Un Mage en été d'Olivier Cadiot

Un_mage_en_eteUn Mage en été d’Olivier Cadiot aux Editions P.O.L.

Qu’il est complexe de critiquer ce livre ! Déjà considéré par certains médias comme l’un des trente livres importants de la rentrée (pourquoi trente et pas dix ou cinquante, mystère), il bénéficie d’une couverture double de faire partie à la fois de l’actualité littéraire et théâtrale française. Pour ceux à qui cela aurait échappé, son auteur, le dramaturge Olivier Cadiot, était l’un des deux artistes associés au festival d’Avignon 2010 et ce Mage en été, fut interprété par le souvent prodigieux Laurent Poitrenaud en un long monologue, interrompu par des images et bruits épars nourrissant le texte. Alors qu’écrire ? Les épigones et fans de Cadiot se seront déjà précipités sur l’ouvrage et les autres seront peut-être écœurés par une omniprésence médiatique à laquelle participe cet article.

Clarifions en conséquence et annonçons tout de go que je n’ai pas vu la mise en scène de Ludovic Lagarde et que je ne suis pas un spécialiste cadiotophile ou –phobe. Je reconnais néanmoins un léger agacement face à l’appareil critique nécessaire à la compréhension de l’œuvre.

Un mage en été prend sa source dans une photographie, absente du livre pourtant illustré, et cette photographie ouvrira une « bibliothèque de souvenirs » dans lequel le narrateur piochera. La photographie serait Sharon in the River, de Nan Golding, et le narrateur, le mage, Robinson, héros récurrent de Cadiot depuis ses premiers écrits. Je le sais non que l’œuvre me l’indique mais parce que l’éditeur me l’annonce sur son site, que j’ai eu la curiosité de visiter. Ces renseignements étaient-ils indispensables ? Sans doute pas ! Mais suffisamment importants pour qu’on les retrouve partout, ce qui fait naître quelques interrogations sur la complétion de l’œuvre.

Celle-ci se présente sous l’ombre tutélaire de Proust et Breton, on saute de digressions en réminiscences, chacune n’étant attachée à la précédente que par l’imagination fertile et la fantaisie érudite de l’auteur. Le monologue est attrayant sans être renversant. Syncopé, discontinu, il offre une musique plus qu’un sens qui charmera les amateurs de lecture … orale. Là est le destin de ce texte, dans l’interprétation par un comédien talentueux qui fera ressortir le rythme du ressac de la mémoire et la véritable intelligence de ces souvenirs et ces recherches de filiation, le besoin d’un corps, celui de Sharon in the River peut-être, celui de Laurent Poitrenaud certainement.

Chronique réalisée par David Vauclair

Quatrième de couverture :

Cela commence par une célèbre et très belle photo de Nan Goldin, Sharon in the river, une photo qu’on ne voit pas mais que décrit le narrateur, ce « mage » qui donne son titre au livre et, de fil en aiguille, cela va très loin dans l’espace et dans le temps pour périodiquement revenir à cette photo, centre énigmatique du livre, irradiant de sensualité, avant de repartir encore pour de nouvelles aventures. Un mage ? ou un artiste, et pourquoi pas un écrivain ? Un écrivain, un artiste, un médium, doué d’une perception ultra-pénétrante tout autant des choses matérielles que mentales, imaginaires, mémorielles, présentes et passées. C’est un monologue d’une inventivité inouïe, d’une drôlerie vertigineuse, qui va de l’infiniment petit à l’infiniment grand, du plus intime et du plus autobiographique à l’évocation historique à grand spectacle. C’est une réflexion en mots et en images sur l’art, la représentation, le deuil, la souffrance et l’amour. Abondamment illustré d’images qui viennent baliser ce parcours narratif débridé, cela crépite de toutes parts pour, suprême élégance, masquer le cœur souffrant du livre. Ce texte a fait l’objet d’une adaptation théâtrale qui sera jouée, cet été, au festival d’Avignon par Laurent Poitrenaud (acteur fétiche de Cadiot, il joue dans toutes ses pièces et il a été l’inoubliable Colonel des Zouaves). L’adaptation qui a été faite d’Un nid pourquoi faire y sera jouée aussi, dans une mise en scène de Ludovic Lagarde (actuel directeur de la Comédie de Reims) et sera repris au Théâtre de la Ville à Paris fin septembre.



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