Avec Bastien de Mathieu Riboulet

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Avec Bastien de Mathieu Riboulet, aux éditions Verdier

Bastien, régisseur, parisien par choix après une enfance en Corrèze, se perd ou se trouve dans des étreintes plus ou moins éphémères. Ses loisirs ? Il les consacre à l’escalade et au tournage de films pornographiques homosexuels. Petit , Bastien était attiré par Nicolas, mort prématurément. Cette blessure ne s’est pas fermée et Bastien est toujours à la recherche de cet amour.L’histoire est racontée par un personnage qui ne se dévoile à aucun moment, un spectateur passif de la vie de Bastien. Le narrateur, amateur de films pornographiques, découvre Bastien au détour d’une image. Insouciant, d’une beauté insolente et épanoui dans le plaisir qu’il prend et qu’il donne, Bastien le fascine. Cette fascination lui fait imaginer des étreintes qu’il partagerait avec Bastien. Il en arrive même à lui inventer une enfance en Corrèze, dans un environnement familial et naturel privilégié. Il cherche des indices qui lui permettront de « reconstituer » la vie de Bastien. Il l’imagine libre au milieu des rochers qui n’ont aucun secret pour lui. Il imagine ce corps musclé se déplaçant dans une nature sauvage, corps qu’il voit habituellement en action dans des films pornographiques. Chaque scène pornographique est l’occasion pour le narrateur d’imaginer un détail supplémentaire de la vie de Bastien. Il semble voyeur mais cette impression s’estompe devant ses considérations sur la vie et son sens. Homosexualité et sexe sont la trame de ce récit, et si les scènes sont parfois brutales, crues, et peuvent choquer, elles ne sont pas là pour provoquer mais plutôt pour comprendre certains secrets de la vie (les quêtes, les mensonges, les secrets,…)

Bien que le vocabulaire soit cru dans certains passages, le récit n’en reste pas moins sensuel et poétique. Certains termes peuvent gêner mais au final la sensibilité du contenu l’emporte. Le style ne s’embarrasse pas de fioritures qui camoufleraient le propos, c’est clair, simple et concis. Des images fortes auraient tendance à s’attarder sur la rétine mais très vite, on en fait abstraction pour ne plus s’attarder que sur la poésie peut-être même le lyrisme du récit.
Pas facile, pour tout un chacun de lire les premières lignes sans s’interroger sur le sens de certaines descriptions, mais le héros devient attachant dans ses errances, ses certitudes ou ses incertitudes.

Je reconnais que les premières lignes m’ont laissé perplexe et dubitative n’étant pas certaine que toutes les scènes se justifiaient. J’ai eu tendance à les survoler pendant ma lecture et du coup le récit perdait de son sens. Au fur et à mesure, le personnage principal est devenu un être de chair et d’os, un homme avec son histoire tout simplement et je pense même en avoir oublié qu’entre lui et moi se trouvait le narrateur, l’admirateur de Bastien qui partage sa vision de l’être adoré avec le lecteur. Le roman serait un portrait.

Une question reste en suspend : le narrateur, amateur de films pornographies, a-t-il vraiment rencontré Bastien ou l’a-t-il juste vu à travers un écran ? Est-ce la vie qu’il nous raconte ou un fantasme ? A aucun moment du récit, les évènements ne sont assez clairs pour trouver la réponse…

Véronique Fourdrain pour Chermedia.

Présentation de l’éditeur

Bastien a la trentaine. Il a passé son enfance en Corrèze dans un hameau isolé, au sein d’une famille aimante. À huit ans il tombe amoureux de Nicolas, un de ses camarades de classe, qui disparaît peu après dans un accident de voiture. N’ayant pu consacrer sa vie à ce garçon, Bastien la consacrera aux hommes que le hasard mettra sur sa route. Bastien est régisseur de théâtre, il aime aussi l´escalade, quand il n’est pas sur les plateaux il affronte les à-pics des grands causses de Lozère. En outre, depuis l’enfance, il s’habille parfois en fille pour voir comment le monde alors apparaît et répond. Enfin il arrive qu’il ne soit ni au théâtre ni au grand air, ni habillé en garçon ou en fille, mais nu dans quelques films pornographiques qui lui permettent d’allier l’utile à l’agréable. C’est dans un de ces films que je l’ai vu pour la première fois. Je ne me suis jamais remis de la liberté insolente de sa présence. Devant l’écran où je me tiens caché, à l’ombre de la lumière que Bastien projette, sans fin j’interroge le mystère de son apparition, le sens qu’elle confère à ma vie. Je tente ici de deviner tout ce que les films où je le vois s’ébattre dérobent à ma vue (son enfance, son travail, sa famille, ses amours, ses habits), me laissant dans l’exercice conjugué du regard et du désir, dans la contemplation d´un portrait lumineux et brutal à peaufiner pour les jours, désormais proches, où l’ombre gagnera.

Entretien vidéo :




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