L’art du contresens de Vincent Eggericx

L’art du contresensL’art du contresens de Vincent Eggericx aux Editions Verdier

L’alliance du chrysanthème et du sabre attire et fascine l’écrivain européen et Vincent Eggericx y succombe à son tour et dévoile en L’art du contresens un texte effilé, aiguisé comme un sabre narrant ses expériences, rencontres et réflexions tandis qu’il recherche la voie de l’Arc (kyudo). Ce sont ses premiers pas à Kyoto auquel nous convie l’auteur, dans le dojo d’un maître de kyudo. Ignorant beaucoup du Japon, pays qui jusqu’alors ne l’avait pas fasciné, Eggericx s’étonne du charme entêtant de sa nouvelle vie et des enseignements qu’il reçoit. Tout détonne et fait sens, tout résonne et surprend, et sa récente épouse, pourtant japonaise, ne l’aide en rien à résoudre des contradictions, qui souvent l’enchantent. Elle interrompt au contraire ses méditations par ses difficultés à s’adapter à une ville qu’elle aussi découvre.

Nicolas Bouvier dans ses extraordinaires Chroniques japonaises souligne à quel point « Dans l’esprit de bien des Japonais, l’Occidental est un être troublé, plein de scories et de caillots », ce sont celles-ci qu’Eggericx met en scène. Le résultat de cette autofiction hésite entre profondeur, mélancolie et gaieté et agrège les influences et parrainages revendiqués de l’écrivain-voyageur Pierre Loti, de l’Irlandais Lafcadio Hearn, ou, bien entendu, de l’Allemand Eugen Herrigel et de son célèbre traité : Le Zen dans l’art chevaleresque du tir à l’arc. L’ambition est belle et le résultat plaisant. Le récit est spirituel, l’écriture élégante, et l’ensemble poétique et honnête. Quoique imparfaitement biographique, puisque fictionnelle, Eggericx n’hésite pas à partager avec une timide impudeur sa vie la plus personnelle et celle-ci s’enrichit au contact de cet art complexe et mystérieux qu’est le kyudo. Il faudra en effet tout le livre pour qu’enfin l’auteur décoche vraiment une flèche, débuts difficiles sur un chemin infini et ardu.

Selon Benvenuto Cellini, tout homme devrait avoir atteint au moins l’âge de quarante ans avant de s’essayer à une entreprise aussi noble que de coucher sur le papier l’histoire de sa vie, Eggericx a pris quelques années d’avance et son nombrilisme pourrait parfois être modéré. Mais on peut penser qu’une fois cet anniversaire passé, et il s’avère que ce sera cette année, il nous réserve de nombreuses autres joies littéraires plus amples et moins tendues que le présent ouvrage. Souhaitons lui le succès de l’entrainant récit de Robert Twigger, Senshusei, qui raconte avec modestie, humour et réalisme sa découverte de l’aïkido. Car, comme Eggericx l’écrit lui-même, « Maintenant, les pieds plantés dans la boue, les bras levés vers un ciel de traîne, [il peut] écarter l’arc et lâcher la flèche. […]
Hanare, daijobu. »

Chronique réalisée par David Vauclair

Quatrième de couverture :

Un voyage dans le temps et dans l’espace tissant l’expérience concrète – celle de l’apprentissage du tir à l’arc japonais – avec l’introspection individuelle et l’histoire collective.
Un récit de voyage qui est aussi une histoire d’amour et une méditation ponctuée par des éclats de rire ; un voyage à contresens sur l’île la plus propice aux contresens : le Japon.

Entretien vidéo :

Vincent Eggericx – L'art du contresens Éditions Verdier
envoyé par editions-verdier. – Regardez plus de courts métrages.

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