CosmoZ de Claro

CosmozCosmoZ de Claro aux Editions Actes Sud

Et si le grand roman américain était écrit par un Français ? Techniquement, une épopée nationale est écrite par le citoyen d’un pays. Mais nous pourrions admettre qu’un écrivain peut s’il le souhaite, sans passeport, choisir sa société et la culture dans laquelle il désire s’épanouir. Et Christophe Claro a fait ses preuves, talentueux traducteur de l’américain il codirige, patelin, Lot 49 aux éditions Cherchemidi, collection remarquable de fictions états-uniennes. Et si écrire un roman, c’est décrire l’univers « à une lettre près » pour reprendre l’expression de Thomas Pynchon (dans Vente à la criée du Lot 49), CosmoZ en serait, ne serait-ce que par le titre, une admirable illustration.

Claro reprend un conte de fée devenu mythe, le livre de L. Frank Baum, Le Magicien d’Oz (1900), et l’adaptation cinématographique la plus connue du roman, celle de Victor Fleming avec Judy Garland, qui rendra culte et mondialement célèbres Dorothée et son chien Toto, l’Epouvantail, le Lion Poltron, le Bonhomme en Fer-Blanc et la sorcière de l’Ouest, qui a même aujourd’hui sa propre comédie musicale à Londres et sur Broadway. Qui n’a pas entendu ou même fredonné « Over the Rainbow », en claquant des talons et en se souvenant qu’il n’y a pas de meilleur endroit que chez soi ? Claro l’a fait. Et comme les mythes exigent des réinterprétations, il s’y est engagé gaillardement.

CosmoZ reprend les personnages principaux et les projettent du film et du livre dans l’âpre XXe siècle. Cette contrainte oblige ces « Oziens » à retrouver leur origine, à rechercher la voie qui, enfin, les extraira de la tornade de guerre et de misère du siècle dernier, pour les ramener au paradis perdu de la fiction. Dorothée est infirmière, l’Epouvantail et l’Homme de Fer-Blanc, mutilés de 1914-1918, les Munchkins ont emploi de nains dans divers cirques de provinces, etc. On traverse la première moitié de ce siècle si brutal, guidé par le réalisme magique bouillonnant cher à Claro.

Débutant en 1900 à la création de l’histoire par L. Frank Baum, CosmoZ s’achève logiquement en 1956, avènement de la télévision et premier passage sur le petit écran du film, ainsi que l’arrivée dans le domaine public du livre. Ainsi, CosmoZ fourmille de références historiques et littéraires et s’enrichit des diverses métaphores, adaptations et parodies qui depuis la parution de l’ouvrage de Baum peuplent la psyché états-unienne. Citons seulement Henry Littlefield qui, en 1964, comprenait ce conte comme une allégorie monétaire, et la défense politique d’un retour à un double étalon or et argent, théorie en rien validée par les spécialistes de l’œuvre baumienne mais qui eut un grand succès et que certains font ressurgir aujourd’hui avec Internet et souhaite adapter à la crise économique actuelle.

Ce trésor de théories variées permet à Claro de dessiner une société et une histoire américaine, même occidentale, autour de ce mythe central. S’enfonçant dans la noirceur de cette époque à la fois si proche et si lointaine, il ne retient malheureusement que les catastrophes qui émaillèrent l’histoire de notre monde. La densité romanesque, la créativité, la causticité de l’auteur disparaissent petit à petit, tout comme les personnages, avalés par les tragédies du siècle. Et, je me dois d’admettre que l’auteur m’a perdu Loin du Kansas. Sans regrets cependant, certaines expériences n’ont pas nécessairement besoin d’être conclues sur les chemins noués d’Oz.

Chronique réalisée par David Vauclair

Quatrième de couverture :

Réclamés à parts égales par la fiction et le réel, échappés de l’univers mythique du Magicien d’Oz , quelques orphelins du siècle traversent, des tranchées de 14-18 au champignon atomique d’Hiroshima, un demi-siècle de barbarie. Mise à mal par les diverses tornades de l’Histoire, la petite tribu des « Oziens » se confronte aux politiques monstrueuses qui transformèrent l’Europe en une galaxie de camps de concentration et le reste du monde en parcs d’attraction ou en camps retranchés. CosmoZ, une anti-féérie pour revisiter, à l’aune d’un merveilleux qui se rêve résistance, la mortelle illusion des utopies qui, sous mille visages, nous gouvernent.



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