Ouragan de Laurent Gaudé – chronique n°2

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Ouragan de Laurent Gaudé, aux éditions Actes Sud

Nous sommes à la Nouvelle-Orléans. Tous les habitants attendent Katrina la terrible tempête qui, nous le savons tous, va être dévastatrice mais ne sera jamais nommé ici.
Et ce n’est pas Joséphine Linc. Steelson qui dira le contraire.

« Moi, Josephine Linc. Steelson, négresse depuis presque cent ans, j’ai ouvert la fenêtre ce matin, à l’heure où les autres dorment encore, j’ai humé l’air et j’ai dit : « Ça sent la chienne. » Dieu sait que j’en ai vu des petites et des vicieuses, mais celle-là, j’ai dit, elle dépasse toutes les autres, c’est une sacrée garce qui vient et les bayous vont bientôt se mettre à clapoter comme des flaques d’eau à l’approche du train. »

Il y a donc Joséphine fidèle à son mari, mort par lynchage au début de leur mariage, qui continue de porter avec fierté le poids de sa race. Il y a Keanu Burns, qui a fuit les plates-formes pétrolifères et mortifères qui le rendaient fou pour mieux revenir vers une femme abandonnée. Il y a Rose, la délaissée et son petit garçon qui survivent dans un morne quotidien. Il y a une bande de prisonniers oubliés qui chercheront à sauver leur peau. Il y a un révérend, aveuglé par sa foi et prêt à la prouver par n’importe quel moyen.

Et puis, il y a Elle. La tempête. Les éléments qui se déchainent et brisent tout sur leur passage. L’eau qui envahit tout. Les crocodiles qui colonisent la ville. Les secours qui n’arrivent pas et la folie qui saisit les hommes.
Nous allons suivre ces différents personnages en alternance. Des narrateurs en puissance qui donnent à ce roman un ton choral et nous donne à voir de l’intérieur ce cataclysme. Des voix universelles qui nous plongeront dans leur intimité, leur passé, leur peur, et parfois même leur folie.
Tous ces Hommes vont voir leur destin bouleversé par le cyclone. Des narrations indépendantes qui, petit à petit, finiront par se croiser pour le meilleur et pour le pire…

Les personnages sont parfaitement travaillés avec chacun une personnalité et une langue différente.
Cherchant leur place dans un monde tourmenté, symbolisé par la tempête, ils vont devoir affronter la mort qui ne viendra pas forcément de là où l’on pense.
Vient aussi l’aspect plus réaliste de la tempête : l’absence de secours, le refus d’abandonner son logement, les noirs et les pauvres que l’on évacuent en dernier ou pas, …
Ouragan offre ainsi un constat très dur d’une société toujours inégalitaire.

On a peur pour eux, on tremble et on espère que le pire n’arrivera pas.
Ne cherchez pas de happy-end. Chacun rencontrera son destin mais pas forcément celui qu’il avait espéré.

Bref, un roman admirable comme ses oeuvres précédentes, que je vous conseille plus que fortement !

Bien évidemment, difficile de ne pas faire le lien avec le récent Zola Jackson de Gilles Leroy.
Pour ma part, je ne l’ai pas encore lu et donc pas de parasitage et de parallèle intempestifs.
Sachez que Gaudé nous assure, dans une interview, qu’il n’a pas lu ce roman-là.

Chronique réalisée par Choco.

Présentation de l’éditeur :

Au coeur de la tempête qui dévaste la Nouvelle-Orléans, dans un saisissant décor d’apocalypse, quelques personnages affrontent la fureur des éléments, mais aussi leur propre nuit intérieure. Un saisissant choral romanesque qui résonne comme le cri de la ville abandonnée à son sort, la plainte des sacrifiés, le chant des rescapés.

Retrouvez son entretien avec nous ici
Lisez la chronique n°1.



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