Interview de Virginia Bart pour L’Homme qui m’a donné la vie

virginia bartInterview de Virginia Bart pour L’Homme qui m’a donné la vie chez Buchet Chastel

Un premier roman est ce toujours une part de soi que l’on extirpe avant de devenir un écrivain serein ?

Si on n’est pas un minimum en paix avec soi même on ne peut pas écrire, il me semble. Ou alors on écrit des choses souvent empreintes de pathos, manquant de hauteur. Et un premier roman n’échappe pas à la règle. Un roman, qu’il soit le premier ou le quinzième, ne doit pas être une thérapie, ni une mise à distance de soi même. Il existe des professionnels du divan pour cela. Par contre, à côté de cet aspect psychologique, il reste toujours l’angoisse ou l’agitation intérieure de savoir si on va réussir à exprimer une certaine vision du réel avec des mots…Et cette angoisse là, je pense, ne disparaît jamais…Ecrire n’est pas un processus joyeux….

Le récit de soi n’est il pas toujours fictionnalisé par la mémoire ? Comment démêler fiction et réalité ?

La mémoire transforme évidemment le réel. Mais l’acte d’écrire encore plus, même quand on choisit de faire de l’autobiographie. La littérature, c’est du fantasme, de la vie en plus spectaculaire. Enfin et surtout, le « récit de soi » en tant que tel est souvent assez terne d’ou cette « fictionnalisation » qui se fait de manière assez naturelle afin de donner de l’épaisseur à un récit mais également pour créer des points de rupture.

Comment habiter l’héritage d’un inconnu qui ne l’est pas vraiment puisque simplement absent ?

Mais un absent est bien souvent inconnu surtout quand son existence même est un tabou comme c’est le cas du personnage du père dans mon roman. Personnage qui est réduit à l’état de fantôme honteux -puisque marginal- par la famille mais aussi par la société. Donc pour qu’une transmission et un héritage soient possibles, il faut qu’il y ait rencontre entre l’absent et celle pou qui il a été absent et inconnu, à savoir sa fille.

Est-ce que l’on habite un nom comme l’on habite un corps ? Y a-t-il une relation entre les deux ?

Oui. Le nom est la première singularisation. C’est aussi quelque chose qui est transmis par le père comme une partie du patrimoine génétique et des caractéristiques physiques qui sont propres à chacun. Dans mon roman, le personnage féminin est la fille d’un « corps étranger » qui lui a donné un nom qui lui est tout aussi étranger puisqu’elle est ensuite la seule à le porter dans sa famille.

Le corps du père dans votre roman crée une tension libidinale oedipienne. Etait il nécessaire pour l’auteur et pour la fille de passer par ce stade ?

Vous voulez dire pour la narratrice ? En tous les cas cela m’a semblé intéressant d’analyser ce stade, qui se joue normalement dans l’enfance, à l’âge adulte. Et poser cette question : « comment aime t-on un père que l’on a pas connu ? ». Car finalement, le père que Valérie Laurent rencontre à l’âge adulte est d’abord un homme. Un homme au corps fascinant et désirable.

Etre né quelque part n’est apparemment pas suffisant pour créer une identité. Il faudrait donc être né de quelqu’un de connu de soi et d’un temps que l’on comprend ?

Oui cela y participe en effet. Connaître ses parents et leur histoire aide évidemment chaque individu à se construire et à trouver sa propre place dans l’histoire familiale.

Le mouvement hippie, cette profession de foi d’amour universellement répandu, ne serait donc qu’un renoncement à une réalité plus banalement responsable mais plus constructive d’après vous ?

Non. Pas forcément. Ce que vous décrivez, c’est la manière dont Daniel Laurent ressent son engagement ou plutôt sa fuite dans le mouvement hippie. Pour lui la réalité est banale, terriblement morose et la vie sociale ordinaire ressemble à un mécanisme dont il est impossible de sortir. Il se trouve qu’en devenant un hippie, il abandonne ses enfants. C’est triste pour ses enfants mais il ne faudrait pas en déduire que pour autant la narratrice juge le quotidien extrêmement constructif…D’une manière ou d’une autre, beaucoup de gens cherchent à fuir la réalité même si ce n’est pas d’une façon aussi extrême…

Vous avez des enfants ? Alors plutôt Ibiza ou Sète pour les vacances avec eux ?

J’aime en effet beaucoup retourner à Sète où j’ai un pied à terre au bord de l’étang de Thau. Pour ce qui est enfants, auriez vous posé cette question si j’avais été un homme ?

Retrouvez la chronique de son roman ici

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