Le joli mois de mai d'Émilie de Turckheim

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Le joli mois de mai d’Émilie de Turckheim, aux éditions Héloise d’Ormesson

Ce week-end, Aimé se prépare à accueillir des hôtes dans la vaste propriété dont il a l’entretien. Mais cette fois-ci, il ne s’agit pas de recevoir des chasseurs de la ville mais plutot les étranges héritiers de Monsieur Louis, le propriétaire. En effet, ce dernier vient de mourir et son testament stipule que 5 anciens clients du pavillon de chasse bénéficieront de l’héritage. Voici donc 5 « têtes de chien » qui, affichant plus ou moins une tristesse de circonstances, viennent surtout pour l’argent. Aimé, avec l’aide de Martial, un jeune homme simple d’esprit, reçoit donc les Truchon, un couple plutôt vénal ; Sacha Milou, un tenancier de bordel ; L’asiatique et discret Monsieur Hi ; et enfin le commandant Lyon-Saëck. Tous les six n’attendent qu’une chose : l’arrivée du notaire, prévue pour le lendemain. Ils patientent comme ils peuvent jusqu’à ce que l’imprévu survient : un des invités tombe raide mort.

De l’imprévu ? Hum… pas si sûr…

Ce court roman nous est donné par la voix d’Aimé qui nous parait un peu benêt de par la langue qu’il utilise. Homme simple et rustre, il ne sait pas parler le langage des nantis, des parisiens et le texte est émaillé de fautes de syntaxe et d’orthographe. Il semble être dévoué à Monsieur Louis et à une certaine Lucette qui revient tout au long du récit. Ce que le lecteur va découvrir, c’est que Aimé n’est pas si bête et naïf que ça. Aimé décrit donc la situation avec ses mots à lui et cela donne un récit assez drôle entre son innocence supposé et le dramatique de la situation. Quelque mots « compliqués » s’insèrent dans son vocabulaire et la définition qu’il en donne lui-même est savoureuse.

« La vulgarité, Lucette dit que c’est quand on fait des efforts tellement voyants pour être belle que tout ce qu’on voit au bout du compte c’est les efforts et pas la beauté. »
 
« Alors Lucette m’avait expliqué que la solennité c’est quand on veut montrer par tous les moyens qu’on vit un grand moment, quitte à faire un peu semblant. »

Peu à peu, l’histoire se densifie et ménage des révélations au détour des phrases. On apprend avec surprise qui est Lucette, autour de laquelle est centrée toute l’histoire. On découvre les travers des futurs héritiers, leur passé. On partage les souffrances d’Aimé qui porte si mal son nom.

L’intrigue se déroule innocemment, on soupçonne quelques liens et puis la chute arrive : savoureuse et dure à la fois. Les dernières pages éclairent tout, les connexions se font entre les personnages et on comprend l’ironie de ce Joli mois de mai.

Emilie de Turckheim nous offre ici une histoire douce-amère de vengeance qui oscille entre humour noir et tristesse et se laisse découvrir avec plaisir.

Un roman léger malgré son thème, auquel on peut tout de même reprocher l’emploi systématique du langage « bas de gamme » d’Aimé : un emploi qui finit par agacer quelque peu par sa répétition.

Extrait :
 
« Pourquoi que la taille des valises a rien à voir avec la taille des gens ? M. Truchonje l’ai reconnu même avant qu’il a mis son nom sur le registre des invités. Comme il avait peur qu’on le prend pas pour lui, il avait mis sa tête en photmaton sur le courrier qui disait je suis très honoré, je viendrais avec mon épouse et en dépit du chagrin qui nous frappe je me sens consolé en apprenant que Louis Yoke considérait mon amitié si hautement que, et caetera et caetera, je ne vais pas non plus vous le lire en entier son courrier, mais ce qu’est certain c’est qu’il avait l’air plus consolé que chagriné,et d’ailleurs lui et sa femme quand ils sont entrés je les ai trouvé pudiques à souhait parce qu’ils laissaient vraiment rien voir de leur chagrin. »

Chronique réalisée par Choco.

Présentation de l’éditeur

Aimé et Martial sont les hommes à tout faire d’une vaste propriété qui accueille chaque week-end, dans ses chambres d’hôtes, des citadins venus chasser. Un mois plus tôt, Martial a retrouvé dans les bois Louis Yoke, le maître de maison, mort d’une balle dans la gorge. Le défunt a laissé un testament par lequel il lègue à cinq de ses anciens clients chasseurs l’ensemble de ses biens. Le roman débute à la tombée de la nuit alors que débarquent les cinq héritiers : un inspecteur à la retraite, un couple que l’avarice rend fous, un militaire très discret et un tenancier de bordel homosexuel. Sans l’ombre d’une pensée pour le défunt, dans un égoïsme crasse, en silence, avidement, on attend le notaire. Qui ne viendra jamais. Incidemment, Aimé dévoile l’histoire de Louis Yoke – dit Monsieur Louis et de ces faux héritiers qu’il a, en réalité, luimême convoqués. Tous ont croisé la même femme, Lucette, à une époque de leur vie. Tous l’ont presque oubliée. Tous l’ont fait souffrir, parfois sans même s’en rendre compte, jusqu’à la mort. C’est sa propre mère que venge Aimé. Ses crimes, invisibles, égrènent le roman qui débute entre chien et loup, à l’heure où il ne fait ni jour ni nuit, où l’on ne peut distinguer si ce sont des chiens ou des loups qui arrivent au loin. Émilie de Turckheim joue des stéréotypes et sème les indices avec l’efficacité d’un maître du suspense.



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