L’humoriste de Georges Picard

L’humoriste de Georges PicardL’humoriste de Georges Picard aux Editions José Corti

Georges Picard creuse son sillon. Depuis 17 ans chez le même éditeur, José Corti, il explore de sa patte féline les petits travers de nos contemporains. Il y a quelques années, j’avais eu l’occasion de lire Pour les yeux de Julie (Corti, 1998), roman d’humour plus que d’amour, hésitant entre tendresse narquoise et farce vive et avais été frappé par son art du portrait. En quelques lignes bien senties, Picard brosse, soutient ou achève ses protagonistes, ne laissant comme trace de son talent qu’un sourire aux lèvres de son lecteur. C’est cet art spirituel du croquis que l’on retrouve dans son dernier ouvrage, L’humoriste. L’auteur propose 78 nouvelles d’une grande brièveté, le plus souvent une à deux pages, évoquant les situations et caractères les plus inspirants pour sa plume légère et sèche.

Malgré la préface honnête et avenante qui prévient, aimable, des faiblesses que le lecteur rencontrera, on regrettera néanmoins que L’humoriste manque de ligne directrice. Car cette suite d’historiettes tient plus du recueil d’anecdotes que d’une œuvre homogène. Une certaine lassitude saisira le lecteur s’il décide de lire l’ouvrage de bout en bout plutôt que de le savourer, petit à petit, deux ou trois nouvelles par jour. Comme pour les bonbons acidulés, il vaudra mieux se restreindre que de finir la boîte. Mais que cet avertissement ne vous décourage pas car l’imagination de l’auteur vous emmènera à la rencontre de personnages singuliers et de quelques situations étonnantes. Mes deux portraits favoris exposent le destin d’un malheureux que la timidité et le manque d’éloquence font passer pour un idiot (L’imbécile) et les réflexions d’un passionné idolâtrant Napoléon, prêt à réécrire l’histoire pour l’Empereur (Un historien).

Si le vagabondage de l’écrivain reste bonhomme, la cruauté sourd et la description est souvent féroce, car l’obstination, l’aveuglement ou la bêtise prêtent à sourire. Et si chaque figure, chaque miniature, de l’ouvrage n’est en rien liée aux suivantes, l’ensemble finit par former, presque en dépit de l’auteur, un intéressant panorama de notre société et de nos contemporains. A l’instar de Jean de la Bruyère ses « peintures expriment bien l’homme en général, puisqu’elles ressemblent à tant de particuliers ». Tout comme son auguste prédécesseur on retrouve ce mélange élégant et profond d’orgueil et de timidité, et cette affection pour la satire respectueuse servie par un style incisif.

La Bruyère estimait que « le plaisir le plus délicat est celui de faire le plaisir d’autrui », Georges Picard semble partager la même philosophie.

Chronique réalisée par David Vauclair

Quatrième de couverture :

Un humoriste gai comme une porte de prison. Un original qui cultive sa laideur, ce qui ne l’empêche pas de plaire aux femmes. Un collectionneur de miroirs obsessionnel et mégalomane. Une amoureuse qui confond ses amants entre eux. Une mythomane géniale. Un clown métaphysique. Trois jeunes femmes délurées qui sèment la terreur dans un village. Un roi, intoxiqué par les sermons de Bossuet, qui s’enfuit de son palais pour devenir mendiant… Telles sont quelques-unes des figures que l’on croisera dans ces pages où l’ironie côtoie la poésie, et le tragique l’humour débridé. Soit, au total, soixante dix-huit histoires et portraits, subtils et percutants, ciselés à la pointe fine par l’auteur de De la Connerie et du Petit traité à l’usage de ceux qui veulent toujours avoir raison.

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