Dans la nuit brune d'Agnès Desarthe

Dans la nuit bruneDans la nuit brune d’Agnès Desarthe aux éditions de L’Olivier

En ouvrant le dernier roman d’Agnès Desarthe, on prend de plein fouet un vent glacial.
Un jeune homme est mort.
Un bête accident de moto.
Sa petite amie est au bord du gouffre. Sur son lit, elle se met en position fœtale et pleure de tout son soûl. Un grand bébé inconsolable que son père Jérôme ne sait plus comment prendre.
Autour de ce duo gravitent quelques satellites. La mère, tout d’abord, partie depuis longtemps du foyer et qui revient  pour enterrer un garçon qu’elle ne connaît pas. D’ailleurs, connaît-elle encore sa fille ?
C’est une mère particulière. Distante.
Puis, il y a Rosy, la bonne copine de Marina. La fidèle amie qui vient tous les jours et qui offre ses rondeurs au corps désolé de son amie. Elle comble l’absence maternelle.
Un peu plus loin dans le récit, un inspecteur homo à la retraite viendra poser des questions à Jérôme. Il y a quelques mois, une jeune fille a disparu et il aimerait savoir ce qu’elle est devenue.
Enfin, une cliente de Jérôme entrera à pas de loup dans ce cercle.

Voici un roman sur le deuil, le deuil d’un jeune homme et la disparition d’une jeune femme. Mais c’est aussi un roman sur la quête identitaire. Quand un enfant part trop tôt, les adultes replongent dans leur propre enfance et aimeraient effacer quelques points d’interrogation. C’est le cas de Jérôme, un enfant trouvé. A 3 ans, il est sorti d’un bois et il ne se rappelle pas de sa vie d’avant … Cette énigme à résoudre le taraude de nouveau lors de la mort d’Armand.

Quelques fois le récit fait une embardée et part sur quelques routes secondaires : il s’interroge sur le devenir des couples, mais aussi leurs désirs et leurs manquements, le rapport qu’entretiennent les parents avec leurs enfants … parfois il flirte avec le conte quand il s’intéresse au passé de Jérôme. A-t-il vraiment été un enfant des bois ?

C’est la première fois que je lis un roman d’Agnès Desarthe.
Si le souffle glacial du roman m’a quelques fois rebutée (quelle idée aussi d’emporter un tel roman quand on part au soleil …), la plume de l’auteur m’a charmée.
Moins tranchante que Claudie Gallay, mais un peu âpre tout de même. J’aime ces écritures qui semblent posséder un souffle intérieur.
En revanche malgré la révélation finale, qui se veut être l’acmé du roman, son point culminant, j’ai trouvé que le récit s’effilochait trop en de nombreux ramages pour pouvoir posséder une véritable tension. Le deuil, la disparition d’une jeune fille, la simili-enquête, les problèmes relationnels et la quête identitaire : des thèmes lourds, aussi j’aurais préféré davantage de ponts reliant ces thèmes …
Malgré tout, la plume de Desarthe vaut le détour. Aussi, j’essaierai un autre de ses romans. Peut-être que la construction de celui-là ne me chagrinera pas.

Chronique réalisée par Leiloona de Bric à Book

Quatrième de couverture :

Jérôme est un homme calme. C’est du moins ce qu’il croit. Lorsque l’amoureux de sa fille Marina meurt dans un accident, il tombe dans une profonde agitation.

Que faire du chagrin de Marina ?

D’autres secousses, de plus en plus fortes, viennent ébranler la vie de Jérôme. Il doit alors se rendre à l’évidence : de lui-même et de ses origines, il ne sait rien, sinon qu’il fut recueilli jadis, errant dans les bois, par un couple qui l’adopta. D’où vient Jérôme, l’enfant sauvage ?

Pour le savoir, il lui faudra plonger à nouveau dans la nuit brune, guidé par un étrange mentor.

Dans ce livre, un homme doit se confronter à des forces qui le dépassent, et qui portent des noms si anciens qu’ils ont presque perdu leur sens, comme Éros ou Thanatos. Pour lui,

l’Histoire est vraiment un cauchemar dont il essaie de s’éveiller. Usant de toutes les ressources du romanesque, sans se priver de celles du conte, Agnès Desarthe ne cesse de nous surprendre et de nous enchanter.



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