Rachel d'Andreï Guelassimov

Rachel Andreï GuelassimovRachel d’Andreï Guelassimov aux éditions Actes Sud

Et de trois ! C’est mon troisième roman de la rentrée littéraire ayant pour héros un universitaire. A la différence des deux précédents qui étaient mort ou sur le point de mourir, Sviatoslav Semionovitch Kaufman, le héros de Rachel, est vivant et ne mourra pas pendant le roman. Pourtant, ce quinquagénaire ne va pas très bien. Russe comme son prénom l’indique, les années Eltsine sont pour lui celles de la gueule de bois, car le quinqua qui a bien vécu se trouve fort dépourvu quand les ennuis arrivent.

Bien vécu ? Il semblerait, la grande affaire de sa vie c’est l’amour et ses tourments, car pour le personnage du roman, il ne saurait y avoir d’amour heureux.. Trois femmes ont marqué sa vie.. la dernière, de vingt ans sa cadette (comment dit-on démon de midi en russe ?) l’a quitté pour un agent du KGB. Les ennuis ? A Moscou aussi, il semblerait que la mid life crisis sévisse, d’autant que l’anti héros évolue dans un monde lui même en pleine crise. Professeur dans une université, il n’est plus payé depuis plusieurs mois, et survit grâce aux larcins de sa belle-fille, le personnage le plus attachant du roman, sorte d’incarnation de la débrouillardise insolente, un peu comme les valets de Molière. Sans ressources ou presque, il doit quitter son appartement que son fils veut récupérer, ce qui oblige Sviatoslav a retourner habiter chez son ancienne femme.

Pour le reste résumer ce roman est une tâche qui demande une bonne dose de foi, tant ce texte est protéiforme et semble surtout l’occasion de faire l’apologie des raconteurs d’histoire. C’est l’histoire d’un homme qui raconte une histoire où un personnage raconte une histoire.. un côté très Jaques le fataliste et son maître qui n’est pas pour me déplaire. D’autant qu’arrivé à la dernière page Guelassimov retombe sur ses pattes.

Soyons clair, il faut aimer ce genre de textes foisonnant, où l’on peut se perdre (le livre s’achève par un « – Sarah, où suis-je ? Je suis inquiet » un sentiment que partage parfois le lecteur). N’empêche, si on accepte de se promener avec l’auteur on fait une jolie promenade. Certains morceaux sont très réussis, je pense à un cours de littérature où le professeur essaie de créer des couples d’écrivains qui pourraient partager une chambre d’hôpital psychiatrique, d’une échapée vers Kiev ou la vie d’un hôpital psychiatrique, où échoue le personage principal après avoir soutenu une thèse sur Fitzgerald en attendant d’avoir un poste dans ses cordes.

Le roman brasse les personnages et les époques en même temps que les femmes de Sviatoslav, jouant avec brio des correspondances pour passer d’un temps à l’autre. C’est aussi l’occasion de re vivre l’histoire soviétique. Saviez-vous qu’il existât à Moscou des zazous, écoutant en cachette du jazz, alors que cette musique était considérée comme anti soviétique ? Pourtant, Rachel n’est pas un roman insistant, qui décrirait par le menu la réalité du monde soviétique (on ne trouve pas chez Guelassimov de plaidoyers contre le goulag ou la tyranie stalinienne), plutôt un ouvrage qui par son style à l’ironie incandescente montre comment survivre dans un monde absurde. Pour vivre, il y a les livres….

Chronique réalisée par Christophe Bys

Quatrième de couverture :

Un professeur se remémore sa vie, rythmée par trois mariages. Trois femmes, trois époques de sa vie, trois versions de lui-même et trois plans dans cet ambitieux roman qui tresse références bibliques, Histoire et drame familial. Le retour très attendu de l’auteur de « La Soif ».



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