Le credo de la violence de Boston Teran

9782702434567-V.inddLe credo de la violence de Boston Teran aux éditions du Masque

Rawbone, criminel endurci et cynique, se fait arrêter au Texas par le Bureau of Investigation alors qu’il a détourné un camion d’armes qu’il compte revendre au Mexique. L’homme qui le traque, l’agent spécial John Lourdes, est le fils qu’il a abandonné à la naissance. Guidé par sa soif de vengeance, Lourdes n’a cesse d’anéantir Rawbone. Mais nous sommes en 1910, la révolution mexicaine gronde, et l’arrestation de Rawbone échappe à John Lourdes : en échange de son immunité, les américains utilisent Rawbone pour acheminer les armes jusqu’aux puits de pétrole mexicains, contrôlés par les investisseurs américains. John Lourdes, dont Rawbone ignore l’identité, est choisi pour l’accompagner et le surveiller dans sa mission. La route devant eux n’est que corruption et violence, attaques sanglantes et trahisons politiques. Dans ce décor dévasté, le duel entre les deux hommes peut commencer : « Je ne suis pas une rue déserte que vous pourriez emprunter avant de l’oublier totalement. Il y a vous, il y a moi et il y a ce camion. Et ça s’arrête là. Il n’y a plus ni passé ni avenir. Il n’y a que le présent. (…) C’est notre monde. Il n’y a plus rien d’autre. Vous, moi, et ce camion. Et nous allons le conduire jusqu’au bout. Où que ce soit. Jusqu’à ce qu’il n’en reste plus, s’il le faut, que le châssis et nos ossements. » (p. 144-145)

Boston Teran nous plonge dans le vif de ses personnages avec un minimalisme tranchant, aussi bien dans la formule que dans la narration. Ainsi pour Rawbone : « il ressemblait beaucoup au décor où il avait vu le jour : une vision hostile et cramée » (p. 13). Les deux hommes sont brièvement présentés, le décor est planté : on ne naît pas à une date, mais le jour de l’assassinat de quelqu’un, on grandit seul dans des bordels ou des taudis. Le point de divergence : le père devient assassin sans foi ni loi, tandis que le fils devient agent du gouvernement. Mais dans leurs veines coulent la même froideur et la même détermination, le même égoïsme, et les mêmes nostalgies secrètes. Le reste n’est qu’action, déroulement, et le roman psychologique prend la forme d’un western blockbusterisant à grand renfort d’attaques de train, d’explosions, de batailles crépitantes et de répliques claquantes. La relation se nourrit, se dévoile et se construit dans l’action violente où elle prend sa source, et la narration suit ce rythme brutal sans s’attarder, ni expliquer. Ce qui fait bien plaisir au lecteur, à qui on laisse le soin de lire entre les lignes, fait assez rare pour être relevé ! Les dialogues et les répliques sont tranchants, affutés, dessinant de plus en plus finement le contour de personnages qui s’épaississent à la mesure. Le style lui-même est rapide, acéré ; les atmosphères, à peine esquissées, prennent une réalité immédiate et tangible.

Quand au cadre, il n’est pas uniquement matière à western, mais vient, en toile de fond, faire émerger un second rythme, plus fataliste que l’intrigue père / fils : celui de la marche implacable de la puissance américaine vers l’étranger. « C’était un chaos hallucinant. Le royaume fétide du pur commerce et de la destruction profane. Une terre dépouillée de toute vie et désormais rongée par un cancer de pétrole et de feu » (p. 216). L’intervention -politique et militaire- pour des raisons économiques, ici le contrôle des puits de pétrole dans le golfe du Mexique, révélée aux tours et détours de l’action, donne au livre une dimension supplémentaire : le « credo de la violence » ne caractérise pas seulement le père et le fils dans leur lutte d’hommes à hommes, mais aussi, d’une manière sensiblement différente, le rapport de la puissance américaine au monde qui l’entoure.

Chronique rédigée par Hélène André

Quatrième de couverture :

Fils d’une pute et d’un client de passage, Rawbone est un criminel au casier bien rempli. Au début du livre, en 1910, alors que l’écho de la révolution mexicaine enflamme la frontière du Texas, il s’empare d’un camion chargé d’armes qu’il décide de vendre au plus offrant. Mais arrêté par les Américains, il accepte, en échange de son immunité, de l’acheminer jusqu’aux puits de pétrole mexicains, sous la garde de l’agent Lourdes du BOI, ancêtre du FBI. Or Lourdes est le fils qu’il a abandonné à sa naissance. Lourdes le sait, mais pas Rawbone. L’expédition sera chaude, ambiance western, avec poursuites et attaques de bandes armées, et en toile de fond le complot américain.
Teran revisite un de ses thèmes favoris, la relation père-fils, et son thème fétiche, l’intervention américaine en pays étranger pour des raisons économiques : « les Etats-Unis sont le monde. Et les sociétés américaines, avec les anglaises, contrôlent presque toute la richesse générée par le pétrole et les mines du Mexique. »



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