Six mois, six jours de Karine Tuil

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Six mois, six jours de Karine Tuil, chez Grasset

Le roman commence avec cette citation de Norman Mailer :

« Le sexe n’est pas seulement une chose divine et splendide ; c’est une activité meurtrière. Au lit, les gens se massacrent. »

La famille Kant, une riche famille allemande, et un homme qui était à leur service pendant des années à étouffer les moindres scandales, à corriger chaque problème et le voilà aujourd’hui à soixante dix huit ans à vouloir raconter dans un livre ce que fut sa vie, ou plutôt celle des Kant. Ce nom fait vendre.

Il est le narrateur d’une vie, celle de Juliana Kant mariée à un ingénieur et dont la liaison extraconjugale bouleversera complètement son existence. Une existence construite sur l’oubli de ses désirs et sur la parfaite maitrise de soi, mais sa rencontre avec Herb Braun, photographe de guerre, va faire voler en éclats sa si paisible vie.

Juliana fut prise d’un vertige à l’idée qu’un journaliste les photographiât ; bien que sa famille fût d’une discrétion obsessionnelle, elle savait que leurs moindres faits et gestes étaient épiés, analysés, jusque dans les pages des magazines. Les Allemands auraient aimé la voir en couverture du Spiegel en combinaison de cuir noir à bord d’une K&S. Ou piéger son frère Axel au bras d’une princesse cocaïnomane, dans la voiture d’un travesti luxembourgeois, à la sortie d’un hôpital psychiatrique…

Il l’a séduite dès le premier regard, elle a relâché sa garde et s’est dévoilée. Malgré la menace de divorce de son mari, elle ne peut s’empêcher de le voir c’est comme une drogue et les rendez-vous se succèdent. Tout était quasiment parfait sauf qu’un jour il lui révéla qu’il allait mourir, oh non pas mourir d’une grave maladie mais plutôt de quelque chose de plus subtil… Une rançon … On n’en saura pas plus.

Alors on chavire vers un côté sombre de l’Histoire, la famille Kant mêlée au parti nazi. Le narrateur raconte l’évolution de cette famille depuis les années 20 jusqu’à nos jours, les travers d’un homme ne vivant que pour l’argent et d’une femme dévorée par l’ambition.

Puis nous revoilà auprès de Juliana et un colis, celui de Braun et voilà que le début de ce qui aurait pu être une histoire d’amour se transforme en cauchemar, lorsque l’on est la fille d’un riche homme d’affaire allemand, avec de surcroit un passé sulfureux, rien n’est jamais du au hasard.

Avec un humour sarcastique l’auteure nous raconte, par l’intermédiaire de ce narrateur assez particulier, la descente aux enfers d’une pauvre petite fille riche de quarante cinq ans, qui pensait simplement vivre normalement dans les bras d’un homme ordinaire.

Oubliant un passé tortueux fait d’amour et de haine, de paix et de guerre ; refaire sa vie et oublier d’être une parfaite Kant n’est pas évident. Comment se construire lorsque toute sa vie est basée sur un passé douloureux ?

Un beau roman et un auteur qu’il faut découvrir pour son style de narration particulier.

Chronique réalisée par Stemilou.

Présentation de l’éditeur

En Allemagne de nos jours. Juliana Kant, première fortune allemande, femme froide, retenue, secrète, mariée, a une aventure amoureuse avec un homme qui a tout du prédateur sexuel, Herb Braun. Au bout de quelques mois, d’un hôtel l’autre, d’un rendez-vous clandestin l’autre, l’homme menace de révéler à la presse leur liaison : tous leurs ébats ont été filmés. La milliardaire dénonce le gigolo. On l’emprisonne, la morale est presque sauve, l’argent bien gardé. Une affaire de mœurs ? Une coucherie prosaïque qui tourne au chantage sordide ? Karine Tuil, dans son roman le plus puissant, le mieux construit, dévoile l’arrière-monde de cette liaison à risques : qui est à l’origine d’une telle fortune allemande ? Pourquoi le grand-père de Juliana, premier mari de Magda Goebbels et nazi notoire, n’a t-il pas été arrêté à la Libération ? Sait-on que le père d’adoption de Magda était un juif qu’elle a renié puis effacé de sa mémoire ? Pourquoi les Kant n’ont-ils jamais autorisé une enquête sur leurs activités industrielles sous le Reich ? Le père de Braun est-il vraiment un ancien déporté du camp de Stöcken, ou est-ce un leurre ? Son fils l’a-t-il vengé en humiliant sexuellement la jolie bête blonde ? Qui est vraiment Herb Braun ? Que veut-il ? Les fils sont-ils responsables des fautes des pères ?



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