Des Fleurs Pour Zoë d'Antonia Kerr

Des Fleurs Pour ZoëDes Fleurs Pour Zoë d’Antonia Kerr aux éditions Gallimard

L’épigraphe de ce roman est tirée d’au-delà de cette limite votre ticket n’est plus valable, roman du vieillissement physique de l’homme, de sa libido verte, et de sa croyance toujours juvénile en l’amour de Romain Gary. Pour son premier roman, Antonia Kerr ne pouvait donc mieux choisir : « Vivre est une prière que seul l’amour d’une femme peut exaucer. »

Comme chez Gary, aucune trace de romantisme mystique chez cette jeune romancière. Il est question de l’espérance en un surplus d’existence, de la Nature si belle dans  une paire de seins qu’elle donne envie de croire en une vie après le cancer de la prostate. Richard a 59 ans, bientôt 60, la date limite du ticket du sexe sans risque d’infarctus. Pendant 33 ans, il a été un mari amoureux d’Evelyn et de sa nuque blanche et raide. Le charme du chignon haut placé et du maintien à l’anglaise de sa « presque-femme »  a toujours eu de l’effet sur Richard, même lorsqu’il l’a trompée. Avec une belle japonaise ou avec son assistante obèse moelleuse, Richard a cédé à sa Nature d’homme, du moins est ce ainsi qu’il s’en explique, sans culpabilité. Mais la nuque d’Evelyn a plié. Elle le quitte alors pour Bob, un avocat. Alors Richard entame son aventure, ce qu’il pense être sa dernière, la retraite. Il file accompagné d’un rasta excentrique et bahamien vers l’Etat des retraités : la Floride, Key West plus précisément, peut être pour rejoindre le lieu de prédilection d’un autre homme qui s’est beaucoup interrogé sur sa libido et les femmes, Hemingway. Un soir de fête et d’orage dans ce paradis tropical du vieillard, il est happé par la bouche d’une jeune femme sur un goulot et enrôlé par ses hanches que balayent ses cheveux de japonaise dans un road trip qui devrait le mener là où il n’a jamais pu aller puisque sa presque femme avait toujours les pieds froids : le Canada. Mais le chemin se fait sinueux, plein de rencontres et de scrabble. Qu’importe la destination, ce qu’il restera c’est l’attente de la femme, cet animal que l’homme n’a pas su domestiquer, l’espérance de transcender la mort par le désir.

Porté par une écriture vive, Des fleurs pour Zoë réussit à nous attendrir pour Dick et ses velléités de réenchantement du désir. Zoë est une nature, une de celles qui vous entraine loin de vous-même par ses tergiversations pour se trouver elle-même. Zoë se perd et Richard la retrouve. Richard perd la foi, Zoë la lui rend. Faut il prier et croire en Dieu quand l’on a à ses côtés la vie, abîmée et anarchique, mais tellement désirable ?  Antonia Kerr, malgré son jeune âge, tente de répondre pour Dick (diminutif de Richard). Elle évite en cela l’erreur auto biographique du primo romancier, parsème de sa culture ce roman sans excès, et pèche parfois par plaisir de la comparaison animalière (sans doute un trop grand amour des chats que nous ne pourrions vraiment lui reprocher).  A lire avec un verre de whisky à la main un soir où le scrabble ne vous tente pas.

Chronique réalisée par Abeline Majorel

Quatrième de couverture :

À la veille de ses soixante ans, Richard sent la déprime le gagner. Sa femme Evelyn l’a quitté douze mois plus tôt, Manhattan l’ennuie, son travail aussi. Il décide de tout abandonner pour couler des jours tranquilles à Key West, dans une maison de retraite de luxe.
C’est compter sans Zoë, la jeune nièce de son nouvel ami John-John, dont Richard tombe brutalement amoureux. À vingt-deux ans, elle est insatiable, drôle, insaisissable, joyeuse. Ils quittent rapidement Key West pour une traversée burlesque des États-Unis, durant laquelle se révèlent les antagonismes de ce couple bizarrement assorti. Pendant les haltes du voyage, quand Zoë n’épuise pas Richard par une libido volcanique, le sexagénaire appelle son psychanalyste. Bien qu’il soit athée, il invoquerait presque Dieu pour comprendre ce qui lui arrive…

Chronique réalisé par Abeline MAJOREL



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