Plan Social de François Marchand

plan socialPlan Social de François Marchand aux éditions du Cherche Midi

L’humain, le capital le plus précieux…

Il arrive qu’une entreprise se trouve dans l’obligation de se séparer d’une partie de son personnel. Problème : quand on est déjà un peu serré, un plan social peut s’avérer ruineux. Alors, pourquoi ne pas recourir à des méthodes plus, disons, euh, expéditives ? Telle est l’idée qui vient à Emile Delcourt, patron d’une entreprise familiale dont il est l’héritier. Et tel est le propos de « Plan social », deuxième roman de François Marchand, publié au Cherche-Midi.

Tout les éloigne, tout les rapproche pourtant…

Le lecteur est d’emblée saisi par un climat d’humour noir qui décape tout ce qui se présente, sans ménagement. Les consultants externes sont les premières cibles de ce roman – ces gens que l’auteur présente comme des êtres fades, vaguement méprisants, qui coûtent un saladier et se gargarisent de termes abscons comme teambuilding outdoor, management par projets, etc. L’auteur crée ici une petite musique, chant du consultant que le chef de l’entreprise apprend à imiter pour mieux le mener en bateau.

N’allons pas croire, cependant, que le consultant externe du roman, affublé du nom de Walfard (anglais ? français ?), est l’allié d’Emile Delcourt. L’auteur oppose ici le Parisien aux idées sophistiquées et le chef d’entreprise familiale provinciale (nous sommes dans une fabrique d’ancres de marine du département du Nord), présenté comme gardant les pieds à peu près sur Terre. A ses côtés, un autre personnage garde lui aussi les pieds sur Terre : le leader syndical de l’entreprise, Burnier.

L’actualité en embuscade

Paradoxalement, le syndicaliste Burnier et le patron Delcourt se retrouvent alliés d’un dégraissage des plus musclés. L’auteur met ici en évidence, avec beaucoup d’habileté, ce qui rapproche ces deux personnages que tout éloigne dans la vraie vie. Au fond, ce sont tous deux des conservateurs pur jus, tenants d’une approche à l’ancienne de leurs rôles respectifs. Et, pour ne pas verser dans un manichéisme convenu, tous deux sont pourris, le lecteur le découvre assez vite – je le laisse découvrir pour quoi roule le syndicaliste. Deux âmes grises ? Oui, mais gris foncé. Capables de tirer leur épingle d’un jeu délirant qui va loin. Et délicieusement odieuses, ce que le lecteur appréciera à sa juste valeur.

Avec un thème comme celui du « plan social » nouvelle mouture, l’auteur ne saurait faire abstraction de l’actualité, ni de quelques grands thèmes de l’économie. La concurrence chinoise est évoquée, de même que certaine crise dont on ne finit pas de sortir. Dans un registre tragique revu sur un ton ironique, l’entreprise restructurée connaîtra « sa » tentative de suicide. Comme à France Télécom.

Il y a dans ce roman de cent vingt pages un côté « il n’y a personne pour racheter l’autre » savoureux et jouissif qui n’est pas sans rappeler d’excellentes pages de Tom Sharpe. En outre, il rapproche ce qui, en principe, se repousse, parce qu’on est tous égaux dès qu’on met les doigts dans la crasse. Acérée, précise, la plume de l’auteur égratigne tout ce qu’elle touche, et fait mouche à tout coup, ne reculant ni devant l’outrance, ni devant le burlesque. Un roman un poil court ? Tant mieux : François Marchand sait aussi partir avant de lasser… et réussit ainsi sa sortie.

Chronique réalisée par Daniel Fattore

Quatrième de couverture :

Émile Delcourt, patron d’une usine de fabrication d’ancres de marine située à Valenciennes, est aux abois : les affaires sont si mauvaises qu’il n’a même pas les moyens de mettre en place, à l’instar des grandes entreprises du CAC 40, un « plan social ». Pourtant, il suffirait que le quart de ses salariés quitte l’entreprise pour que celle-ci survive. Comment se débarrasser du personnel superflu ? Poser la question, c’est y répondre : voici Delcourt embarqué, sous l’empire d’une inspiration subite venue d’une conversation avec un voisin spécialisé dans la climatisation, dans un dégraissage d’une brutalité encore inconnue. Le patron de choc très droitier Delcourt ne pourra parvenir à ses fins qu’avec l’aide du délégué syndical CGT Burnier, communiste de choc. D’abord condamnés par les événements à s’entendre, ils finiront par nouer une forme de complicité, fruit de leur attachement à certaines valeurs en voie de disparition. Ils cherchent à retarder le plus possible la victoire de la bêtise contente d’elle-même, figurée notamment par un certain Walfard, consultant parisien imposé par les actionnaires. Au-delà de l’ironie et de l’humour noir qui parsèment le livre, c’est la disparition de la réalité, ensevelie sous les discours creux de l’idéologie désincarnée aujourd’hui au pouvoir, qui est décrite dans ce roman.

Retrouvez son interview ici



une petite faim de culture ? inscrivez vous à la newsletter
Share This
WordPress Video Lightbox Plugin