Les soeurs Brelan de François Vallejo

LES SOEURS BRELANLes soeurs Brelan de François Vallejo aux éditions Viviane Hamy

Les soeurs Brelan, au nom de famille programmatique, sont trois : Marthe, l’aînée pragmatique, Sabine, la cadette ambitieuse et Judith, la benjamine idéaliste. Elles perdent leur père dans un accident à une époque où l’émancipation des femmes n’est qu’une vague lueur dans un horizon lointain et se battent pour que Marthe, tout juste vingt et ans, ait la tutelle des deux autres. C’est que les soeurs Brelan, malgré leurs différences et leurs différends, ont fait le voeu de ne jamais se séparer. Elles vont ainsi traverser un demi-siècle de tourmentes personnelles et de changements collectifs.

C’est un bon roman que signe ici François Valléjo : en effet, les Soeurs Brelan est une fresque familiale de fort bonne tenue, qui met en scène le destin de ces trois femmes liées par une promesse qui pèse rapidement aux deux aînées mais qui est la raison de vivre de l’entêtée benjamine. Dans une France frileuse qui n’a pas encore connu les bouleversements de 68, être une femme qui refuse les conventions n’est pas facile, alors, trois, pensez donc. Ces trois soeurs vont donc suivre leur chemin un peu chaotique, Marthe et ses envies sages et réalistes, Sabine qui veut réussir et ne peut accomplir son ambition que par le mariage et Judith et ses convictions utopiques et parfois naïves. Dans ce roman où les hommes ne sont que des ombres chinoises qui passent au large, menteurs, veules et soumis à des figures féminines castratrices, les trois soeurs Brelan, malgré les aléas de la vie, ne semblent finalement pas avoir tiré une si mauvaise main que ça. Adaptables, intelligentes, elles auront mené leur vie comme elles l’entendaient, loin des conventions étriquées et mesquines. Leur histoire est narrée dans un style parfaitement maîtrisé, Valléjo maniant notamment brillamment le discours indirect libre, ce qui donne un ton particulier à son récit. Je recommande, chers happy few.

Chronique réalisée par Happy Few

Quatrième de couverture :

« Les trois filles s’étaient regardées en entrant, les mêmes yeux gris, et tues une demi-heure. Des têtes butées : on voulait bien comprendre, quelques mois après le décès accidentel de leur dernier parent. Après tout, qu’elles se butent, si elles se soumettent à la décision du juge et du Conseil de famille.

Elles ont échangé un nouveau regard triangulaire … ça part de Sabine, elle attrape l’oeil de Marthe sur sa droite … Judith, à sa gauche, le devine, tourne la tête et capte le mouvement de paupières … les aînées attendent le renfort de la dernière, c’est fait, elles se lancent, alors qu’on ne leur demandait rien. La triple voix monte, couvre les autres : Disons-leur, Judith, Marthe, oui, Sabine, puisque personne n’en parle … l’anniversaire, ils n’ont pas dû faire attention à la date … je croyais qu’ils le savaient, c’est aujourd’hui, la date, dis-le, Marthe, ça change tout.

Monsieur le Juge, qu’attendez-vous pour les faire taire ? »

Retrouvez notre entretien avec François Vallejo ici



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