Vivement l’avenir de Marie-Sabine Roger

vivement l'avenirVivement l’avenir de Marie-Sabine Roger aux éditions Le Rouergue

« Si un jour je trouve ma voie, ce sera sûrement une impasse. »

Il y a peu à espérer dans ce coin de France où Alex, la trentaine, a déposé ses valises pour un moment, le temps d’un CDD.
Entre l’usine de volailles où elle travaille, les humeurs de la propriétaire chez qui elle loge provisoirement, et cette certitude qui entoure tout que rien jamais ne viendra éclaircir un horizon bouché pour toujours, difficile de discerner un filet d’espoir. Et pourtant, à force de s’occuper du frère handicapé de ses hôtes, qu’elle surnomme gentiment Roswell, à force de tenter d’ouvrir des portes de compréhension et d’humanité nouvelles pour lui, Alex sent que la carapace qu’elle s’est forgée physiquement et mentalement se fendille. L’affection est là, la tendresse et l’envie de protéger surgissent. Il ne suffit plus qu’un caddie rafistolé pour que vienne l’idée d’explorer le monde… ou simplement déjà les bords du canal proche de la maison.
La rencontre avec deux désespérés du bonheur – Cédric et Olivier, dit le Mérou – qui eux aussi s’évertuent en silence à s’oublier en lançant des canettes dans l’eau, sera le déclencheur d’une épopée qui augurera enfin des jours meilleurs pour cet avenir qui joue depuis bien trop longtemps à leur glisser entre les doigts.

Marie-Sabine Roger signe ici un roman à la gouaille sympathique et au parler franc qui n’édulcore pas la misère et la précarité du quotidien. Là est la force de l’auteure, son talent, cette manière de conclure ses chapitres avec une formule vraiment pas « toute faite ». Beaucoup de phrases sont à noter avec plaisir et à retenir. On y retrouve l’univers de ses nouvelles, Les Encombrants(2007), Il ne fait jamais noir en ville (2010). Nous sommes donc d’emblée en terrain conquis, près de ces gens de peu que l’écrivain affectionne.

Cependant, et pour mon goût personnel, cette histoire qui commence en raclant la vie dans le sens du découragement, se termine un peu trop dans un feu d’artifice de bons sentiments, à la manière de Tous ensemble, le roman d’Anna Gavalda, auquel j’ai beaucoup pensé au cours de ma lecture. En effet, le quatuor qui se forme en fin d’ouvrage finit par vivre un conte de fées équivalent, chaque personnage s’insère miraculeusement dans une case peu réaliste, mais réconfortante pour le lecteur, qui respire d’aise oui c’est vrai. La vie offre-t-elle donc parfois de tels cadeaux du destin ? J’ai un peu le sentiment d’en douter.

Toutefois, voici une belle lecture de rentrée, à prendre donc comme une fable. J’en ai aimé l’écriture et l’énergie. Il rencontrera certainement beaucoup de succès, à l’instar de La tête en friche, que je n’ai pas encore lu, édité au Rouergue en 2008 et qui, outre d’avoir été beaucoup lu a été adapté dernièrement au cinéma.*

Chronique rédigée par Antigone

Quatrième de couverture :

« Dans les maternités, d’après moi, il n’y a que des princesses et des princes charmants, dans les petits berceaux en plastique. Pas un seul nouveau-né qui soit découragé, déçu, triste ou blasé. Pas un seul qui arrive en se disant : Plus tard, je bosserai en usine pour un salaire de misère. J’aurai une vie de chiotte et ce sera super. Tra-la-lère. »



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