Où j'ai laissé mon âme de Jérôme Ferrari – Chronique n°1

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Où j’ai laissé mon âme de Jérôme Ferrari, aux éditions Actes Sud

Deux destinées tressées malgré les efforts désespérés de l’un ou de l’autre de ces soldats pour l’empêcher. Une histoire presque commune: la Résistance, l’Indochine puis l’Algérie, des meurtrissures zèbrent leur vie, la torture, l’emprisonnement, la perte de leurs camarades, les images se brouillent, se confondent, et quand vient le tour d’être soi-même un tortionnaire, le devoir, la morale et la conscience entrent en jeu, un jeu violent qui déchire même les frères, d’armes qui plus est…

Le capitaine André Degorce tombe dans un piège de la Gestapo, Buchenwald sera son sort. Sa survie le mène aussitôt après la guerre à l’armée, la Grande Muette qui déjà se dirige vers l’Indochine pour y subir une cuisante défaite. C’est l’occasion d’une rencontre avec le lieutenant Horace Andréani, ancien du maquis lui aussi. Les deux tombent entre les mains des communistes auprès desquels ils vivront l’enfer. Degorce inspire la force à Andréani de tenir, un respect mutuel, une véritable fraternité même, s’installe entre eux. Quand ils se retrouvent lors des « événements d’Algérie », ils deviennent cette fois-ci les bourreaux des « terroristes » de l’A. L. N. Les états d’âme de Degorce, profondément croyant, nuancés par son devoir de soldat s’affrontent violemment aux « ordres » et l’application d’Andréani à les exécuter, en particulier lors de l’arrestation de Tahar, chef d’un réseau de résistance algérien qui est détenu par les services des deux hommes. Degorce « a laissé son âme en chemin, quelque part derrière lui, et il ne sait pas où. […] En attendant il abrite un désert ». La seule oasis qu’il croise en la personne du christique Tahar va se révéler être un mirage, encore un, sur un chemin déjà tracé vers l’abîme…

Jérôme Ferrari met en scène ces frères de larmes en jouant avec la polyphonie, les voix du narrateur, des deux militaires se mêlent tout en montant en intensité au niveau du récit, le repos de l’âme des protagonistes paraît loin d’être gagné, l’auteur creusant au plus profond et mettant à nu de manière quasi clinique des souffrances infligées ou ressenties par les personnages, les amateurs d’histoire et de psychologie apprécieront à sa juste valeur ce roman tout simplement excellent, qui donne par ailleurs l’envie de découvrir les trois autres de Ferrari.

Chronique réalisée par Ged.

Présentation de l’éditeur

1957, Alger. Le capitaine André Degorce retrouve le lieutenant Horace Andreani avec lequel il a affronté l’horreur des combats puis de la détention en Indochine. Désormais, les prisonniers passent des mains de Degorce à celles d’Andreani, d’un tortionnaire à l’autre : les victimes sont devenues bourreaux. Autour de Tahar, figure étonnamment christique de la rébellion, les deux hommes devront trouver les armes pour affronter leurs trahisons intimes.

A travers trois personnages inoubliables, rassemblés dans la douleur par les injonctions de l’Histoire, Jérôme Ferrari, avec une magnifique intransigeance et dans une écriture somptueuse, invite le lecteur à affronter l’intimidante souveraineté de l’épreuve au prix de laquelle se conquiert toute liberté digne de ce nom.

Lisez la chronique n°2



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