En attendant la montée des eaux de Maryse Condé – chronique n°1

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En attendant la montée des eaux de Maryse Condé, aux éditions JC Lattès

Monument de la littérature française, Maryse Condé surprend le lecteur par ce récit fort, où trois hommes se retrouvent liés autour d’une petite fille en quête de ses origines.

Seul, sans espoir, meurtri par la vie, Babakar, médecin, croit renaître quand le hasard l’amène à recueillir une petite fille, dont la mère, une clandestine haïtienne, est morte en couche. A la recherche de la famille de cette petite fille, Babakar part pour Haïti, accompagné du frêle Movar, et découvre un pays ravagé, qui lui rappelle sa propre histoire. Son chemin croisera notamment celui d’un cuisinier libanais au triste passé qui, avec Movar, partagera aussi la quête de Babakar.

Roman à tiroirs explorant le passé de plusieurs personnages, récit complexe à plusieurs voix, En attendant la montée des eaux permet au lecteur de voyager aussi bien en Afrique qu’aux Antilles, et de découvrir un monde qui lui est inconnu, secoué par les désordres politiques, les guerres, les éléments. Les scènes de chaos abondent dans ce livre, ce qui le rend globalement très sombre : racisme, meurtres, torture, arrestations arbitraires, sur fond de coups d’états et de guerres civiles. Les personnages sont sans cesse ballotés dans ce chaos, à la merci des gouvernements, des milices, du destin, finalement. Babakar perd tour à tour les femmes de sa vie, elles lui sont toutes arrachées. Triste histoire, donc, que celle de ce pauvre personnage auquel on s’attache au fil des pages.

Ce roman explore également le thème de la paternité et montre avec finesse et pudeur que l’on peut outrepasser les liens du sang, que l’on n’a pas besoin d’ADN pour se sentir le père d’une enfant. La relation entre Babarak le médecin et Anaïs, l’enfant qu’il a recueillie spontanément émeut le lecteur. En dépit des aléas de la vie qui ont marqués chacun des personnages, que ce soient Babarak, Movar ou Fouad, ils restent capables d’humanité et d’amour.

Un des atouts de ce livre est probablement l’alternance des voix, et les nombreux récits des personnages, qui se mêlent à la trame principale. L’on découvre ainsi Beyrouth par les yeux de Fouad, lorsqu’il s’ouvre à Babarak, ou le passé de celui-ci, dans lequel on rencontre un des personnages les plus forts du roman : Thécla « la sorcière », la mère du personnage principal. Magnifique Noire aux yeux bleus, ostracisée de ce fait de son vivant, puis hantant les rêves de son fils, elle le raille, le conseille, lui prodigue amour et conseils par le biais de son inconscient. Dérive œdipienne ou véritable sorcellerie, il reste au lecteur de trancher sur la nature de cette relation post-mortem.

En somme, En attendant la montée des eaux est un roman déroutant mais envoûtant, au style simple et fluide, à l’histoire complexe et bien construite. Une belle leçon d’humanité dans un monde hostile.

Chronique réalisée par Emily.

Présentation de l’éditeur

Babakar est médecin. Il vit seul avec ses souvenirs d’une enfance africaine, d’une mère aux yeux bleus qui vient le visiter en songe, d’un ancien amour, Azelia, disparue elle aussi, et autres rêves de jeunesse d’avant son exil en Guadeloupe, berceau de sa famille. Mais le hasard ou la providence place une enfant sur sa route et l’oblige à renoncer à sa solitude, à ses fantômes.

La petite Anaïs n’a que lui. Sa mère, une réfugiée haïtienne, est morte en la mettant au monde, lui léguant sa fuite et sa misère. Babakar veut lui offrir un autre avenir. Ils s’envolent pour Haïti, cette île martyrisée par la violence, les gouvernements corrompus, les bandes rebelles, mais si belle, si envoûtante. Babakar recherche la famille d’Anaïs, une tante, un oncle, des grands-parents peut-être, qui pourraient lui raconter son histoire. Mais Babakar ne rencontre personne et ne peut compter que sur lui et sur ses deux amis Movar et Fouad. Des hommes qui lui ressemblent, exilés, solitaires, à la recherche d’eux-mêmes et qui trouvent à Haïti des réponses à leur quête, un lieu de paix au milieu des décombres.

Lisez la chronique °2



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