Peau de caniche de Dominique Zehrfuss

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Peau de caniche de Dominique Zehrfuss, aux éditions Mercure de France

Un titre accrocheur…. Voilà ce qui m’a attirée dans une des longues listes proposées par Ulike cet été. Une rapide lecture de la 4ème de couv’ confirme mon choix. Quelques jours plus tard, ce livre atterrit dans ma boîte aux lettres.

Les premières pages m’inquiètent un peu. De toutes parts surgissent des personnages que je ne situe plus. Puis la plupart d’entre eux disparaissent et laissent place au vif du sujet : une femme se souvient avec amertume de son enfance. Ses parents sont des espèces de bobos, capricieux, manquant cruellement de maturité et de fibre parentale. L’enfant de 3 ans accompagnent ces parents aussi bien dans les restaurants gastronomiques, que dans leurs voyages incessants ou dans le bureau du président Tunisien de l’époque. Le sourire figé des uns, l’argent qui coule à flot et la mise en scène permanente laissent à penser que la fillette vit dans le meilleurs des mondes. Hélas, ses parents la délaissent complètement, la confie à des nurses successives et l’exhibent comme un caniche qui doit être docile, souriant, bien dressé. Bref, l’image d’Epinal.

Je ne m’attendais pas du tout à ce type de récit. Avec un tel titre, je pensais lire un roman très caustique, drôle , cynique et sarcastique. C’est en fait l’autobiographie tragique d’une enfant mal traitée. Pas comme les médias ou autres livres l’entendent. Ici, le petite fille vit dans l’opulence, n’est pas battue et mange à sa faim. Mais elle manque cruellement d’affection de la part de ses parents et est souvent considérée comme une adulte. Les cicatrices d’un tel traitement seront aussi très douloureuses. Le cynisme est là mais ne fait pas rire. Le portrait que l’auteur brosse de ses parents est sans complaisance et ahurissant. Comment des parents peuvent ils être aussi peu… parents. Cela fait froid dans le dos.

Les mots sont justes, le style parfait et nous ne sommes pas noyées dans des détails inutiles. Certaines phrases vous atteignent comme des flèches et pénètrent votre chair. Et pourtant, l’auteur ne multiplie pas les formules percutantes toutes faites, mais des mots qui lui viennent du coeur et du fin fond de la mémoire, celle qui est toujours là pourvu qu’on sache l’entendre : l’enfance.

Comme quoi, une lecture peut être très plaisante, touchante et marquante même lorsqu’on se « trompe de bouquin ». Parfaite illustration de la magie des livres…. surprise et séduction, pourvu que le lecteur soit prêt à recevoir ce qu’un auteur a à lui dire, à découvrir…

Quelques phrases :

Celle-ci démontre bien la criante non éducation sexuelle des jeunes femmes à une certaine époque…

… mariée, ma mère a « 20 ans. Elle est malheureuse, et s’étonne de ne pas avoir d’enfant. Elle va voir un médecin qui lui apprend qu’elle est vierge ».

« Quant à ma mère, je suppose qu’elle ne me pardonne pas d’être dans le camp ennemi. Aveuglée par la rage, elle me déclare un jour : « Je te souhaite d’être aussi malheureuse que moi ». »

« A ma mère, le rôle de divinité. Mon père et moi sommes ses adorateurs. Elle n’a d’autres tâches dans la vie que de se faire vénérer. »

Chronique réalisée par Géraldine.

Présentation de l’éditeur

On m’a attribué un rôle que je prends très au sérieux, n’en connaissant pas d’autre… Chien savant… Je dirais même caniche savant… Les rares fois où je suis en compagnie de mes parents, ce n’est jamais dans une situation d’enfant, mais toujours entourée d’adultes, et jouant moi-même le rôle d’une adulte miniature. C’est là que je désapprends à être ce que je suis : une enfant. J’apprends à dissimuler ce que je pense et à endosser mon costume de caniche : souriante, aux aguets, silencieuse, mais prête à répondre à toutes les questions que l’on me pose… Sachant aussi simuler une attention aiguë, pour faire oublier que ma place n’est pas là où je me trouve.



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