La malédiction des colombes de Louise Erdrich – Chronique n°1

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La malédiction des colombes de Louise Erdrich, aux éditions Albin Michel

A Pluto, petite ville perdue du Dakota du Nord, construite au bord d’une réserve indienne, un drame s’est joué au tout début du XXème siècle : une famille entière, à l’exception d’un bébé de quelques mois, sauvé parce que le berceau était dissimulé entre le lit et le mur, a été massacrée et le meurtrier n’a jamais été retrouvé. Mais quelques semaines après le drame, quatre Indiens ont été lynchés par un groupe d’hommes enragés qui cherchaient des responsables. Cette tragédie pèse sur tous les habitants de Pluto, liés par le sang, les mensonges et les secrets.

Dans les années 60, plusieurs personnages prennent la parole et remontent, chacun à leur manière, le fil du passé collectif et individuel, démêlant enfin l’écheveau inextricable de la culpabilité collective. Descendants de ceux qui participèrent d’une manière ou d’une autre au lynchage et à l’histoire de la ville, Erdrich fait alterner avec habileté leur point de vue dans ce riche roman polyphonique : le lecteur, captif d’une narration-puzzle lumineuse et fluide, suit ainsi Evelina, l’adolescente qui finit par découvrir ce qui s’est réellement passé ce jour-là par le biais des histoires de Mooshum, son grand-père, vieil homme plein de vie qui enjolive la réalité et qui a été le seul à réchapper à la corde ; Antone Bazil Coutts, le juge dont le premier amour n’est autre que l’enfant qui a survécu ; Marn, femme de Billy, le prédicateur surnaturel et nièce de Warren, le fou marmonnant ou encore Cordelia, le médecin qui n’aime pas les Indiens. Il faut accepter de se laisser porter et de remettre en place les pièces du puzzle au fur et à mesure (un tableau généalogique peut être consulté en fin de roman, mais je n’ai pas trouvé nécessaire de le consulter) et découvrir ainsi des personnages complexes, liés par des relations familiales parfois tortueuses, prisonniers d’une ville bâtie sur des plaines désertées depuis longtemps par les bisons, ville bien nommée d’où personne ne part jamais et héritiers d’une histoire difficile qui les a modelés. La malédiction des colombes est un roman qui explore finalement les répercussions de la perte de la terre sur un peuple et la façon dont les jeunes générations en viennent à expier les erreurs de leurs pères. Dense, foisonnant, profond, fort bien écrit, le dernier roman de Louise Erdrich est à lire absolument.

Chronique réalisée par Happy Few.

Présentation de l’éditeur

« L’homme répara le fusil et la balle glissa en douceur dans la chambre. Il l’essaya plusieurs fois, puis se leva et se tint au-dessus du berceau… L’homme épaula le fusil. Autour de lui, dans la pièce close, l’odeur du sang frais montait de toute part. »

Considérée comme l’une des grandes voix de la littérature américaine contemporaine, Louise Erdrich bâtit, livre après livre, une œuvre polyphonique à nulle autre pareille. Dans ce roman riche et dense, elle remonte le fil de l’histoire collective et individuelle, explore le poids de la culpabilité et le prix de l’innocence.

Depuis toujours, la petite ville de Pluto, Dakota du Nord, vit sous « la malédiction des colombes » : les oiseaux dévorent ses maigres récoltes comme le passé dévore le présent. Nous sommes en 1966 et le souvenir de quatre innocents lynchés cinquante ans auparavant hante toujours les esprits. En écoutant les récits de son grand-père indien qui fut témoin du drame, Evelina, une adolescente pleine d’insouciance, prend conscience de la réalité et de l’injustice…

Lisez la chronique n°2.



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