L'effet Larsen de Delphine Bertholon

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L’effet Larsen de Delphine Bertholon, aux éditions JC Lattès

Le sujet de ce roman est plus que délicat ; il y est question de la perte d’un être cher, d’un père, d’un mari et surtout du deuil.

Nola, la narratrice nous raconte l’été de ses 18 ans : août 98 la France est championne du monde et une euphorie générale règne sur cet été caniculaire. L’héroïne, elle est bien loin de cette liesse populaire, isolée du monde, elle subit des épreuves très difficiles.

Elle a tout d’abord perdu son père l’hiver précédant ce qui a brisé son insouciance adolescente et sa joie de vivre. Loin des préoccupations des jeunes filles de son âge, elle se pose désormais des questions existentielles et se bat chaque jour pour sur(vivre).

Début août, sa mère et elle sont, de plus, contraintes d’emménager dans un vieil immeuble tortueux qui va déclencher un nouveau drame. En effet, la mère de Nola sombre peu à peu dans une grave dépression qui va s’exprimer physiquement par de l’hyperacousie. L’hyperacousie est un dysfonctionnement de l’audition, caractérisé par une hypersensibilité de l’ouïe ; concrètement cela signifie que son ouïe est si développée que le moindre froissement de tissu, chaque goute d’eau tombant sur le sol, chaque vol de mouche sonne a son oreille comme un hurlement.
Son corps semble rejeter le bruit, les autres, le monde et la vie se punissant ainsi de la mort de son mari. Du jour au lendemain, elle devient l’ombre d’elle même, le fantôme de la femme qu’elle fut.

Nola quant à elle refuse de se laisser abattre. Elle accepte son chagrin et se lance dans une quête humaine et artistique afin de tourner la page, de faire son deuil et d’enterrer, une fois pour toute, les secrets de famille.

Sans jamais tomber dans le pathos, l’auteur nous livre un roman d’une extrême justesse. Cette héroïne faible et forte à la fois nous donne une leçon de vie, d’optimisme et de persévérance. Son langage plein de colère vous fera même sourire au coin d’une page et son obsession étrange pour les oreilles nous désarçonne aux moments les plus inattendus.

Il s’agit aussi, en quelque sorte, d’un roman initiatique ; face à cette tragédie, Nola est obligée de grandir d’un coup, d’abandonner son cocon de jeune adolescente et de rentrer plus vite que prévu dans la vie adulte. Le plus beau, c’est que c’est par l’art et par l’ouverture aux autres qu’elle va y arriver. L’héroïne ne sacrifie pas sa vie pour ses voisins, elle va seulement leur parler, s’ouvrir un peu et écouter des « tranches » de leurs vies, de leurs tragédies. Ainsi elle découvre une palette de désillusions, de tristesses, de pertes mais aussi différentes réactions et façons d’exprimer cette tristesse. Et c’est ainsi qu’elle va, au fil des rencontres, trouver sa propre voie pour accepter son malheur et aller de l’avant afin de reprendre le cours de sa vie.

Loin du pathos, loin des ficelles vulgaires dont souffre trop souvent la littérature contemporaine. C’est une belle leçon de vie ou de mort. A découvrir.

Chronique réalisée par nad93.

Présentation de l’éditeur

Depuis plus d’une décennie, Nola vit avec une zone d’ombre au sein de son histoire. Mais voilà : on ne peut pas fuir éternellement… Elle décide alors, l’année de ses trente ans, d’enfin trucider son fantôme. Elle rembobine, jusqu’à cet été-là, l’été le plus marquant de son existence.

Août 1998. Il fait 37 degrés, Paris est vide, les Bleus sont champions du monde. Nola a dix-huit ans et vient de perdre son père, Jacques. Sauvée de la solitude par un job d’été dans un bistrot où les hurluberlus imbibés se succèdent plus vite que les petits ballons de rouge, la jeune fille gère avec les moyens du bord le chagrin de Mira, sa mère, et sa propre colère. Contraintes d’emménager dans l’« immeuble-mutant », reflet architectural de leurs vies décrochées, les deux femmes espèrent se reconstruire. Mais, à peine un pied posé dans le nouvel appartement, Mira présente d’étranges symptômes. Le bruit du monde lui devient intolérable : un papier froissé sonne comme une explosion, un robinet qui goutte suffit à la faire disjoncter. Nola assiste, impuissante, à la lente descente aux enfers de sa mère,et s’interroge sur ce que tout cela signifie. L’hyperacousie est-elle le simple contrecoup de la mort de Jacques, ou la matérialisation de quelque chose d’autre ? Cet abominable immeuble serait-il une sorte de catalyseur ? Peut-être, mais de quoi ? Et surtout, comment soulager Mira de ce poids infini, qui semble se situer bien au-delà du deuil ? Commence alors pour la jeune Nola une (en)quête insolite au cœur de la mémoire familiale.



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