Mon âme au diable de Jean-Pierre Gattégno

Mon âme au diableMon âme au diable de Jean-Pierre Gattégno aux éditions Calmann-Levy

Théodore Simonsky, professeur de lettres vacataire, est convoqué par un haut fonctionnaire de l’Education Nationale, après avoir attendu vainement une affection ou un remplacement pendant plus de six mois. A bout de ressources, Théodore Simonsky accepte un poste au Collège Verdi, réputé pour ses violences et ses exactions. Mais ce n’est pas pour enseigner qu’on l’y envoie : la mission que lui confie l’Education Nationale est d’éliminer la principale du collège. S’il y réussit, il bénéficiera d’une nomination dans un collège digne de ce nom. Théodore Simonsky choisit sans hésiter de vendre son âme au diable…

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Ce roman de Jean-Pierre Gattégno est sans doute l’une des oeuvres les plus surprenantes qu’il m’ait été donné de lire ces derniers mois. Tout d’abord parce qu’elle met en opposition deux genres, deux styles d’écriture et de narration : le thriller pour le déroulement et la satire sociale pour la trame de fond, le tout orchestré par un humour implacable, acide et magnifiquement aiguisé. On sourit devant l’incongruité de la mission de cet enseignant-tueur à gages rémunéré par l’état, ou encore devant l’attitude de ces élèves d’une violence peu imaginable, qui semblent tout droit sortis d’un film de gangsters… Mais au fil de la lecture, l’humour profondément noir du récit ôte toute envie de rire. Car si les situations et les contextes sont exagérés, c’est la misère sociale de notre temps que l’auteur retrace ici, les destins voués à la perdition de toute une génération de laissés pour compte, livrée à elle-même, dans un monde traversé par une violence barbare.

Sous couvert d’un thriller efficace, avec une juste dose de folie, c’est cette critique sociale qui reste gravé dans l’esprit, une fois le livre refermé. Le malaise qui s’en émane d’ailleurs, n’est pas sans rappeler celui peint par Dostoïevsky dans « Crime et châtiment », auquel l’auteur fait appel sans s’en cacher (à noter le nombre de noms russes, dont certains librement repris de l’oeuvre de l’écrivain).

Il serait d’ailleurs intéressant de faire le parallèle entre ces deux oeuvres, écrites à plus de 150 ans d’écart… Il est peut-être osé et prématuré, de comparer ici le portrait de la misère du peuple russe dans un contexte pré-révolutionnaire, et celui de cette jeunesse moderne décrite par l’auteur, mais j’en retiens comme idée commune, un climat délétère, asphyxiant, voué à la perdition.

Chronique réalisée par Litteranet

Quatrième de couverture :

Six mois ont passé depuis la rentrée et Théodore Simonsky, obscur professeur vacataire, n’a encore effectué aucun remplacement ni perçu le moindre salaire. Sa situation est devenue si critique qu’il est prêt à accepter n’importe quelle mission. Or, voilà que Thomas Guérini, un haut fonctionnaire du ministère de l’Éducation nationale, lui propose un poste au collège Verdi dans le XIXe arrondissement. Le climat délétère de ce collège, les exactions des élèves, leurs turpitudes et leur agressivité ont transformé cet endroit en véritable cauchemar. Les malheureux professeurs.

Thomas Guérini n’y envoie pourtant pas Théodore Simonsky pour enseigner quoi que ce soit : il lui demande d’assassiner la principale…

Conduit à la manière d’un thriller, ce roman dresse avec humour le portrait du premier professeur tueur à gages rémunéré par le Trésor public et, à travers lui, celui d’une société toujours plus corrompue.



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