Quand blanchit le monde de Kamila Shamsie – Chronique n°1

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Quand blanchit le monde de Kamila Shamsie aux éditions Bûchet/Chastel

En cette rentrée littéraire, on trouve vraiment de tout sur les étals des librairies : du bon, du très bon mais aussi du moins bon… Mes précédentes lectures montrent bien ce mélange. Pourtant, une chose est sûre, dans le lot, il y a quelques pépites, des romans précieux, comme Le wagon par exemple, qui sortent du lot et dont je suis ravie de vous parler en espérant ainsi qu’ils ne se fondent pas définitivement dans la masse. Quand blanchit le monde de Kamila Shamsie fait partie de ceux-là.

L’histoire :

Tout commence en 1945 à Nagasaki. Hiroko Tanaka vit une histoire d’amour avec Konrad, un jeune homme allemand. Ils préfèrent garder leur amour caché en attendant la fin de la guerre, mais la bombe atomique ne leur offrira pas la chance de vivre leur amour au grand jour. Konrad meurt tandis qu’Hiroko est gravement brûlée : elle gardera à vie dans son dos des cicatrices qui prennent la forme de grands oiseaux noirs. Quelques années plus tard, elle décide de se rendre à Delhi, là où vit la demi-soeur de Konrad. Elle s’installe pour quelques temps chez James et Elizabeth et fait la connaissance de Sajjad Ashraf, l’employé de James. L’Inde est alors sous domination britannique et le création du Pakistan sème le trouble au sein de la population. Pourtant, malgré la situation, Hiroko et Sajjad tissent peu à peu des liens très forts… Mais ce ne seront pas les seules difficultés auxquelles le couple devra faire face…

Quand blanchit le monde est un roman magnifique dans lequel l’histoire des personnages se mêle étroitement avec l’Histoire avec un grand H. C’est avec un peu d’appréhension que je me suis plongée dans ce long roman, j’avais peur d’être un peu perdue, notamment pour la partie qui se passe à Delhi en 1947 puisque l’Histoire de l’Inde ne m’est pas vraiment familière. Finalement, mes appréhensions se sont rapidement envolées, et je me suis laissée porter par l’écriture de Kamila Shamsie. Cette dernière nous offre un magnifique voyage autour du monde et dans le temps. Elle nous montre comment le monde qui nous entoure, comment l’Histoire que nous construisons est source de blessures profondes pour les hommes. Finalement, l’histoire se répète : aucun endroit au monde ne semble préservé de la violence. Elle nous montre aussi à quel point tout est fragile, et comment par des décisions, des gestes, des paroles qui nous semblent anodins, notre vie peut prendre un tournant totalement inattendu. C’est ainsi que Raza Ashraf se retrouvera, presque malgré lui, dans un camp d’entraînement taliban en Afghanistan, le roman nous emmenant jusqu’aux Etats-Unis au lendemain des attentats du 11 septembre 2001.

L’ensemble du roman est porté par le personnage d’Hiroko Tanaka que j’ai trouvé très attachant. Cette femme porte en elle une force incroyable qui lui permet de se relever chaque fois et de repartir de l’avant. J’ai aimé sa douceur, sa grâce, sa vision du monde… Cette femme, pourtant brisée et marquée physiquement, continue à croire que le bonheur existe, elle refuse de se plier aux traditions, n’écoutant que son cœur :

« Mais quand elle a pris sa main, il a songé que personne, pas même une mère respectée, n’aurait pu contraindre Hiroko Tanaka à quoi que ce soit. Pourquoi les règles de conduite devraient-elles demeurer identiques alors que la guerre a bouleversé tout le reste? lui a-t-elle demandé une fois. Le passé est mort. »

« Le monde de Sajjad n’était pas fermé aux étrangers ! C’étaient les Burton qui refusaient de sortir de l’Inde du Raj. Et c’était à elle, Hiroko Tanaka, de montrer aux uns et aux autres qu’ils pouvaient se passer de ces murs imaginaires qu’ils avaient dressés entre eux. Konrad avait raison, lorsqu’il affirmait que les barrières étaient faites d’un métal qui se changeait en liquide dès qu’on les touchait de part et d’autre simultanément. »

Des passages comme ceux-ci, je pourrais en citer des dizaines… C’est tout le roman qui nous invite à réfléchir, qui nous pose des questions essentielles sur l’amour, la paix, la guerre… Un roman touchant, poignant, magnifiquement écrit que je n’oublierai pas de sitôt. Un roman que je vous conseille de découvrir !

Chronique réalisée par Pimprenelle.

Présentation de l’éditeur

Dans une prison américaine, le jeune Raza Ashraf, attend, nu et en tremblant, son transfert pour Guantánamo. Comment en est-il arrivé là ?… Plus d’un demi-siècle auparavant, à Nagasaki, le 9 août 1945, quand Hiroko Tanaka, une jeune enseignante de vingt et un ans, sort sur sa terrasse ce matinlà, le coeur lui bat dans sa poitrine et le ciel lui semble d’autant plus bleu qu’elle est follement amoureuse de son amant allemand, Konrad Weiss. Mais leur histoire s’arrêtera là, car le monde a soudainement blanchi… Contrairement à Konrad, Hiroko survit à l’apocalypse nucléaire mais les graves brûlures sur son dos prennent la forme de grands oiseaux noirs qui lui rappelleront, toute sa vie, ce qu’elle a perdu…

En quête de renaissance, elle se rend à Delhi deux ans plus tard chez la demi-sœur de Konrad, Elizabeth Burton, son mari James Burton et leur employé, le beau Sajjad Ashraf qui lui apprend l’ourdou et la trouble. Et alors qu’un conflit en chasse un autre et que la terrible Partition succède à la seconde guerre mondiale, l’Histoire, l’amour et la mort ne cesseront d’entrelacer les destins de Hiroko, des Burton et des Ashraf transportés de Karachi à New York, puis en Afghanistan dans le sillage immédiat du 11 septembre 2001… Envoûtant et beau, chargé d’émotion et de poésie par le destin exceptionnel d’une Japonaise et de sa famille sur deux générations et trois continents, Quand blanchit le monde est le roman des soixante dernières années d’est en ouest. Ces années qui n’en finissent pas de nous hanter comme elles habiteront longtemps les générations à venir…

Lisez la chronique n°2

Entretien vidéo :




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