La seule de Maud Basan

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La seule de Maud Basan, aux éditions Denoël

La seule, premier roman de l’écrivaine française Maud Basan, paraîtra le 18 août prochain aux éditions Denoël.

Récemment quittée par son compagnon, Perluète ne parvient pas à encaisser le choc de la rupture et entame un voyage au coeur d’elle-même et de ses souvenirs.

Voici un récit qui démarre sur les chapeaux de roues. C’est fini. L’autre est parti. Et la nouvelle tombe comme un couperet sur le lecteur comme sur Perluète. Reste plus qu’à apprivoiser le silence, l’absence, le manque, les incertitudes, les questions, le temps suspendu, l’attente, la tristesse, les souvenirs, les lieux, les objets, les odeurs, les angoisses à toute heure du jour, la peur, la paralysie, l’air raréfié, l’inertie, le renoncement, le vide. Imaginez/replongez-vous à l’instant de votre rupture. Celui/celle qui partageait votre vie vient de claquer la porte et vous voilà seul(e) dans cet endroit qui restera votre chez vous, mais au singulier cette fois.

« Nous n’existe plus nous devient autre, totalement incongru imprononçable contresens impensable de folie mortelle. » p.54

Une rame de feuilles, un stylo et vous commencez à coucher sur le papier tout ce qui vous passe par la tête sur le moment. Bien entendu, dans votre tête, tout ce que vous écrivez tombe sous le sens mais honnêtement, il n’est pas certain qu’un lecteur extérieur comprenne ce flot de pensées (souvent inabouties) avec la même évidence.
C’est là l’effet que m’a procuré ce roman. J’ai cru déceler dans la démarche de l’auteur une volonté de restituer au lecteur les pensées en vrac de la femme quittée, de lui faire partager la confusion de l’esprit et la succession de chamboulements physiques qu’occasionne la séparation. Maud Basan use d’une écriture instantanée, presque automatique, qui évolue par saccades à l’image de pulsations cardiaques, ne s’encombre pas de règles de ponctuation, se joue de la syntaxe pour ne s’attacher qu’aux mots, laissés en pâture au lecteur.

« Pas de mots mis ensemble qui conviennent qui ressemblent qui disent cela, seulement des bouts de phrases où l’on se perd on part ailleurs, manque le montage la syntaxe, les mots les phrases se figent s’ankylosent puis déploient leur plumage ouvrent leurs bras s’allongent, offertes. » p.170

Et à l’image de Perluète, le lecteur perd tous ses repères. Il n’y a plus vraiment de notion du temps, entre le passé qui n’est plus, l’amour au conditionnel et le présent en suspens. Les souvenirs se chamaillent, rejaillissent sous forme d’inventaire (toutes les premières fois, le nombre de fois, les dernières fois sans savoir que ce sont les dernières) et se heurtent à la réalité.

« Le réel est irracontable. Ca pourrait ressembler, mais non. C’est rempli envahi saturé d’absence, ça occupe tout, on ne voit que ça, mais on ne voit rien justement, c’est fait de son absence à lui, à laquelle s’ajoute la négation d’elle (ôtée d’elle-même, vidée de sa substance, quelque chose s’est entièrement écoulé par une brèche laissée ouverte), c’est fait d’absences qui s’additionnent, somme de valeurs négatives, combinaison impossible, ça n’existe doublement pas, ça donne le tournis, absences pas en abyme, non, juxtaposées, en chiens de faïence, immobiles et pétrifiées, sans issue, pas de chemin, cela dépasse l’entendement. » p.33

La seule est donc un roman qui évoque plus des sensations qu’il ne raconte une histoire. Malheureusement, si j’ai vraiment apprécié la démarche originale de l’auteure, j’ai toutefois peiné à arriver au bout de cette lecture. Appliqué à la nouvelle ou à la poésie, ce style d’écriture peut contribuer à alléger un texte et à laisser les mots à l’appréciation du lecteur mais s’agissant d’un roman de 224 pages, ce rendu m’a semblé trop fastidieux à la lecture…

Chronique réalisée par Cynthia.

Présentation de l’éditeur

« Pourriez-vous arrêter svp, ce n’est pas la peine de l’appeler, fini c’est fini, bien vouloir noter, du large, de l’air, les sommations ont été données, pas reçues ? au loin s’en vont les nuages, la voie est libre la porte ouverte le monde est vaste, allez-y voir, on vous l’a déjà dit c’est fini c’est décidé… »

Perluète a tout perdu. Il est parti, l’a quittée. Elle est désormais seule. Elle marche, dans un paysage inconnu, totalement nouveau. Seule, ou unique ? Une écriture originale, sensible, pudique et drôle, pour évoquer la séparation, l’amour perdu.



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