Un train pour Trieste, de Domnica Radulescu

arton16704-ebca4Un train pour Trieste, de Domnica Radulescu chez Belfond

Née en 1960, à Bucarest, Mona Maria Manoliu a 17 ans à l’été 1977 et, comme chaque été, elle passe deux semaines au bord de la mer Noire puis deux mois à Braşov dans les Carpates chez sa tante. C’est cette année-là qu’elle découvre l’amour dans les bras du beau Mihai Simionu.

Mona se souvient de l’histoire de sa famille, en particulier de ses arrières-grands-mères, grands-mères et tantes, des femmes fortes qui ont connu le grand amour et ont bravé l’adversité. Mihai est son grand amour ! Mona se souvient aussi de son enfance, de la peur de voir arriver les chars soviétiques après le Printemps de Prague, de la joie devant les déclarations de Nicolae Ceauceşcu tenant tête aux dirigeants russes. Mais le président a bien endormi tout le monde, et le piège s’est refermé sur le peuple roumain : famine, surveillance… Les blousons noirs de la Securitate surveillent tout et tout le monde, les conversations sont écoutées, les gens sont suivis, arrêtés et passés à tabac, certains disparaissent même ou se font écraser par des voitures qui roulent sur les trottoirs… Et les choses se sont aggravées lorsque le général Pacepa, bras droit de Ceaucescu, est passé à l’Ouest.

La peur s’installe partout, mais la vie continue, se nourrir, travailler, protéger sa famille…

Les parents de Mona sont des intellectuels : Miron Manoliu est professeur de littérature à l’université et Dorina Golubov est une poétesse. La jeune fille étudie la littérature anglaise et américaine. Ils sont donc encore plus surveillés.

Mais dans les bras de Mihai, Mona oublie tout ça ! Pourtant le doute s’installe peu à peu dans son esprit : Mihai serait-il un agent de la Securitate chargé de l’espionner et de la faire parler sur ses parents et en particulier les activités secrètes de son père ?

Devant le danger, les parents décident d’envoyer Mona à l’étranger. C’est possible en passant par la Yougoslavie et Trieste en Italie, mais comment Mona pourra-t-elle se débrouiller, seule, dans un pays dont elle ne parle pas la langue et qui ne veut plus de réfugiés ? Mona va rencontrer des gens adorables qui vont l’aider et elle choisira de demander l’asile politique aux États-Unis et de vivre à Chicago, où elle étudiera et rencontrera Tom.

Et puis un matin de Noël, alors qu’elle est enceinte et que ses parents ont enfin pu la rejoindre à Chicago, Mona voit à la télévision l’exécution de Nicolae et Elena Ceaucescu !

Elle voudra retourner dans son pays natal pour découvrir la vérité sur Mihai.

Une belle écriture, une histoire émouvante et passionnante, une intéressante retranscription de la Roumanie des années 70 et 80, et puis la douleur de l’exil, la vie dans un autre pays… Un roman qui se lit tout seul !

« Ils sont ouvriers, étudiants, artistes. Ils se réunissent dans des caves ou dans des greniers infestés de cafards et de rats. [...] Les dissidents se réunissent plusieurs fois par semaine en veillant à changer souvent de lieu de rendez-vous – parfois même d’un soir à l’autre. Ils arrivent tous avec un roman sus le bras, de préférence un auteur roumain classique comme Sadoveanu ou Arghezi, afin de pouvoir maquiller leur réunion politique en cercle littéraire si la police venait s’enquérir de leurs agissements. » (page 77).

« Nous poussons la porte d’un vieux bureau encombré de papiers. Les employés ont l’air grave et s’expriment à voix basse. Des bribes d’anglais, de français et de russe zigzaguent d’un bout à l’autre de la petite pièce. » (page 198). [...] « J’essaie d’être claire et concise, mais elle passe si abruptement d’un sujet à l’autre que je n’y comprends plus rien. Je n’ai pas vraiment parlé anglais depuis mes cours de littérature anglo-saxonne à la fac de Bucarest – cours qui n’avaient sans doute rien à voir avec la langue actuelle, telle qu’elle est employée aujourd’hui. Je parle peut-être comme un vieux grimoire ! Mais l’entretien continue : [...]. » (page 199)

Chronique rédigée par La culture se partage

Quatrième de couverture

Roumanie, 1977. Mona, impulsive gamine de dix-sept ans, aime Mihai. Mais autour d’eux, le monde semble chaque jour un peu plus sombre et l’étau de la dictature chaque jour plus insupportable. La police secrète guette à chaque coin de rue et Mona vit dans l’angoisse que la machine à écrire de son père dissident ne soit découverte, cachée dans le four. Ou pire, comme le lui suggèrent ses amis, que Mihai lui-même fasse partie de la Securitate…

Alors, pressée par ses parents, Mona va devoir fuir. Munie d’un passeport obtenu à la sauvette, elle réussit à prendre le fameux « train pour Trieste ». Seule, terrifiée, sans avoir pu dire au revoir à Mihai.

Des années plus tard, installée aux États-Unis, professeur d’université, mère de deux enfants, Mona comprend qu’elle doit retourner dans ce petit village des Carpates où elle avait rencontré Mihai, pour découvrir la vérité sur son premier amour…



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