Beau rivage de Dominique Barbéris

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Beau rivage de Dominique Barbéris, aux éditions Gallimard

Ambiance feutrée, charme désuet, poétique de l’attente, fuite du temps, tant de mots qui pourraient définir Beau Rivage sans parfaitement le décrire… Dans cet hôtel de montagne comme il en existe tant d’autres, au-dessus d’un lac à la beauté sombre et inquiétante, près d’une frontière mystérieuse, coincé entre une montagne nommée l’Altefrau et un sanatorium reconverti en station thermale, deux couples vont évoluer sous le regard d’un homme seul et solitaire, qui se fait appeler Serge et dont nul ne sait rien, à part qu’il se dit « diplomate ». C’est la fin de l’été, Franck, l’époux de la narratrice, a souhaité se retirer à Beau Rivage pour finaliser sa thèse, pendant que celle-ci passe le temps comme elle peut, à converser avec la patronne de l’hôtel ou à explorer les environs. L’autre couple, les Vasseur, est tout aussi énigmatique : il est homme d’affaires taciturne, elle, ancienne danseuse, a sombré dans la dépression. C’est la fin de l’été indien, et un soir, l’arrivée de Serge bouscule la petite routine qui s’était installée. Le mauvais temps s’installe peu à peu, comme un mauvais présage, mais si vite écarté par l’apparente tranquillité de l’hôtel ; la narratrice observe longuement les mille et un détails de la nature, coulant des jours paisibles, et elle attend, tout comme le lecteur attend le moment où tout va basculer, où l’une des deux femmes va peut-être céder au charme puissant de Serge, à ses paroles, à son audace. Mais Dominique Barbéris semble prendre plaisir à retarder sans cesse cet instant, jouant avec ses personnages comme avec le lecteur, et distille à chaque page un peu de cette frustration, provoquée peut-être par l’isolement, l’oisiveté, la saison qui invitent à la fuite ou à la faute. Tout dans ce roman semble étrange : les personnages, somme toute assez communs, possèdent tous une part d’ombre, l’atmosphère surannée, le temps comme suspendu, l’hôtel perdu au fin fond des montagnes, l’endroit si difficile à identifier qu’il en devient imaginaire… Avec des réflexions sur la nature, le temps qui passe et amène l’inéluctable mort de ce qui fut et ne sera plus jamais, et, finalement, sur la banalité de ces choses, on pense parfois à Proust, à Thomas Mann aussi, notamment dans La Mort à Venise, mais tout cela en plus léger, comme si cela, finalement, avait peu d’importance, comme si même la fin, où pourtant se produit l’impensable, ne parvenait pas à combler cette nostalgie et cette attente. Un roman parfaitement maîtrisé, tout en finesse et en poésie, écrit sur un ton doux amer, et qui laisse volontairement un arrière-goût d’inachevé.

Chronique réalisée par Ars Legendi.

Présentation de l’éditeur

« On entendit soudain des aboiements.
Ils étaient très distincts, comme s’ils venaient non pas de la route qui menait au village, mais du lac à côté de nous, ou d’une vallée derrière celle où nous nous trouvions, un des puits silencieux que dessinaient les pentes verticales. Ils paraissaient lugubres sous le ciel menaçant. Serge eut l’air de les écouter. Ils s’arrêtaient de temps. à autre, prolongés par leur écho plus faible, mais chaque fois le chien recommençait, comme si, ignorant le phénomène de l’écho, il s’était répondu à lui-même.
- C’est ce chien, avais-je dit. Le chien de l’ancien abattoir. Il aboie sans arrêt. On dirait que le bruit vient du lac. J’y jetai un coup d’oeil. L’eau était grise. Elle ne reflétait rien. Où nous étions, les parois empêchaient de voir le ciel. Les premières gouttes, que j’aperçus au même moment, dessinaient des centaines de circonférences à la surface, des milliers de circonférences, diluant le reflet des parois, faisant trembler la couronne jaune et renversée des arbres. »

Beau Rivage est un petit hôtel de montagne, comme il y en a des milliers, quelque part, pas très loin de la frontière, au bord d’un lac. S’y retrouvent par hasard deux couples et un homme seul. II s’appelle Serge (ou il dit s’appeler Serge). C’est le moment où l’été montagnard bascule dans l’automne.



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