Quand j’étais normal de Marc Weitzmann

Quand j'étais normalQuand j’étais normal de Marc Weitzmann aux éditions Grasset

Ceux qui ont eu des parents militants liront ce roman avec beaucoup d’affection et se rappelleront d’un temps où les idéaux servaient de moteur à l’action quotidienne et où le bien commun primait sur l’individualisme.

Dans ce roman, Marc Weitzmann nous fait revivre le quotidien des années 60-70, au travers de deux adolescents que tout oppose et qui vont se retrouver à l’âge adulte à des années lumières des idéologies d’alors.

Il y a Gilbert Bratsky, le narrateur, fils unique, choyé par des parents aux idées altruistes, qui est devenu journaliste financier.
Il y a Didier Leroux, enfant maltraité par un père autoritaire, qui commettra un meurtre avant de devenir artiste engagé.

Car, derrière ces adolescents, il y a deux France. Le père de Didier incarne l’autoritarisme paternel et les valeurs mercantiles tant décriées pendant les années 70. Le trait en est d’ailleurs noirci, puisque Didier va jusqu’à être battu par son père et devenir violent à son tour.
Les parents de Gilbert, animateurs à la Maison de la Culture, sont au contraire ouverts aux idées, tolérants et engagés dans l’action quotidienne. Le père ira jusqu’à perdre son emploi au nom de ses idéaux. Gilbert va grandir dans ce foyer harmonieux où chacun est le bienvenu et peut exprimer ses opinions.

L’action du roman se situe en 2003, après le record de Jean-Marie Le Pen aux présidentielles, l’intervention américaine en Irak et les fluctuations boursières qui agitent le monde.

Gilbert mène alors une existence solitaire, en retrait, désenchantée. Il rappelle les personnages de Michel Houellebecq ou de Jean-Paul Dubois. Soudain réapparait Didier.

Didier s’est moulé peu à peu dans la place laissée par Gilbert auprès de ses parents. Il devient ainsi l’enfant militant que Gilbert s’est refusé d’être.

Gilbert, s’inquiète de plus en plus de la situation, d’autant que Didier va aider ses parents à reprendre le chemin du militantisme. A plus de soixante-dix ans, le père de Gilbert retourne dans les banlieues déshéritées de la Seine Saint-Denis, pour y monter une troupe de théâtre, afin que chacun puisse retrouver la parole, redonner du sens et de la valeur à sa vie. Et cela fonctionne.

L’inquiétude de Gilbert tourne au délire paranoïaque, aidée en cela par des emails anonymes et l’oncle Julius, persuadé d’un complot anti-juif.

L’affrontement entre les deux anciens amis est inévitable, mais se cantonne à des mots, car Gilbert reste l’enfant de l’altruisme militant.

Ce roman a pour principal mérite de nous faire vivre l’idéologie des années 60 en plein XXIème siècle. On ne peut s’empêcher de comparer les valeurs d’alors et celles d’aujourd’hui. Il est porté par une écriture rapide, mais un peu trop travaillée dans les premiers chapitres.

Et même s’il n’a pas la force du témoignage de Virginie Lienhart dans « le jour où mon père s’est tu », il nous replonge agréablement dans une époque où l’avenir restait à inventer. Et de se demander, si somme toute, il ne nous faudrait pas revenir à un peu plus d’idéal.

Chronique rédigée par Isabelle Galy

Quatrième de couverture :

C’est le printemps 2003 : le monde bascule. Un an plus tôt, Jean-Marie Le Pen a pulvérisé ses records aux présidentielles. La guerre explose en Irak, dans les rues de la capitale, dans les cercles médiatiques, manifestants pacifistes et soutiens à Bush s’affrontent brutalement.

Comédiens à la retraite, mais leurs idéaux gauchistes intacts, les parents du narrateur Gilbert Bratsky ont repris le chemin du militantisme. A plus de soixante-dix ans, convaincus de l’urgence de leur mission, ils sillonnent les banlieues déshéritées de la Seine Saint-Denis, à la grande inquiétude du narrateur, pour y monter une troupe de théâtre militant contre la guerre. Gilbert, quant à lui, mène une existence solitaire, en retrait de l’agitation générale, jusqu’au jour où ses parents retrouvent par hasard l’un de ses proches amis d’adolescence, Didier Leroux. Ancien enfant martyr, ancien délinquant, Didier, à quarante ans, sort de prison pour meurtre. Qui est vraiment Didi, « aux yeux d’adulte mal grandi », que veut-il, lui qui s’installe en fils prodigue chez les parents de Gilbert ?

Tout d’abord agacé, puis inquiet, Gilbert commence à recevoir d’étranges e-mails anonymes, antisémites, menaçants, délirants. Sous l’influence de son oncle, Julius, qui tient des discours alarmistes et voit partout des complots antijuifs, Gilbert se persuade que son ancien camarade en est l’auteur. La canicule échauffe les esprits, la tension monte. Tandis que la fille de Julius, Carine, est victime d’une agression dans l’hôpital psychiatrique où elle travaille, Gilbert part en banlieue, à la recherche de son ancien camarade et de l’idéal perdu de ses parents…

Marc Weitzmann, écrivain et journaliste, est l’auteur de plusieurs essais et romans, parmi lesquels Chaos (Grasset, 1997), Mariage Mixte (Stock, 2000), Une place dans le monde (Stock, 2004), Fraternité (Denoël, 2006).



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