Rosa Candida de Audur Ava Ólafsdóttir

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Rosa Candida de Audur Ava Ólafsdóttir, aux éditions Zulma

Début juillet, il devenait évident que l’été serait chaud.

Une bonne raison pour choisir ce roman islandais parmi les nouveautés proposées pour en faire une chronique dans le cadre d’un partenariat avec Chroniques de la rentrée littéraire et Ulike.

En plus : un très joli titre, un nom d’auteur délicieusement ethnique (retenir fille d’Olaf, et Ava comme Gardner), et une couverture graphique particulièrement attirante qui m’a rappelé les dessins et les couleurs finlandaises des tissus Marimekko dans les années 80.

Le personnage principal se prénomme Arnljotur  – avec un accent sur le o que je n’arrive pas à composer.

Mais la singularité du jeune homme ne tient pas seulement à son nom…

Il est le narrateur et le héros d’un insolite voyage initiatique. A l’écouter – quand je lis, j’entends des voix – rien de plus normal que d’être quasi orphelin à vingt ans, jeune père d’une petite fille non désirée mais tendrement aimée, de quitter seul son pays de laves noires et de mousses grises, pour tailler la route et suivre son étoile personnelle qui a pris la forme d’une rose pourpre à huit pétales.

Sa rosa candida mènera Arnljotur à travers plusieurs frontières jusqu’au jardin monial oublié dont il a projeté de longue date la restauration : Le Merveilleux Jardin des Roses Célestes.

Que fuit Arnljotur ? La douleur de la perte brutale de sa mère ? Ses fardeaux  : un vieux père presque octogénaire déboussolé par son veuvage récent, un frère jumeau autiste, un bébé accidentel ? Ses propres questionnements tranquilles mais obsessionnels sur la mort et sur le sexe (il dit “le corps”) ?

Au cours du voyage il rencontre successivement des personnages qui le mettent sur le bon chemin, au sens propre comme au sens figuré. Le plus étonnant d’entre eux est Frère Thomas, le moine cinéphile pour qui : “La beauté est dans l’âme de celui qui regarde.”

C’est encore Frère Thomas qui l’aidera à y voir clair dans ses sentiments pour la maman de sa fille Flora Sol – avec toujours le même accent grave sur les o, que je ne sais pas composer.

Une histoire à dormir debout ? Un conte ? Une quête allégorique ?

Peut-être aussi, mais pas seulement. J’ai aimé être transportée sans me poser de questions dans l’univers peu banal d’un personnage original, positif et lucide, tendre et finalement raisonnable dans sa douce folie. J’y ai cru.

Le charme étrange de l’histoire tient au dépaysement imposé au lecteur (non islandais !) et qui est encore amplifié par l’absence de références culturelles ou géographiques clairement identifiables. Il faut se laisser déraciner, comme fait le jeune jardinier en quittant les siens. Comme les boutures des rosiers qu’il fait voyager dans ses bagages.

Aucun pays n’est jamais cité, même pas l’île glaciaire que le héros quitte au début du roman.

Encore moins le petit pays méridional à la langue étrange menacée de disparition où il arrive à la fin de son périple. Le lecteur peut imaginer : une province des Balkans, d’Europe Centrale, de Grèce ? Aucun indice précis n’est laissé, exprès, sans doute. Au lecteur d’imaginer la carte des déambulations du héros : à l’heure de google maps, c’est rafraîchissant et intriguant !

Je me suis souvenue avoir éprouvé les mêmes joies de lecture en dévorant les romans de Selma Lagerlöf, il y a de très nombreuses années. La neige, la nuit, la mer gelée, puis les fleurs au printemps, le dégel de la terre, le jour retrouvé, la Dalercarlie que je n’ai jamais cherchée sur une mappemonde mais qui m’était devenue familière, les destins contrariés du pasteur Gösta Berling et de la belle et tendre Ana Svärd. Tout cela m’est revenu en mémoire en lisant le merveilleux voyage de Arnjlotur, – dit aussi, et c’est plus facile, Lobbi.

Chronique réalisée par Tilly.

Présentation de l’éditeur

Le jeune Arnljótur va quitter la maison, son frère jumeau autiste, son vieux père octogénaire, et les paysages crépusculaires de laves couvertes de lichens. Sa mère a eu un accident de voiture. Mourante dans le tas de ferraille, elle a trouvé la force de téléphoner aux siens et de donner quelques tranquilles recommandations à son fils qui aura écouté sans s’en rendre compte les dernières paroles d’une mère adorée. Un lien les unissait : le jardin et la serre où elle cultivait une variété rare de Rosa candida à huit pétales. C’est là qu’Arnljótur aura aimé Anna, une amie d’un ami, un petit bout de nuit, et l’aura mise innocemment enceinte.

En route pour une ancienne roseraie du continent, avec dans ses bagages deux ou trois boutures de Rosa candida, Arnljótur part sans le savoir à la rencontre d’Anna et de sa petite fille, là-bas, dans un autre éden, oublié du monde et gardé par un moine cinéphile.



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