L’amour est une île de Claudie Gallay

l'amour est une ileL’amour est une île de Claudie Gallay aux éditions Actes Sud

L’amour est une île de Claudie Gallay aux éditions Actes Sud
Ouvrir un livre de Gallay et se laisser bercer par le clapotis du fleuve.

Exit la mer de la Manche et ses déferlantes, place au fougueux Rhône !

Le ciel n’est pas celui de la Normandie, il n’est pas couvert d’épais nuages annonciateurs de pluie, et pourtant on se sent d’emblée cerné. Par les remparts d’Avignon et la moiteur de l’été.
Le Rhône aux eaux brunes sert d’apéritif. Dessus, une péniche qui abrite Odon, un metteur en scène.
Trop libre pour habiter entre les remparts de la cité des papes. C’est un homme hanté par Mathilde, devenue depuis une comédienne reconnue.
La Jogar.
Mathilde a revêtu un costume de scène voici quelques années et elle joue le plus grand rôle de sa vie : la Jogar était née.

Odon vient d’apprendre qu’elle est revenue pour le festival. Elle joue Francesca, l’épouse éplorée de la « Route de Madison ».
Comment ne pas la croiser ? Comment ne pas de nouveau se consumer d’amour pour elle ? Ira-t-il la voir jouer ? Le pourra-t-il seulement ?

Cette année, le festival est marqué par une grève qui semble interminable. Le « In » est menacé. Le théâtre d’Odon sera-t-il lui aussi touché ?
Et qui est cette jeune femme aux multiples piercings ? Pourquoi rôde-t-elle autour du théâtre d’Odon ? Que veut-elle ?

Un festival compromis, des personnages hantés par leur passé, une chaleur étouffante. Ce roman de Gallay pourrait être un huis-clos. Seule la péniche, à l’extérieur de la ville, semble ne pas être touchée par cet enfermement, bien qu’elle soit elle aussi immobile dans les eaux brunes du Rhône. Alors, va-t-on assister à une tragédie en 5 actes ?

De sa plume acérée et tranchante, Gallay impose sa griffe et signe encore une fois un roman où les personnages sont englués dans un certain marasme. Les phrases entrecoupées scandent ce manque de souffle, cette asphyxie qui touche les personnages. L’œil du lecteur, quant à lui, tressaute à chaque retour à la ligne.
Ce sont des personnages hantés par le passé dont la cicatrisation est sans cesse retardée. Des hommes et femmes marqués par la solitude malgré la foule présente au festival.

La plupart des personnages ont choisi le théâtre pour se cacher. Il est facile au théâtre de se dissimuler derrière un rôle, un masque. L’illusion est parfaite.
Mais derrière les paillettes règne un grand désarroi.
Au milieu de ce theatrum mundi, il y a Marie.
Marie qui est vierge de toute cette mascarade, Marie qui porte contre son ventre les cendres de son frère, Marie qui prend des photos et dévoile la réalité nue et crue, Marie la paumée qui pourrait bien se transformer en une Erynnie, déesse de la vengeance…
Mais attendons de voir ce qu’elle veut.

Comme ce roman parle du théâtre, le texte se fait quelques fois miroir : Il dit qu’écrire ne suffit pas. Il parle de la difficulté de trouver le souffle d’un texte, cette chose essentielle qui fait qu’il ne sera pas seulement joué mais porté, transcendé. La littérature est plus qu’une question de mots.
Une mise en abyme où l’auteur semble donner sa définition de la littérature et revisite aussi le mythe de l’écrivain maudit.

Malgré l’asphyxie procurée par ce texte, j’ai eu du mal à lâcher ce roman.
Encore une fois la musique de Claudie Gallay m’a parlé et nourrie. Je ne verrai plus Avignon de la même façon.

Chronique réalisée par Leiloona de Bric à Book

Quatrième de couverture :

Alors que le Festival d’Avignon 2003 s’enlise dans la grève des intermittents, une actrice célèbre retrouve sa ville natale, après dix ans d’absence. Elle y a vécu un amour passionnel avec le directeur d’un théâtre du festival off, qu’elle a quitté pour faire carrière. Ce dernier met en scène une pièce d’un auteur inconnu, sorte de poète maudit décédé dans des circonstances obscures… Après « Les Déferlantes », qui lui a amené la consécration (Prix des lectrices de Elle 2009), Claudie Gallay explore avec toujours autant de singularité les mystères enfouis au creux de chaque vie.

Retrouvez son entretien ici

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4 total comments on this postSubmit yours
  1. Cet article est magnifiquement écrit, et me donne envie de découvrir ce nouveau roman de Claudie Gallay. J’ai aimé « Les Déferlantes » bien que l’histoire soit un peu « asphyxiante », comme l’est apparemment celle-ci. Mais l’écriture est tellement belle.

  2. J’ai aussi l’envie très forte de l’acheter et je vais de ce pas tél. a mon libraire de me le réserver.
    Merci pour cette belle critique qui donne vraiment envie de lire a nouveau du Gallay.

  3. Je viens de le commencer et je suis déjà passionnée

  4. Une merveilleuse histoire et ambiance qui me donne envie de retrouver Avignon avec un autre regard, plus de respect et de lenteur.J’habite Marseille à 100km des lieux décrits et pourtant je voyages au bout de l’univers. Merci…

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