La tête en arrière de Violaine Schwartz

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La tête en arrière de Violaine Schwartz, aux éditions POL

C’est un roman sur la folie qui peu à peu vire à la paranoïa. On assiste à la dégradation de cette femme en même temps que celle de la maison du bonheur qui tourne à la maison du malheur. L’écriture est saccadée ce qui peut dérouter le lecteur mais qui rend parfaitement l’état de santé mentale de cette femme. C’est son monde rempli de peur, de délire et de rejet des autres que l’on explore, un monde où on la voit s’enfermer sans volonté de s’en sortir et où elle rejette les raisons de ses échecs professionnels et personnels sur les autres. Une descente en enfer parfaitement maitrisée mais éprouvante pour le lecteur.

On assiste impuissant dans une position de voyeur à cette lente déchéance en se demandant si elle ira jusqu’à commettre l’irréparable, si quelqu’un prendra la pleine mesure de sa folie et essayera de l’aider.

C’est un aller simple pour la folie, une plongée en apnée sans certitude de retour dans laquelle l’issue reste incertaine.

C’est un livre habité où la souffrance est omniprésente, la souffrance d’une femme dont les repères sont perdus et qui s’isole jusqu’à vivre comme une sauvage.

Ma note 7/10 pour ce roman.

Chronique réalisée par Biblio.

Présentation de l’éditeur

Elle est chanteuse lyrique. Sans travail, depuis des mois et des mois. Elle prépare une improbable audition pour jouer dans La Voix humaine de Poulenc, elle tourne en rond avec sa petite fille, dans sa grande maison, trop grande pour eux trois, une maison qui appartient à sa belle-famille, vous verrez, c’est la maison du bonheur, leur a-t-on dit en leur remettant les clés. Et aussi : il faudra penser à purger les radiateurs et tondre la pelouse et une maison pleine de phrases et de choses à faire, dans laquelle ils flottent, trop d’escaliers, trop de pièces mortes, elle se dissout dans le papier peint, elle s’égare dans les fissures du plafond, et les problèmes matériels prolifèrent comme les pucerons dans le jardin, quelle chance d’habiter là, les voix ne s’arrêtent jamais dans sa tête, et la panique grandit, de tout ce qu’il y a à faire, que les gens font, qu’elle n’arrive pas à faire, à commencer par trouver du travail. Mais plus elle s’acharne en vocalises, plus sa voix s’abîme, moins l’argent rentre et plus les tuyaux fuient, plus les rues sont venteuses dans l’hiver qui arrive, et plus elle a la tête qui part en arrière : le sol se dérobe sous ses pieds, le monde danse tout à coup, mais inspire, expire, elle se rattrape toujours, jusqu’à la fois d’après…

Ce livre est le portrait d’une femme au pire d’elle-même, la radiographie d’un cerveau chauffé à blanc, rongé par la paranoïa, miné par le chômage, envahi d’herbes folles et de voix, mais qui cherche furieusement à sortir de la spirale et déploie une énergie démente pour rester debout. C’est le solo d’une imagination à fleur de nerfs, une partition minimaliste, obsessionnelle et trouée de silences, comme le texte lui-même, construit autour de ces points de butée où la pensée tombe dans le vide de la page blanche, mais repart aussitôt, toujours plus aiguisée, toujours plus vive, comme une machine à spéculer, lancée à toute vitesse, et plus le réel est pauvre, taiseux, plus il engendre un monde intérieur prolifique et ramifié, qui s’empare du moindre détail pour en faire un roman.



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