Nevrospiral de Patrick Olivier Meyer

NevrospiralNevrospiral de Patrick Olivier Meyer aux éditions Calmann-Levy

L’histoire, en quelques mots :

Il y a Samuel, jeune homme pétri des traumatismes de l’enfance, tueur de blondes en devenir.
Il y a Ian, obsédé par les blondes, qui vit avec… une brune.
Il y a Richard, rock star has been, ultra narcissique, coincé dans un hôtel avec une groupie… blonde.
Et il y a Anita, jeune blonde, véritable canon, persuadée d’avoir une tumeur au cerveau, qui crame sa vie dans la drogue et les conquêtes.
Samuel, Ian, Richard, Anita. Quatre personnages que tout semble opposer. Quatre personnages pourtant semblables dans leurs peurs, unis dans le Nevrospiral. Nevrospiral, le nom d’une petite pilule rose qui répond à tous les maux. Magique.
Tour à tour, ces êtres en perdition livrent des instantanés de leur « vie », cette vie qui leur file entre les doigts, ouvrent les vannes et laissent couler le flot de leurs pensées, de leurs angoisses, de leurs interrogations…

L’avis de Marie L. du blog Carabistouilles :

C’est une lecture qui agit comme une spirale, infernale: sans s’en rendre compte, le lecteur glisse vers les abîmes intérieurs de ces personnages en dérive, névroses livrées à nu. On ne sait pas où on va, mais on y va. … dans le mur. Ces personnages se baladent dans leur vie, qui n’est plus vraiment leur, ils survivent en fait, d’échecs en échecs. Ils ne sont plus maître de leur vie. Et le lecteur assiste à leur débâcle. Sans compassion. On pourrait penser que cette société, tant montrée du doigt (dans le roman également), est responsable de leurs déboires, de leur « non être ». Mais non! Ces personnages sont simplement bouffis d’orgueil, ou d’arrogance, engoncés dans leurs a priori et préjugés, trop sûrs d’eux pour ouvrir l’œil et voir vraiment le monde. Cyniques, désabusés, désenchantés. Égoïsme quand tu nous tiens! A s’en rendre malade… Pour autant, ils ont conscience de leur « problème » mais donnent l’impression d’être pris dans les mailles de leur obsession, à tel point qu’ils ne peuvent en sortir. Ou alors, ils n’ont pas la volonté de s’en libérer, autrement que par un médicament, une drogue. Finalement, à l’exception d’un personnage, porteur d’espoir, les autres se complaisent dans leur névrose, cercle vicieux, et se mettent en périls, testent leurs limites. Comme tout cercle, la lecture devient alors rapidement répétitive…

Par ailleurs, en filigranes, derrière les comportements obsessionnels de ces anti-héros, le roman critique notre société « qui fout le camp » ou livre des réflexions à son sujet: culte de l’apparence, bourgeoisie bien conventionnelle, le renouveau dans l’art, etc. Mais il véhicule aussi des clichés (qui, après tout, se vérifient parfois): la Blonde avec un prénom en -a-, forcément belle, forcément désirée de tous… symbole de la perfection de notre monde, seule beauté universelle. Sois blonde ou tais-toi.

Au final, Nevrospiral offre une lecture prenante. Les personnages, en apparence insupportables et arrogants, se révèlent « faillibles », fragiles… et on glisse avec eux, on chute. C’est intéressant d’assister à ce mal de vivre, symptomatique de notre société (c’est bien ce qu’on entend tout le temps, non?), les conduites qu’on dit à risques, le peu, voire le manque, de considération pour autrui, cet individualisme à la con; c’est aussi angoissant, car aucune réponse n’est apporté et les personnages ne témoignent pas non plus la volonté de s’en affranchir… Loin d’être « acteurs » de leur vie, ils attendent une ordonnance, l’assistance d’un psy ou l’effet (placebo?) d’une pilule rose… Le monde est drogué: drogue-toi pour contrer un rhume ou une grippe. Drogue-toi pour oublier ta vie pourrie. Drogue-toi pour être plus performant au boulot. Drogue-toi pour oublier la pression qu’on te met. Paradis artificiels, nous voilà!

Il est également intéressant de « descendre » au fond du « moi »… de l’inconscient. D’où viennent ces angoisses? ces comportements pulsionnels? Mais si les personnages évoquent leur passé, ou s’interrogent parfois, cela reste superficiel. On « reste » dans le présent et c’est bien dommage. On reste aussi, un peu, sur sa faim.

A noter, pour finir, que le style est bon, fluide et rythmé, parsemé de bonnes formules (Rencontre du troisième pauvre type.).

Pensée d’Anita (p.49):

Je visualise tout ce qui se passera d’ici à une heure. Les rails de coke dans les toilettes, les jambes écartées dans les toilettes, le type qui vomit dans les toilettes, le tout baigné de lounge music. Dans cet endroit design et spacieux presque aussi chic que chez ma sœur, les miroirs me réfléchissent à l’infini. Anita Johanssen fragmentée, comme explosée en une multitude de faisceaux. Blush, eye-liner, rouge sur les lèvres et body échancré sorti du sac. Je l’enfile, mes seins ne font plus qu’un avec le textile. Pas un atome de graisse, des jambes de déesse. Une brune me fusille du regard. Si tu me mates dans la glace, tu verras soit une fille que tu rêverais d’être, soit une fille que tu rêverais d’avoir. C’est moi. Le building blond.
[…] Moi et ma mèche vampire, XXL, inaccessible. Top bandante. Vous la langue pendante, les yeux sortis de leurs orbites. Moi, l’astre géant, incandescent, la tornade blonde dévastatrice. Vous, petits hommes de rien du tout soumis à ma puissance capillaire.

Réflexion de Richard sur la musique d’aujourd’hui et son avenir (p.43):

La musique a été reléguée au second plan depuis longtemps. Quand les Beatles ont débarqué aux États-Unis avec leurs coupes au bol et leurs refrains à la louche, Elvis a compris que c’était fini. « She loves you, yeah yah yeah! », matin, midi et soir à la radio, forcément tu chopes des kilos. Le groupe majeur de demain? Un groupe qui ne jouera aucune musique. D’aucun instrument. Tout dans l’attitude. A la fin des années 70, les punks jouaient comme des quiches, mais ils jouaient encore. Demain, plus de musique, plus de chansons, plus de refrains, plus rien. Juste l’attitude, mec. Occuper la scène, l’arpenter dans tous les sens, gesticuler et rien qu’avec son corps, déclencher l’hystérie collective, la convulsion des masses. Looké à mort dans de nouvelles matières. Le charisme, man. Rollin’ & Rockin’. Tout dans la gestuelle. La main dans les cheveux, le bassin en feu et stop la musique. La musique pollue.

Chronique réalisée par Carabistouilles

Quatrième de couverture :

« Vous voyez cette pomme ? Elle est belle, hein ?
Bien ronde. Bien verte ?
– Une Granny Smith, il a dit.
– C’est ce que j’appelle un cerveau normal. »
J’ai mordu dedans à trois reprises, toujours du même côté, et la pomme s’est retrouvée endommagée. Une partie nickel et une autre bouffée, ravagée, plus très loin du trognon. « Ça, j’ai dit, c’est mon cerveau. »

Ian, Samuel, Anita, Richard. Comme les quatre couleurs d’une palette pop, entre blondeur et désespoir, rose fluo et noir total. Obsessionnels et délirants, euphoriques et tourmentés, ils tentent de trouver leur équilibre, un pied dans la vie, l’autre au-dessus du gouffre.



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