Le faux ami d'Henrik B. Nilsson – Chronique n°1

le faux ami

Le faux ami d’Henrik B. Nilsson aux Editions Grasset

Dans notre série « et sinon quoi de neuf du côté scandinave depuis Millenium et les romans policiers de Camilla Läckberg », la Suède nous propose Le faux ami, de Henrik B. Nilsonn, récipiendaire du Borås Tidnings Debutantpris, prix du premier roman en Suède. Pas de frimas finnois déferlant sur Uppsala et Stockholm en ce roman à l’écriture classique, parfois empesée, mais les ors, la crème fouettée et le pavé viennois et tout l’engoncement de l’Autriche au début du siècle dernier.

Deux histoires se mêlent, la grande, palpitante et traîtresse, celle de l’élection d’un nouveau pape, Léon XIII s’étant éteint, et la petite, répétitive et cruelle, celle d’un vieux correcteur malheureux, Hermann Freytag. Les complots politiques et vaticanesques font l’objet de brefs chapitres présentés dans un ordre chronologique inversé, à la manière de Memento, film remarqué de Christopher Nolan, bien avant Inception. Les péripéties plus quotidiennes de Herr Freytag s’étendent avec une certaine langueur dans un ordre tout ce qu’il y a de plus chronologique et traditionnel. Evidemment les deux histoires se croiseront, et bien entendu les soucis, gourmandises ou réflexions de Freytag influeront sur le destin des plus grands.

Tout se joue autour du dernier manuscrit d’un auteur à succès, Boris Basch, dont Freytag fut le correcteur depuis ses débuts. Par loyauté, par reconnaissance, Basch impose à sa maison d’édition qu’on aille tirer ce vieux collègue de sa retraite et de sa place au café Sperl, et qu’on lui confie les corrections de ce nouveau roman. Celui-ci doit alors tenter de comprendre le jaillissement de modernités qui le choque et le bouscule – Klimt, Kokoschka, Schiele sont au centre de la vie artistique viennoise, et de résister aux pressions d’un énigmatique Italien, Signori, qui veut la destruction du manuscrit de Basch. Ce texte serait une menace trop importante pour le catholicisme et la papauté. Conservateur et croyant, Freytag est plutôt séduit par Signori, mais son honneur professionnel et ses liens avec Basch entraine un choix des plus difficiles, tandis que le passage de la comète de Halley fait peser sur Vienne un climat de fin du monde.

Nilsonn décrit avec précision cette société et ses tensions et excelle à exprimer le mal être de Freytag, anti-héros dépressif ballotté par la vie, ne trouvant comme plaisir que ceux modestes de la pâtisserie. Le Mohnstrudel, gâteau « enroulé » au pavot, a ainsi une place si récurrente dans le récit, qu’on en vient à regretter de ne pas avoir la recette en fin d’ouvrage. Se jouant des attentes du lecteur, Nilsonn, taquin, se permet quelques effets de manche stylistiques. Ainsi tout un chapitre suit la conversation de notre brave correcteur avec un personnage si secondaire qu’il, ou plutôt elle, disparaît aussitôt et Freytag d’expliquer laborieusement que son devoir est d’éliminer ce genre de passage d’un manuscrit car ceux-ci ne servent pas l’intrigue. Gaminerie amusante, mais, de fait, la narration manque de péripéties et suit, lymphatique, les courbes du dessert préféré de notre héros. Si l’ensemble est bon, parfois onctueux, c’est tout de même un étouffe-chrétien. Conclusion : un peu trop de strudel, pas assez de pavot, vivement la seconde fournée.

Chronique réalisée par David Vauclair

Quatrième de couverture :

Avril 1910, panique sur terre et dans le ciel. La comète de Halley est sur le point de frôler notre planète, et la succession du pape Léon XIII est imminente. A Vienne, Hermann Freytag, correcteur à l’ancienne, retraité depuis peu, passe ses journées au Café Sperl, à dépouiller les journaux et à ruminer des idées de romans. Dans cette ambiance de fin de monde, le célèbre Boris Basch, auteur de livres à succès, annonce à son éditeur qu’il vient de terminer son roman et que Freytag est le seul correcteur en qui il a confiance. L’équilibre de la maison d’édition est en jeu et le directeur est contraint de prier Freytag de se remettre au travail. Ce dernier empoche l’avance et continue à brasser ses idées noires, déplorer l’état du monde moderne avec le père Anton, ou apprendre l’esperanto de la bouche de la belle Rosita, dont il est secrètement amoureux. C’est alors qu’apparaît le mystérieux Signori. Familier des cercles les plus secrets du Vatican, il en sait long sur le manuscrit de Barsch, susceptible de produire l’effet d’une bombe dans les finances du Saint-Siège. Freytag, se trouve confronté à un choix difficile … bientôt une question de vie ou de mort. Le faux ami se déroule en grande partie à Vienne, au temps où elle était la capitale culturelle et intellectuelle d’Europe. Un roman littéraire au style classique, une histoire faite d’ombre et de lumière qui éclaire une période sombre de l’histoire du Vatican.

Lire la chronique n°2.



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