Photo-Photo de Marie Nimier

Photo-Photo Marie NimierPhoto-Photo de Marie Nimier aux éditions Gallimard

Il suffit d’un rien pour qu’une huitre crée une perle. Dans son dernier roman, « Photo-photo », Marie Nimier se saisit d’un événement mineur et surprenant, la séance de photo sophistiquée qu’on lui impose lors d’une rentrée littéraire et durant laquelle Karl Lagerfeld lui annoncera qu’elle a un sosie. « Elle s’appelle Frederika, c’est beau Frederika, cela vous irait comme un gant. Elle travaille aux Thermes de Caracalla, à Baden-Baden. » Nimier de s’y rendre par le chemin des écoliers. Car tout mène à cette rencontre, ne serait-ce que le respect amusé dont elle fait preuve envers Lagerfeld. Dernière véritable rock-star, on ne peut que suivre ses recommandations, tant il fascine adolescents idolâtres, vieilles dames fantaisistes, et Marie elle-même. Et qui n’a pas souhaité se rencontrer ? Quitte à découvrir, tout comme l’auteur, que l’autre est peut-être l’originale : « Je suis sa réplique maladroite, tracée d’une main peu assurée. J’aurais préféré le contraire mais le fait est : je suis moins bien dessinée, moins bien coloriée, moins bien finie que Frederika. » Peu importe, la découverte est considérable et la rencontre intense et tendre.

Alors que se déroule cette recherche de soi-même, l’écrivaine rusée expose ses hésitations de créatrice, ses fragilités face aux critiques sévères de son compagnon Stephen, exilé au Québec, imbibé de whisky, tandis que se construit son roman. La fluidité enjouée avec laquelle Marie Nimier enveloppe ses tentatives malheureuses et son irrésolution fait douter de sa gaucherie. Le style est si solide, l’œil si entrainé, le mot si bien choisi que trébucher apparaît comme une coquetterie dans sa chorégraphie. Nulle équivoque, nul soupçon, le lecteur est entre des mains habiles, au moins autant que celles de Frederika qui massent si profondément. Mais si l’écriture n’est jamais superficielle elle apparaît parfois presque factice comme ces objets artisanaux que la patine du temps n’a pas encore atteint et qui paraissent trop lisses, trop beaux.

Ecrivaine du détail, élégante et pudiquement mélancolique, Nimier nous offre un roman délié, gracile et gai même si parfois à la limite de l’évaporation. La perle est de culture, mais elle reste perle. Laissez-vous  tenter !

Chronique réalisée par David Vauclair

Quatrième de couverture :

« Il est une question que l’on me pose souvent, la question des idées. Comment elles arrivent, où je les pêche, le fameux « mais où va-t-elle chercher tout ça ».

De quelle façon s’est imposée, en l’occurrence, l’idée d’écrire un roman à partir d’une séance photo avec Karl Lagerfeld ?

J’ai tendance à répondre que les idées n’existent pas, qu’il n’y a que du temps. Ou si elles existent, elles ont bien peu à faire avec la pratique du roman, son écriture au jour le jour. Elles sont là en amont, couvrent des pages de notes préparatoires, puis fondent comme neige au soleil. Restent les parties du corps qu’elles ont mises en lumière, les lignes qu’elles ont inspirées. L’apparition d’un chat. Le clignement d’une paupière. Des chaussures vert tilleul. Deux lettres, un angle, une jetée. Un voyage à Baden-Baden, le rendez-vous des évaporés. La douceur de la bouche de Frederika, son velouté. » Marie Nimier



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