Celles qui attendent de Fatou Diome

celles qui attendentCelles qui attendent de Fatou Diome aux éditions Flammarion

Celles qui attendent est un roman de Fatou Diome à paraître aux éditions Flammarion le 25 août 2010 (330 pages, 20 €, ISBN 978-2-0812-4563-1).

Née au Sénégal en 1968, Fatou Diome est arrivée en France en 1994 et vit à Strasbourg.

Recueil de nouvelles : La préférence nationale (2001)

Romans : Le ventre de l’Atlantique (2003), Kétala (2006) et Inassouvies, nos vies (2008).

Je remercie Gilles Paris de m’avoir envoyé ce roman. Ce fut une surprise de le recevoir. C’en fut une autre de le lire et de découvrir la belle écriture de Fatou Diome. C’est aussi mon premier roman de la rentrée littéraire de l’automne 2010.

Les mères

Arame est l’épouse du vieux Koromâk qu’elle déteste, « les corps distants, figés dans la haine, comme deux prisonniers s’accusant réciproquement du même crime, mais condamnés à partager la même cellule. » (page 137). Le fils aîné est mort en mer sur son bateau de pêche et, depuis le départ de leur mère, Arame élève ses sept enfants. Le cadet Lamine est revenu de Dakar sans travail et sans argent.

Bougna est la deuxième épouse de Wagane à qui elle a donné six enfants. « Des enfants qui grandissent maintenant à ses côté sans perspective d’avenir. » (page 50). Elle aimerait mieux pour son fils aîné, Issa, car le fils de la première épouse a réussi dans l’administration et envoie de l’argent à sa mère.

Le quotidien de ces familles ? Du riz et de l’huile en petite quantité, quelques légumes, parfois du poisson et quelques coquillages ramassés sur la plage. Et de l’eau qu’il faut s’épuiser à aller chercher au puits chaque matin.

L’idée de ses mères ? Envoyer leur fils en Europe, comme clandestin, et au péril de leur vie ! Pourtant, qu’avaient-elles de plus précieux que leur fils ? Mais les garçons sont d’accord et « leur futur départ pour l’Europe devint leur seul horizon. » (page 78). « […] partir en Europe, réussir comme les autres et améliorer notre sort. » (page 66). « […] gagner assez d’argent pour ne plus se contenter de rêves d’occasion. Et ceux qui les attendaient au village comptaient sur eux, en formulant le même vœu. » (page 153). Du coup, « Barcelone ou Barsakh » (Barcelone ou la mort), qu’ils disent !

Les épouses

Coumba a pu épouser Issa et a au moins connu l’amour avant le départ du jeune homme. D’ailleurs elle mettra au monde un fils mais la solitude et l’attente la minent de l’intérieur. Cependant sa mère lui a répété : « Tu es une femme, les choses sont comme elles sont, ce n’est pas à toi de les changer. » (page 164).

Daba est une Guelwaar ; pourquoi a-t-elle accepté de rompre ses fiançailles avec Ansou et d’épouser Lamine qui est déjà parti ? Parce qu’elle espérait mieux que la vie avec un pêcheur. Du coup, elle est une épouse sans mari, sans amour, alors qu’Ansou est là, tout prêt…

Combien de temps ces femmes vont-elles attendre ? Des nouvelles, de l’argent, un éventuel retour… « Parce qu’elles savent tout de l’attente, elles connaissent le prix de l’amour. »

De plus la vie est-elle plus belle et plus facile en Europe ? « Pendant que les expatriés souffraient du froid, logeaient dans des squats miteux, couraient les soupes populaires, risquaient leur vie pour des emplois de forçats, dribblaient les pandores lancés à leurs trousses, hantaient les zones de rétention, s’adonnaient aux amours de circonstances, larmoyaient devant les avocats commis d’office qui leur obtenaient des délivrances momentanées, les jeunes restés au village, portés par une liberté qu’on ne sent que chez soi, travaillaient vaillamment et contribuaient à l’essor du pays. » (pages 244-245).

Ce roman est une belle chronique de la vie sur les îles sérères de Gandoune au large du Sénégal, en particulier sur l’île de Niodior (île sur laquelle est née l’auteur).

Sans entrer dans des polémiques stériles, l’auteur pointe du doigt certains problèmes :

- économiques : moins de poissons durant la pêche, pas de travail et études chères, pas d’avenir.

- la polygamie : jalousie entre les épouses, inégalités, pauvreté, impossibilité de nourrir et d’éduquer de si nombreux enfants), les hommes ayant oublié qu’ils ne doivent pas prendre une autre épouse s’ils n’arrivent pas à subvenir aux besoins d’une et de ses enfants…

- les rêves stériles, illusions et sirènes de l’Europe, l’immigration à tout prix. D’ailleurs, en Afrique, de nombreux Sages plaident pour le « rester au pays ».

- le comportement de certains Occidentaux qui viennent en Afrique avec leur richesse et leur suffisance.

J’aimerais me permettre un conseil, non seulement pour les lecteurs qui ont été déçus par le Goncourt 2009 (eh oui, il y en a !) mais aussi pour tous : lisez Celles qui attendent ! C’est beau, humble, intime, parfois drôle, parfois triste, jamais mièvre ou lassant, et il mérite bien un prix ;-)

Quelques extraits en plus

« Car si la parole faisait loi, son abus était l’apanage des faibles. » (page 10).

« Quand dire ne sert plus à rien, le silence est une ouate offerte à l’esprit. » (page 11).

« […] toutes différentes, mais toutes prises dans le même filet de l’existence, à se débattre de toutes leurs forces. » (page 11).

« On voguait sur l’océan de l’existence, par tous les vents. » (page 173).

« Il n’est pas vrai que les enfants ont besoin de leurs père et mère pour grandir. Ils ont seulement besoin de celui qui est là, de son amour plein et entier. » (page 265).

Chronique réalisée par La lecture se partage

Quatrième de couverture :

Arame et Bougna, mères, respectivement, de Lamine et Issa, deux émigrés clandestins. Elles ne comptaient plus leurs printemps, mais chacune était la sentinelle vouée et dévouée à la sauvegarde des siens, le pilier qui devait tenir la demeure sur les galeries creusées par l’absence. Mais comment dépeindre la peine d’une mère qui attend son enfant, sans jamais être certaine de le revoir ? Coumba et Daba, quant à elles, humaient leurs premières roses : jeunes, belles, elles rêvaient d’un destin autre que celui de leurs aînées du village. Assoiffées d’amour, d’avenir et de modernité, elles s’étaient lancées, sans réserve, sur une piste du bonheur devenue peu à peu leur chemin de croix. Mariées, respectivement à Issa et Lamine, l’Europe est leur plus grande rivale. Esseulées, elles peuvent rester fidèles à leur chambre vide ou succomber à la tentation. Mais la vie n’attend pas les absents, derrière les émigrés, les amours varient, les secrets de famille affleurent ; les petites et grandes trahisons vont alimenter la chronique sociale du village et déterminer la nature des retrouvailles. Le visage qu’on retrouve n’est pas forcément celui qu’on attendait.



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