Le livre du fils de Claude Louis-Combet – Chronique n°1

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Le livre du fils de Claude Louis-Combet, aux éditions José Corti

Comme il est rare de nos jours de se voir obligé de rentrer en nous-mêmes pour aller chercher l’écrivain. Pourtant la recette de la réussite est connue.  Du tourne-page automatique au scénario pré-mâché, nos têtes de gondoles américaines, françaises ou suédoises commettent leurs centaines de pages annuelles répondant au désir avoué d’un lectorat ciblé d’avance. Sachant que “*chaque lecteur a sa propre lecture, intrinsèquement semblable à son égo, ils évitent à leurs lecteurs de réfléchir sur la médiocrité de leur vie et celle de leurs aspirations tels “**ces ex-anars embourgeoisés qui se bardaient de culture Télérama et se réveillaient tous les matins avec le 7-9 de France Inter avec la profonde conviction d’être des libres penseurs, sans réaliser qu’ils n’avaient pas une seule opinion qui leur fût propre, et qu’ils n’avaient rien fait de neuf depuis la fin de leurs études”.

Qui sera donc le lectorat de Claude Louis-Combet, usant et abusant de sa “syntaxe du cœur”, cet ensemble de métaphores portant sa prose vers la poésie là où “seuls les mots, selon l’ordre du rythme et le souffle du poème, détenait l’étrange et miroitant pouvoir, de rompre la compacité de l’histoire et l’enchainement des causes” Existe-t-il ? Car ce poème à la Vie, à la Mère, à la Nature, pour être beau, n’en n’est pas moins abstrus avec cette maîtrise des figures de styles, des hypallages, oxymorons et autres apories, au service d’une pensée à la recherche de sa vérité.

Pour lire Claude Louis-Combet, il vous faudra :

  • Naître, rechercher ce commencement lorsque “l’espace se resserre et le temps se compte”.
  • Retrouver en vous cet homme, ce fils qui a “toujours […] aimé le contact des mousses gorgées d’eau, des algues de rivière et de toute cette végétation spongieuse, drue autant que molle, ondoyante et déliquescente, qui prospère dans les terres marécageuses et forme l’instable tapis du monde d’où jaillissent, ici et là, par bouquets, les tiges affûtées des joncs et des roseaux”, cette nature image de sa mère, de son corps, de sa matrice.
  • Oublier la cacophonie de notre monde car seuls les mots, permettent à L’homo viator, l’homme pèlerin, engagé dans son histoire personnelle, “l’homme, engagé dans la quête de son accomplissement textuel et sur la voie poétique de l’abstraction”, de s’accomplir.
  • Se réaliser Homme et Fils, fils de la Mère originelle, “C’était le même homme mais ils étaient deux : celui du sol ferme, caillouteux et épineux et celui de l’ornière trempée, glissante et enfonçante, nocturne et ravissante.  L’enfance même avait vécue ce partage.  L’innocence était exclue.”

De cette recherche du monde, de cette relation aux mots, de cette innocence déflorée, “il apparaissait, de toute évidence, que l’écriture sur laquelle on avait tellement misé, sous le rapport de la question du sens de l’existence, n’était rien de plus que la suprême vanité, la plus orgueilleuse et la plus sournoise, celle qui , par-dessus tout, interdisait même simplement d’entrevoir la vérité et le fond.”

Que cela ne vous arrête pas dans la recherche de la vérité, de la sagesse, de la relation au monde et aux autres car “***“Le monde des vivants renferme à lui seul assez de merveilles et de mystères qui agissent de façon si inexplicable sur nos émotions et notre intelligence que cela suffirait presque à justifier qu’on puisse concevoir la vie comme un enchantement.”

Merci à Claude Louis-Combet d’oublier sa réussite, de chercher sa vérité, de nous ouvrir les routes de son monde, de notre monde, et finalement de nous rappeler “****Osez donc un peu croire à vous-même et à ce que vous avez dans le ventre ! Quand on ne croit pas à soi-même, on ment. ”

Lectori salutem, Pikkendorff

*In Lettres de château de Michel Déon, Gallimard 2009
**Olivier Bocquet in Turpitudes Pocket 2010
***Joseph Conrad – Lord Jim – chapitre XIII
****Frédéric Nietzsche – Ainsi parlait Zarathoustra.

Chronique réalisée par Pikkendorff.

Présentation de l’éditeur

« Voici le livre du fils. Il témoigne par le souvenir, la rêverie, le fantasme, du rôle joué par le corps de la mère – présence charnelle d’abord ravissante et englobante avant de devenir hostile et répulsive – dans l’initiation à l’érotique amoureuse et par là dans la destinée spirituelle de l’homme du texte. Modèle des modèles de tout corps de désir et d’amour, le corps maternel appelle la fusion, entretien la confusion et nécessite le rejet. Sur le fond de cette aventure de l’intimité, le fils assure son projet, de lier sans hiatus l’écriture et l’existence. » C. L.-C.

Ce livre aurait pu tout aussi bien s’intituler « Naissance d’une vocation d’écrivain », car c’est bien de cela qu’il s’agit. Point d’aboutissement en même temps que point de départ, tel est le paradoxe de ce grand livre qui sera à l’œuvre de Louis-Combet ce que furent Les Mots pour Sartre, Enfance pour Sarraute, L’Âge d’homme pour Leiris et, si l’on remonte dans le temps, Les Confessions pour Rousseau.

Lisez la chronique n°2

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