Grandir de Sophie Fontanel

grandir

Grandir de Sophie Fontanel, aux éditions Robert Laffont

Pourquoi : roman ?
C’est un texte émouvant et lisiblement autobiographique, mais il n’est pas romanesque pour un sou. C’est l’autoportrait d’une grande femme (comme on dirait “une grande fille”) qui vit difficilement mais courageusement, le moment de leur vie où sa relation avec sa mère va s’inverser pour toujours.

Pourquoi : grandir ?
Toute petite, Sophie Fontanel était déjà très grande… Mais ce que veut montrer l’auteur, en dehors d’un ton de sympathique auto-dérision, c’est qu’une fille (ou un fils) n’aura jamais fini de grandir tant que ses parents n’auront pas franchi le cap où ils acceptent enfin l’aide qui leur est nécessaire pour aller au bout de leur vie.
A presque cinquante ans, elle comprend ce que sa mère s’attachait à lui donner en héritage depuis longtemps, et que rebelle, elle s’obstinait à refuser : l’accès à la maturité, à la douceur, à l’écoute.
J’ai bien aimé qu’avec cet ouvrage, Sophie Fontanel déchire en petits morceaux le cliché rebattu d’enfants adultes devenus les parents de leurs parents retombés en enfance. C’est beaucoup plus compliqué que ça. Sophie Fontanel explique que pour elle, le lâcher prise de sa maman est au contraire un geste éducatif, le dernier, celui qui enfin la fait grandir.

Le portrait de la maman grabataire est joli et tendre, un peu idéalisé, certainement. C’est là que réside la faible part romanesque du livre, finalement.

Grandir est peu construit : pas de chapitres, juste des courtes scènes, sensiblement de la même longueur (deux pages imprimées), et juxtaposées sans souci de la chronologie. Cela donne une impression de désordre, de confusion, d’urgence, qui est peut-être voulue par l’auteur pour illustrer la maladie de sa mère, et les chambardements dans sa propre vie quotidienne entre boulot, hosto, dodo.

Pourtant dans la situation exposée (dans la vraie vie), il existe malheureusement une (dé)progression inéluctable de la personne âgée, que Sophie Fontanel évite de souligner comme si c’était seulement elle, la fille, qui sortait changée de l’épreuve, pas la vieille dame.

Encore une fois, c’est un témoignage poignant, une expérience de vie décrite avec talent, mais ce n’est pas un roman. Sophie Fontanel n’a pas su choisir vraiment entre l’essai illustrant un problème de société (journaliste) et le récit intime et romancé (écrivain). Dommage.

Une jolie phrase prise au hasard (enfin, presque) :

« avec l’humour, un temps, on peut se croire immortel »
 

Chronique réalisée par Tilly.

Présentation de l’éditeur

Quand l’auteur parle de grandir, elle parle d’elle-même. Sa mère est très âgée et dépendante d’elle, entièrement. Il arrive que cette mère soit absente et parfois, au contraire, ses paroles et sa présence sont justes, drôles et imprévisibles. Et durant toute cette période ultime, l’amour qu’elle a donné à sa fille lui est rendu comme on voudrait qu’il le soit toujours. Chaque morceau de la vie d’une vieille dame si vulnérable est raconté : un jeune médecin, l’appétit, les vacances, un aide-soignant, les petits-enfants, des mains très douces, des souvenirs, l’Arménie, une amie d’enfance. À la page qui suit, on voit sa fille : une cavale, une vie à gagner, un défilé de mode, des articles à écrire, des dîners décommandés, la ville à traverser quand sa mère est tombée, tout de suite les infirmières de jour et celles de nuit, les douceurs. Avec des phrases très simples comme : « Elle a fait de mon enfance une vraie enfance, je peux bien lui rendre à présent », et qui vous serrent le coeur. Ou bien des dialogues : « Ouh là, ne prie pas pour moi, hein ? » J’ai demandé pourquoi. Elle a dit : « Ne va pas me faire repérer ».

Le miracle du livre : parce que sa mère est devenue son enfant, l’auteur grandit. Elle a eu cette grâce et elle pense : « D’où me vient tout cet amour ? »



une petite faim de culture ? inscrivez vous à la newsletter
Share This
WordPress Video Lightbox Plugin