Interview de Fabienne Jacob pour Corps

Fabienne JacobInterview de Fabienne Jacob pour Corps aux éditions Buchet Chastel

Monica semble un prénom que vous affectionnez pour vos héroïnes. Est- ce à dire qu’il y a des liens, des filiations entre chaque roman ?

Monika est un prénom que j’affectionne car il me rappelle Monika, l’héroïne d’Ingmar Bergman et que c’est l’un des tout premiers films que j’ai vus quand j’avais seize ans au Ciné-club de la télé de l’époque… En effet, on retrouve déjà Monika dans des Louves, mais très brièvement dans une apparition dans une cour de ferme alors qu’elle n’a que dix ans. J’ai voulu « creuser » ce personnage car il m’a semblé intéressant. C’est tout simple, j’ai cherché comment « approcher » le corps des femmes dans leur nudité, dans leur vérité et j’ai trouvé un personnage bien commode, l’esthéticienne. Sinon, non, ce n’est pas du tout un procédé habituel chez moi que de reprendre ainsi des personnages d’un roman à l’autre.

Votre sujet est le rapport d’une femme au corps des femmes et à son temps. Est-ce à dire que votre roman est féminin jusque dans son public visé ?

Pas du tout. J’ai cherché à fouiller l’opacité du corps féminin, dans ce qu’il a de plus caché, de plus obscur. J’ai essayé de ne pas prendre en considération les critères d beauté, tels qu’ils sont habituellement véhiculés par les médias ou les publicités. Mon livre n’est pas un livre sur la beauté ou sur la peur des femmes de vieillir, mais un livre sur le corps, sur tout ce qu’un corps peut connaître dans une vie, le désir, la sensation, la souffrance, la maladie et la mort. C’est un livre sur l’opacité, le trou noir , ce que cherchent les petites filles dans la commode de leurs parents. C’est étrange comme les femmes critiques ont dit que j’avais écrit un livre sur la beauté et sur la peur des femmes de vieillir et que les hommes n’ont pas du tout dit ça. Eux, ont dit que c’était un livre sur le corps, sur l’enfance, sur la sensation, ils y ont vu autre chose que les femmes, c’est très étrange. Sans doute parce que les hommes ont moins cette obsession du vieillissement qui pèse tant sur les femmes

Serait il plus ardu d’écrire sur le corps des hommes ?

En tant que femme hétérosexuelle, il me paraîtrait plus difficile d’écrire sur le corps des hommes. Ca me semblerait plus « orienté », dison…D’abord parce que je le connais moins bien et ensuite parce que il me semble que le corps masculin a moins à cacher, qu’il montre plus et que par conséquent il y a moins de choses à découvrir.

Qu’est ce que la vérité d’un corps de femme ? Est elle la même d’un point de vue féminin ou masculin pour vous ?

La vérité d’un corps de femme est la coïncidence entre l’intérieur et l’extérieur, entre le corps interne et les années et c’est aussi cela la beauté. Pour un homme c’est plus évident car les hommes traditionnellement trichent moins avec leur corps, encore que les choses commencent à changer…

Votre style est toujours aussi sensuellement rugueux, est ce aussi parce qu’il y a une forme de colère en vous sur ce sujet ?

Merci, je le prends pour un compliment !Il y a une forme de colère en moi, de violence de plan très physique par rapport aux choses que je ne peux exprimer que dans l’écriture parce que si vous me connaissiez vous verriez plutôt beaucoup de douceur…

Vos héroïnes ont toujours cette connaissance au de là du réel, ce secret universel. Pensez vous que la femme est la détentrice par excellence de secrets de la vie ? Est-ce que le secret est le moteur ontologique des relations humaines ?

Peut-être oui, la femme est-elle la détentrice de quelque chose de secret, de caché, mais je ne ne sais quoi exactement, je continue d’enquêter comme les petites filles de mon livre… Le jour où j’aurai trouvé, je cesserais sans doute d’écrire…. le secret, le caché, l’opaque est ce qui me paraît le plus intéressant dans les relations humaines et le plus intéressant pour un écrivain.

Ecrivez vous toujours avec vos sens ?

Oui, littéralement, je me coupe la tête et j’essaie d’écrire avec mon corps, ma peau, mes organes, pas avec mon intelligence en tout cas (si toutefois j’en suis dotée…)C’est aussi pour retrouver certaines sensations de l’enfance (grande époque poétique de la vie ! ) que j’écris comme cela.

A quand remonte votre dernier rendez vous chez l’esthéticienne ? Vous y êtes vous sentie belle ?

J’y vais tous les trois mois environ pour une épilation. Donc c’est vraiment pour me sentir plus nette. Pas plus belle. La beauté, je l’ai ressentie à d’autres moments de ma vie! Par exemple quand je marche pieds nus sur l’herbe rase d’une falaise…

Retrouvez la chronique de son roman ici



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