Plage de Marie Sizun – Chronique n°1

plage

Plage de Marie Sizun, aux éditions Arléa

Une femme seule au sein d’une petite ville bretonne de bord de mer. Un homme qui doit la rejoindre à la fin de la semaine. Et l’attente. L’attente qui s’installe bien trop lourdement dans le coeur de notre héroine.
Anne attend l’homme qu’elle aime, un homme marié peu disponible qui la retrouvera enfin pour quelques jours de liberté, loin des contraintes, loin de sa famille dont elle ne veut rien savoir.
Son impatience est manifeste et elle ne quitte pas son téléphone portable, attendant fébrilement les appels de l’amant.

« (…) ici, toute seule, je suis libre, follement libre… Libre de faire ce que je veux, de regarder et d’écouter ce que je veux, de lire quand je veux, autabnt que je veux – j’ai apporté une provision de romans – et de penser à toi, mon amour, de penser à toi : chaque instant est peuplé de toi – même quand je lis -, du désir que j’ai de toi, de nos souvenirs, de nos projets.
Je suis heureuse, tu le sens bien ? Heureuse de t’aimer, de t’attendre. On ne s’ennuie pas quand on est heureux. »

Devant elle, 6 jours à attendre, à tromper son ennui et sa solitude.
Alors Anne va sur la plage, elle observe ses voisins, écoute leur conversation.

« Ces hommes et ces femmes, ces enfants, j’adore les regarder, les écouter, deviner leur histoire. Tu sais combien je suis curieuse (…). Je n’y peux rien : c’est précisément la solitude qui m’a rendue comme telle, qui m’a donné ce besoin de la vie des autres. C’est aussi pour ça que j’aime tant les romans. »

Elle regarde la vie qui se déroule en dehors d’elle et chaque rencontre est prétexte à l’évocation d’un souvenir. Peu à peu, son passé nous est dévoilé : son père aimant mais infidèle, sa mère haïe, son travail à la bibliothèque, sa rencontre avec François, les instants volés avec son amant et la sensation d’exister quand elle est avec lui.
Un portrait mélancolique se dresse et s’égrène au fil des pages.
Les jours se suivent, les nouvelles de l’amant se font rares. Une amitié naissante avec une jeune divorcée permet d’oublier la solitude, trop pesante.
Que l’homme tant attendu vienne ou pas, Anne ne sera plus la même à l’issue de son séjour. Libérée, elle se sentira plus forte et plus réelle que jamais.

Marie Sizun nous offre ici un très beau portrait de femme : simple et sensible, vous pourriez la rencontrer au détour d’une rue. Une femme amoureuse dont le seul signe distinctif est sa solitude qu’elle essaie de ne pas trop afficher.

C’est elle qui nous raconte cette semaine d’attente, confiant à son amant lointain et inaccessible ses pensées, ses souvenirs, sa tristesse tel un journal où les chapitres scandent les différentes journées. Une semaine qui lui permettra de faire le point, le bilan de sa vie et d’avancer peut-être. Ses émotions sont confiées avec pudeur et on ne peut que s’attacher à cette femme si touchante.

Plage est le roman de la solitude et de l’attente. Triste et lumineux à la fois, il s’en dégage une ambiance mélancolique qui n’est pas sans me rappeler celle des Déferlantes de Marie Gallay.
Premier roman que je lis de cet auteur, je suis extrêmement charmée par son écriture toute en finesse et en simplicité.

Un auteur à découvrir, sans aucun doute !

Mon seul bémol sera pour la photo choisie pour la jaquette qui ne retranscrit pas vraiment l’univers du roman. Cette jeune femme souriante au téléphone me parait bien trop terre à terre pour un roman si poétique.

Chronique réalisée par Choco.

Présentation de l’éditeur

Que fait cette femme seule sur la plage d’une petite station balnéaire de Bretagne ? Elle est si discrète qu’elle se fond dans le paysage. Elle observe les gens autour d’elle, semble attendre, mais quoi ?

C’est un homme qu’elle attend. Il doit venir la rejoindre ; il le lui a promis. À la fin de la semaine, il sera là. Il est son amant. Il est marié. Elle veut voir dans sa prochaine venue un choix qu’il assume.

Alors elle l’attend et trompe son ennui en jouant à la femme en vacances. Mais les jours se succèdent, les nouvelles se font plus rares, plus embrouillées.

Passant tour à tour de l’inquiétude au désespoir, puis de l’abattement à la colère, elle sortira à jamais changée de cette semaine décisive.

Avec un art qui lui est propre, Marie Sizun dresse le portrait tout en nuances d’une femme d’aujourd’hui. Avec finesse, elle explore l’intimité des êtres dans leurs moments de doutes et de passion.

Lisez la chronique n°2.



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