitement immobile. Rien n’a de sens. « 

Février, c’est un roman sur la mémoire, sur le deuil, la reconstruction. La forme narrative utilisée par l’auteur – des phrases courtes, une alternance entre style direct et indirect sans rupture entre les deux – donne un rythme à la lecture et permet d’entrer très rapidement dans ce livre. On navigue au gré des mots et des menus détails qui occupent les pensées les plus intimes de la jeune femme. Les petits et les grands événements  s’enchaînent. Helen élève ses enfants, Helen part en vacances avec sa sœur Louise, Helen devient grand-mère, Helen fait des travaux dans sa maison, Helen retrouve l’envie de l’autre, l’envie de vivre.

Contre toute attente, à partir d’un thème difficile, Lisa Moore nous offre un texte plutôt positif, empli de délicatesse et de pudeur. L’histoire ne sombre jamais dans le pathos mais touche du doigt l’indicible, la souffrance humaine. Février est un livre tout en douceur, touchant et envoutant, porteur d’espoir malgré tout.

Chronique rédigée par Océanicus in folio

Quatrième de couverture :

Février 1982, Terre-Neuve : au large des côtes, une plate-forme pétrolière fait naufrage, emportant avec elle des dizaines d’hommes, dont Cal O’Mara, le mari d’Helen, déjà mère de trois enfants et enceinte du quatrième.

La vie passe, plus forte que le deuil, les devoirs et les joies maternels habitent et provoquent chaque pas, le quotidien s’empare du destin. Pourtant Helen ne cesse de parcourir les spirales du drame qui l’a engloutie, cette nui-là, les ombres qui la peuplent, celle, obsédante, et comme incandescente, de Cal. C’est son fils unique qui l’arrache à sa solitude et la ramène à la vie, alors qu’à son tour il se découvre père sans l’avoir voulu.

Par l’écriture, Lisa Moore construit un roman de la mémoire : un détail, un mot, un geste en rappelle un autre et le roman ne cesse de naviguer, tout comme Helen, du passé au présent, sur un rythme qui semble naturel, celui de nos souvenirs, de nos rêves, où se mêlent les âges et les êtres, et d’où jaillit une profonde humanité.



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