L'entrevue de Saint-Cloud de Harold Cobert – Chronique n°2

lentrevue-de-saint-cloud

L’entrevue de Saint-Cloud de Harold Cobert, aux éditions Héloïse d’Ormesson

« Je suis l’homme du rétablissement de l’ordre et non du retour à l’ancien ordre. »

C’est avec cette formule à l’emporte-pièces que Mirabeau, député du Tiers-Etat mais très attaché à la monarchie, aborde Marie- Antoinette dans L’entrevue de Saint-Cloud. A partir d’un fait historique tenu secret mais avéré de nos jours, Harold Cobert, écrivain et historien – le sujet de sa thèse est Mirabeau, c’est dire s’il connaît bien le personnage et la période historique ! – imagine ce qu’a été ce tête-à-tête entre le député et la reine. Le but de l’historien est très clair puisqu’il s’exprime par un sous-titre inscrit sur la première de couverture : La rencontre qui aurait pu changer le cours de l’Histoire et par les citations en exergue en particulier celle de Serge Lancel dans Hannibal : « La légende se nourrit des lacunes de l’Histoire ».

Le 3 Juillet 1790, Mirabeau affronte donc le danger d’être tenu pour traître par l’Assemblée nationale en rencontrant dans les jardins de Saint Cloud Marie-Antoinette, celle que le peuple appelle péjorativement l’Autrichienne et considère : « comme une femme faible et sans coeur, une femme trop soucieuse d’elle-même et de sa personne pour entendre et comprendre les malheurs de son peuple ».

C’est que l’enjeu est de taille ! Mirabeau est persuadé que seule la reine est capable de remédier à l’impéritie du roi en le convainquant de signer la déclaration des Droits de l’Homme, d’accepter la constitution non en la subissant mais en devançant les aspirations à la liberté du peuple. Il conseille à Marie-Antoinette de regagner l’amour de ce peuple en se portant à sa rencontre, en devenant non la reine de France mais la reine des Français.

Mais l’Histoire nous le dit, Marie Antoinette, n’a pas su entendre les conseils de Mirabeau. Trop attachée à ses privilèges, rigide dans sa conception de la monarchie absolue de droit divin, imbue du pouvoir et de la grandeur de sa caste, la reine est trop orgueilleuse et manque de souplesse pour accepter d’évoluer. Elle n’a pas le recul et la grandeur de vue nécessaires pour comprendre que l’ancien temps est définitivement terminé : « parce qu’on ne peut, affirme Mirabeau, reconstruire ce qui n’existe plus, parce qu’il est périlleux de défier un peuple qui recouvre sa liberté ». Ainsi Mirabeau est peint en visionnaire, en Cassandre qui prédit l’avenir sans jamais être écoutée : « Faites-vous un allié plutôt qu’un ennemi. Sinon il se dressera comme un seul homme, il fondra sur vous comme une nuée de sauterelles, dévastant tout sur son passage… Un ouragan que rien ni personne ne pourra arrêter ».

D’ailleurs, quand bien même Marie-Antoinette l’aurait compris, aurait-elle eu assez d’influence sur le roi pour changer le cours de l’histoire? C’est la question que je me pose en lisant ce récit. Louis XVI n’est pas seul, il représente des forces en action dans son Etat et dans les pays limitrophes, la noblesse, l’Eglise, non négligeables et dont il doit tenir compte. De même, à présent, un homme d’état ne saurait gouverner sans tenir compte des pouvoirs et contre-pouvoirs en place et sa marge de manoeuvre paraît parfois bien limitée. Par contre, là où Mirabeau a raison, c’est lorsqu’il souligne la force de l’opinion. On pense à la façon dont les hommes politiques actuels utilisent les médias.

C’est ce que j’ai le plus apprécié dans L’entrevue de Saint Cloud, c’est que sans cesse, à partir du passé, nous sommes renvoyés dans le monde contemporain. L’Histoire joue ici pleinement son rôle, celui d’éclairer le présent par la leçon du passé. Ce qui prête parfois à sourire (amèrement) devant des aphorismes tellement d’actualité que l’on se demande s’ils sont moins reflet de la pensée de Mirabeau que celui de l’auteur : « Croyez-vous vraiment que les jacobins ministres seront des ministres jacobins ? interroge Mirabeau en recommandant à la reine de placer ses adversaires au pouvoir. Et il poursuit : Que valent les meilleures convictions contre l’argent, la gloire, le pouvoir ? »

Le court roman de Harold Cobert présente donc le dialogue des deux protagonistes entrecoupé par des retours en arrière qui nous permettent de revenir sur des évènements du passé. Le 15 Mai 1790 : le droit du roi à décider de la paix ou la guerre; Le 6 ou 7 Novembre 1789, la possibilité de choisir les ministres parmi les députés, scène où Mirabeau apparaît comme un grand homme politique. J’en vois peu (ou pas) qui, de nos jours, serait capable comme lui de sacrifier leur carrière à une idée. Le contraire me paraît plus vrai ! Le 5 octobre 1789, les femmes envahissent le palais de Versailles, Marie-Antoinette manque de perdre la vie… Il est donc très facile à ceux qui, comme moi, n’ont pas revu leur cours d’histoire depuis de nombreuses années de suivre le récit. Retour aussi sur des épisodes du passé des personnages qui nous permettent de mieux les cerner, de comprendre leur personnalité.

Ce qui me frappe le plus cependant dans ce roman c’est la force du dialogue, le brio des maximes qui résument la pensée de Mirabeau à qui Marie-Antoinette sert de faire-valoir. En fait, j’ai eu l’impression d’être devant une forme théâtrale plus que romanesque. Je n’ai pas été surprise d’apprendre en lisant une interview de l’écrivain qu’il voulait adapter son récit au théâtre. En fait, en tant qu’Avignonnaise, c’est une pièce que je m’attends à voir bientôt au festival !

Chronique réalisée par Claudine.

Présentation de l’éditeur

Ce bref roman prend place au coeur de la Révolution, lors de l’entrevue secrète entre Marie-Antoinette et Mirabeau, le 3 juillet 1790. À travers ces deux figures, deux mondes se font face : la révolution et la monarchie, l’avenir de la France et son passé. Cette rencontre apparaît comme la dernière chance pour la royauté de sauver la mise, le dernier espoir pour le pays d’éviter la terreur. Le prestige et le pouvoir de la reine sont au plus bas, ceux du terrible tribun n’ont jamais été aussi hauts. Tout devrait les unir et les rassembler, mais l’échange vire à l’affrontement et au règlement de compte personnel. L’Autrichienne ne se laisse pas convaincre par l’éloquence du comte renégat, élu du tiers-état, et refuse l’idée d’utiliser à son profit les bouleversements révolutionnaires.

Lisez la chronique n°1.



une petite faim de culture ? inscrivez vous à la newsletter
Share This
WordPress Video Lightbox Plugin