Une forme de vie d'Amélie Nothomb – Chronique n°2

une forme de vie

Une forme de vie d’Amélie Nothomb, aux éditions Albin Michel

Comme toutes les rentrées littéraires, à l’heure dite, Amélie Nothomb sort son nouvel opus avec une promptitude impressionnante. La 4ème de couverture, obscure comme à l’accoutumée, ne nous éclaire que peu sur le contenu de ce nouveau bébé. Tout comme ce titre : « Une forme de vie ». Avec l’habitude, on se doute qu’il est tiré d’une ligne du texte. Oui mais de laquelle, et surtout, dans quel contexte ?

« Ce matin-là, je reçus une lettre d’un genre nouveau », ainsi commence ce livre. Amélie Nothomb, on le sait, entretient une correspondance hallucinante, répondant à tout son courrier des lecteurs et ce depuis ses débuts. On ne peut qu’imaginer les montagnes de lettres qui doivent l’assaillirent continuellement.

Parmi cette multitude, une lettre retient son attention. Elle vient d’Irak, d’un 2e classe de l’armée américaine posté à Bagdad. Un certain Melvin Mapple. Nous sommes en décembre 2008. Dans cette lettre Melvin exprime sobrement sa pensée face à cette « fucking war », sa souffrance et le fait qu’il sait qu’Amélie, elle au moins, pourra le comprendre. Point. Intriguée, l’auteure ne sait vraiment comment réagir à cette missive si particulière.

Au fil des révélations et confidences du soldat, ce dernier et l’auteure vont correspondre durant deux ans. Melvin souffre en effet d’un traumatisme particulier dû à la guerre, un mal peu médiatisé : c’est un soldat obèse. Melvin mange pour oublier et combler le vide créé par les atrocités du front. Et il n’est pas le seul…

Ce roman change des autres ouvrages de l’auteure. Ici pas de personnages aux noms improbables, pas de mots à coucher dehors, juste un homme pensant trouver écho dans l’auteur dont il a dévoré les œuvres. Amélie en profite d’ailleurs pour mettre au point une certaine typologie de ce qu’il faut faire et ne pas faire lorsqu’on lui écrit. Pas qu’elle soit un tyran égo-centré, mais il est vrai qu’au vu de nombreux exemples qu’elle donne, beaucoup lecteurs ne sont pas toujours commodes. Entre ceux qui écrivent des pages et des pages, ceux qui exigent une relation exclusive et particulière, qui ne font que raconter leurs malheurs, qui pensent qu’elle a un carnet d’adresses épais comme la Bible (et international de surcroit), ou qui lui demande purement et simplement de l’argent (oui oui !), on trouve des choses assez hallucinantes.

La fin est surprenante (comme souvent chez Amélie Nothomb) et ne se termine pas vraiment. De fait, on en revient à remettre en question l’ensemble de l’histoire et sa véracité. Histoire vraie ou pur roman d’invention, qui sait ? Dans tous les cas, cet ouvrage se lit très bien, très vite ; et nous montre une Amélie correspondante, vraie, simple, avec ses attentes et ses coups de gueules. Une entrée dans l’intimité d’un auteur, différente de ses autobiographies et mais lui ressemblant tout autant.

Chronique réalisée par Lulu.

Lisez les chroniques n°1, n°3 et n°4.

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2 total comments on this postSubmit yours
  1. Le côté « farce » du livre m’amuse.Plaisir.Mais je suis surtout séduit par la réflexion sur le rôle que l’autre prend dans la conscience de soi, surtout dans la correspondance.  » A travers votre regard, je me sentais exister » (p.156). La phrase cristalline de Melvin Mapple tinte aux oreilles de ceux qui veulent exister et dont la quête d’autrui est comblée.

  2. J’ai beaucoup aimé ce nouveau Nothomb qui, contrairement aux précédents, propose une vraie fin (même s’il manque une phrase de confirmation, je pense que la fin est très claire quand même, Lulu, après, ce n’est que point de vue…). Le sujet est nouveau, le traitement également. Tout enr estant dans ses thèmes de prédilection, elle a, je pense, réussi ce que beaucoup lui reprochent de ne pas faire : se renouveler. tout en restant elle-même.
    A préciser qu’en plus de se lire très bien, il fait beaucoup rire (peut-être ai-je le rire facile, mais bon…)
    Si tu es intéressé par mon plus ample avis, j’ai laissé l’adresse de mon blog.

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