La Dignité des psychopathes de Frédéric Paulin

La Dignité des psychopatheLa Dignité des psychopathes de Frédéric Paulin aux éditions Alphée

La loi des séries ? Fatigué de courir après une armée désorganisée et un gouvernement qui n’en finit plus de se carapater sans en informer grand monde, Albert Mordefroid, soldat du 287ème régiment d’artillerie lourde d’Afrique, décide puisque c’est comme ça de mettre les bouts, de rentrer chez lui dans la Loire serrer sa Josiane contre son coeur et par la même occasion claquer une bise à la mère Lulu chez qui il pourra recommencer à boire à l’oeil sans crainte. Ce n’est pas sans surprise qu’il trouve la Josiane au pieu avec un colosse qui lui administre sans attendre – un comble ! – une raclée des familles avant de le mettre proprement dehors, encouragé en sus par les vivats gouailleurs de la femme adultère. Le choc, le remue-méninges un tant soit peu brutal qui suivent sont interrompus par les jappements de son fidèle corniaud, décidément le seul être qui ressente de l’amour pour le dindon de cette farce. La joie sera de courte durée puisqu’une bagnole immatriculée sieg heil roule sans état d’âme sur le malheureux animal. C’en est trop pour Albert, la coupe est pleine ! Le coupable doit payer coûte que coûte, même s’il se trouve que l’incriminé n’est autre que Jacques Doriot, figure de proue de la plus servile des collaborations avec l’ennemi vert-de-gris. Commence alors pour Albert une chasse qui ne prendra fin qu’à la toute fin de la guerre, quand les intérêts des vainqueurs seront conjugués avec l’utilisation pour les satisfaire des exécuteurs des basses oeuvres du régime défait, où les cartes troublées condamneront les uns et sauveront les autres sans tenir compte d’une quelconque morale.

Frédéric Paulin est formidable, il ressuscite par ce roman l’esprit du génial Je pense souvent à Louis-Ferdinand Céline, roman satirique de Sture Dalhstrom mettant lui aussi en scène l’écrivain que l’on retrouve – drôle de place – dans cette exquise dignité ! Soufflant le chaud et le froid sur une histoire entre triste farce et roman historique façon Monty Pythons, l’auteur offre une galerie de personnages drôles (et réels pour la plupart) se partageant l’affiche pour le plaisir des lecteurs de Céline et ses récits à propos de la sombre épopée de Sigmaringen mais aussi Marcel Aymé et son Uranus, l’acide côtoie le sérieux pour un récit que l’on verrait bien adapté au cinéma tant tout fonctionne à merveille. Qu’ajouter de plus si ce n’est qu’on tient là un roman atypique qui mérite une reconnaissance grande et rapide au milieu de ce flot ininterrompu de nouveautés pas toujours très fraîches.

Chronique réalisée par P.W.A.H. !!

Quatrième de couverture :

Un roman historique au style percutant sur fond de Première Guerre Mondiale… De l’absurdité de la guerre à l’absurdité du quotidien, un personnage franc du collier mène sa petite vengeance au milieu des espions et des figures politique et littéraires de l’époque. Un galimatias de vrais et faux collabo qui devient bien trop dangereux pour lui en ces temps mouvementés…

En août et septembre 1944, alors que les Alliés progressent vers Paris, le banc et l’arrière-banc de l’État collaborationniste prennent leurs jambes à leur cou. Les Allemands acceptent de les emmener dans leur retraite précipitée. Tous se retrouvent bientôt à Sigmaringen, petit bout de France pétainiste. Là, on retrouve le vieux Maréchal muré dans son silence et un Pierre Laval au bout du rouleau. À leurs côtés, les jusqu’au-boutistes de la dernière heure : Déat, Brinon, Darland et ses miliciens, Doriot et ses troupes du Parti Populiste Français… Dans la ville, au pied du château, les petites mains de la collaboration semblent déjà plus résignées. Des petites gens bien médiocres que soignent un toubib de fortune, l’écrivain Louis-Ferdinand Céline.

Quelque part dans ce microcosme au bord du précipice, se trouve Albert Mordefroid. Inutile secrétaire de rédaction dans un journal pro-nazi, il s’accroche désormais à l’absurde promesse qu’il s’est faite quatre années auparavant : régler son compte à celui qui a écrasé son chien. Mais celui-là n’est autre que Jacques Doriot, le chef du PPF, champion allemand du nouvel Etat français.

Mais, alors que les nazis et leurs séides vont rendre gorge, les prochains vainqueurs s’occupent de préparer l’avenir. Pour ce faire, espions, agents doubles et triples intriguent sans cesse. Recruté par les services secrets de la France Albert Mordefroid devient le jouet de forces qui le dépassent. Mordefroid va apprendre qu’on ne retourne pas impunément sa veste…

Frédéric Paulin est un grand raconteur d’histoires et un dialoguiste incisif, au style audiardesque, mais aussi un journaliste indépendant, fondateur du journal satirique rennais Le Clébard à sa mémère. Il a publié aux éditions des Perséides, en 2009, La Grande Déglingue, un premier roman tonitruant et mélancolique sur la boucherie qu’a été la Première Guerre mondiale. Depuis de nombreuses années, il vit à Rennes, ville dont il aime les bistrots, les forêts et la proximité avec Saint-Malo et ses bords de mer.



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