Le wagon d'Arnaud Rykner

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Le wagon d’Arnaud Rykner, aux éditions La Brune

Lorsque j’ai vu que l’un des titres de la rentrée littéraire proposés par Ulike concernait l’univers concentrationnaire, mon choix s’est immédiatement arrêté dessus. En effet, cette triste période historique m’a toujours beaucoup intéressée et je pense qu’il est important de continuer à écrire dessus pour qu’elle ne sombre pas dans l’oubli…

Le wagon, c’est celui dans lequel se trouve le jeune narrateur de vingt et un ans. Ce wagon fait partie du dernier train qui emmena des déportés à Dachau le 2 juillet 1944. Ce wagon, c’est l’horreur, le cauchemar devenu réalité : une centaine d’hommes entassés comme du bétail, une chaleur accablante sans la moindre aération, la faim, la soif mais aussi et surtout la mort. La mort et son odeur… Un voyage qui dure trois jours, trois jours durant lesquels ces hommes côtoient l’enfer. Trois jours que le narrateur nous décrit, presque heure par heure. Trois jours de lutte contre soi-même et contre les autres : la peur, la panique, le dégoût mais aussi l’espoir, parfois, lorsque le train s’arrête…

Ce roman m’a souvent rappelé la lecture du Grand Voyage de Jorge Semprun. La différence, c’est que Le wagon n’est pas autobiographique. Pourtant, l’auteur a décidé d’écrire ce roman lorsqu’il a découvert que l’un de ses proches avait fait partie de ce convoi. Il s’est beaucoup documenté, beaucoup renseigné, et je trouve ses propos très justes :

Tout ce qui est raconté ici est vrai. Tout ce qui est inventé ici est vrai aussi. Bien au-dessous de la réalité. Ce n’est pas une fiction. […]
Là où aucune image ne peut se former, il faut former une image.
Une image injuste.
Alors tout ce qui est raconté est faux. Ce n’est pas un livre d’Histoire. L’Histoire est bien pire.
Irréelle.
Ceci est un roman.

Le wagon est une lecture difficile, ce qui n’est rien comparé à ce qu’ont pu vivre ces hommes. Les phrases sont courtes, le rythme est haché, comme si l’écriture elle aussi avait été douloureuse. Difficile de dire que l’on a aimé un tel texte, et pourtant ce texte est beau, ce texte est bouleversant, si bouleversant qu’il n’est pas évident d’en parler, que je peine à trouver les mots. Y en a-t-il d’ailleurs ? Arnaud Rykner nous montre la folie des hommes, leur cruauté. Ce livre nous dit l’indicible : les corps putréfiés, les excréments, le sang, les chairs… Tout ceci paraît tellement incroyable, tellement inhumain… Et pourtant… C’est bien pour cela, qu’il faut lire Le wagon, ou plutôt d’une certaine manière le vivre, pour ne jamais oublier de quoi l’être humain est capable. Les pages se tournent, le livre se ferme mais les mots, les images restent là, bien présents dans l’esprit du lecteur.

Chronique réalisée par Pimprenelle.

Présentation de l’éditeur

En juillet 1944, l’un des derniers convois de déportés met trois jours pour aller de Compiègne à Dachau. Plus de 2 000 hommes sont entassés dans 22 wagons, plus de 500 mourront dans le voyage.

Ce roman est le monologue d’un jeune homme de 22 ans qui raconte, au fil des heures, l’enfer vécu.



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