Interview d'Yves Bichet pour Resplandy

yves bichet resplandyInterview d’Yves Bichet pour Resplandy aux éditions du Seuil

Resplandy, c’est un nom  de famille, celui d’une inconnue auréolée du mystère de sa sensualité et de son comportement que croise Bertrand, anti héros, homme ordinaire, le jour de l’incinération de son père. Les évènements ne seront rien face à aux croisements des secrets dans la vie des protagonistes. Histoire et histoire se mélangent jusqu’à créer un nouvel homme, une nouvelle famille pas tout à fait différente et plus tout à fait la même.  Nous avons interviewé l’auteur de ce roman  à tiroirs pleins de secrets, de sensualité, de merveilles et d’histoires, Yves Bichet. Ce romancier atypique, ancien maçon, remarqué par Pascal Quignard pour son roman « La part animale » vit à Grignan, y écrit, et répond à nos questions avec sourire et empathie.

A.M : Quelle a été l’idée de départ pour l’écriture de ce roman ? Une volonté de mêler secret familial, histoire et sensualité ?

Y.B : Ce roman est né d’une histoire personnelle liée à la découverte d’évènements étant survenus pendant la guerre d’Algérie et dont je n’avais pas connaissance. Je travaillais sur la période de cette guerre, plutôt du côté français, pour l’écriture d’un scénario, et j’ai donc découvert ce mouvement dont on ne parle jamais, né d’une protestation face au phénomène qu’on a appelé les Rappelés.  Je m y suis particulièrement intéressé parce que je ne connais pas beaucoup d’exemples dans l’histoire d’un mouvement populaire levé par les femmes et initié par elle et qui ai connu une certaine réussite.  Les femmes bloquaient les trains pour éviter qu’on rappelle sous les drapeaux leur fils, mari … (http://www.cairn.info/resume.php?ID_ARTICLE=LMS_218_0045 )

A.M : Vous entremêlez donc Histoire et narration, sans que l’une ne prenne le pas sur l’autre.

Y.B : Je ne voulais pas m’approprier une période historique. Je voulais travailler sur un épisode précis et le mettre en scène avec un héros du quotidien.

A.M : Vous aimez particulièrement les anti-héros, on peut le voir transparaître dans vos romans précédents.

Y.B : Oui, j’aime bien les anti-héros, les protagonistes du quotidien. J’ai souvent utilisé cela sauf dans ma série sur Jeanne la papesse qui elle, est une vraie héroïne (http://www.amazon.fr/papesse-Jeanne-Yves-Bichet/dp/2213625816).  J’aime beaucoup rendre visible cette sidération que les hommes peuvent avoir devant le féminin par exemple.

A.M : En effet, j’ai trouvé vos personnages très concrets dans leur relation, finement observés, notamment dans le rendu sans pudeur des relations homme/femme.

Y.B : Je réitère qu’il y a une vraie sidération des hommes devant le féminin. Peut être est ce dû à  la physiologie des femmes une sorte de capacité physique à l’accueil, il y a là quelque chose de vertigineux là dedans, une sorte de porosité, d’empathie. Pour la femme, en l’occurrence dans le roman Agathe, le fait de s’ouvrir entraine une forme de pragmatisme. L’homme lui est dans l’idéalisation du mouvement,  pas forcément dans l’efficacité. IL semble perdu.

A.M : Oui, il semble que Bertrand soit ‘paumé’ et l’on voit l’opposition entre lui et sa femme Agathe notamment dans la gestion du secret.

Y.B : Bertrand ne s’en rend pas compte mais les femmes autour de lui, Agathe, et Benti, ou même sa mère, essaient de le protéger. Mais dans sa quête de la vérité il y a quelque chose d’inéluctable et ce même s’il est maladroit. Lui gère le secret dans la projection. Agathe, elle est dans la porosité, dans l’activité empathique. Elle le protège parce qu’elle l’accueille vraiment en étant immédiatement efficace.

A.M : Agathe est touchante et très réelle à mes yeux. Elle est dans le cadeau, dans la simplicité dans le présent à construire. La scène à 3 par exemple, est d’une légèreté et d’un naturel, preuve de confiance en l’autre, en son amour, une volonté de partage.

Y.B : Cette scène, j’ai failli la couper, je me suis demandé comment elle serait reçue.  Pourtant je l ai conservé car elle me semblait essentielle pour introduire le regard de l’homme sur une femme parturiente. Ce regard est asexué, détaché. Bertrand peut alors avoir un œil scrutateur sur le corps de Benti, sur ses seins, en être totalement éloigné.

A.M : Comme dans vos romans précédents, la  sensualité est très présente. Est-ce parfois problématique dans votre écriture comme vous sembliez le dire précédemment ?

Y.B : Toute la problématique autour des sens ne me pose pas de problème. Le domaine du roman ne demande aucune censure. De plus la sensualité fait partie de la vie, j’aimerai la traiter aussi simplement que cela. Mais lorsque j’ai publié « la femme Dieu » j’ai eu un retour de lecteurs se disant choqués. J’ai alors eu le sentiment de ne pas être dans mon temps. Je ne veux pas que mon écriture paraisse provocatrice ou complaisante, j’ai très peur de cela, ce premier degré moralisant. Donc j’ai fait attention et je n’ai laissé que ce qui est majeur. C’est aussi cela pour moi que de se caler sur son temps.

A.M : Quelle lecture souhaitez vous que l’on fasse de vos livres ?

Y.B : Le lecteur doit faire une partie du travail. Ce que je souhaite c’est qu’il se laisse aller aux résonnances.

A.M : Et vous en tant que lecteur, vous lisez quoi ?

Y.B : Un peu de tout. En ce moment je suis en pleine lecture d’auteurs étrangers notamment la convocation d’ Herta Muller. La rentrée littéraire ne m intéresse pas trop, je laisse le temps aux livres. J’aime certains auteurs particulièrement pour en citer deux je dirai, La tache de Philip Roth et Histoires d’amour de Régis Jauffret.

A.M : Comment travaillez vous ?

Y.B : je travaille n’importe où n importe comment. Je n’ai pas de ritualisation de l’écriture. C’est un privilège que de pouvoir écrire. J’ai la chance en plus de ne pas avoir l’angoisse de la page blanche, je me sais être un privilégié du temps. Mes romans fonctionnent un peu seul. Par exemple, pour Resplandy, je me trouvais en gare de Montélimar, discutant avec un cheminot et il m’a appris les appellations qu’ils se donnaient entre eux : les sangliers pour ceux du balast et les écureuils pour les autres. Cela m’a poussé dans mes recherches et dans mon roman.

A .M : Pourquoi avoir laissé le roman en suspension dans le doute ?

Y.B : J’aime les histoires suspendues. Peut être que c’est cela l’amour quelque chose de suspendu, comme des lanternes chinoises lors des fêtes, vous savez ? Le personnage de Resplandy est plombé dès le départ mais elle reste dans le don le cadeau puisqu’elle lui permet de découvrir des choses sur lui-même, sur les femmes, sur son ciel. C’est ce que je voulais montrer un petit éventail de ce qui est sidérant chez les femmes, montrer l’accueil inhérent à votre corps sans esprit moralisant.

A.M : Finalement plusieurs mystères sont mis en lumière. Peut être que le seul qui reste en suspens est celui du couple ?

Y.B : Peut être …

Retrouvez la chronique de son roman ici

interview réalisée par Abeline Majorel



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